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Rino St-Amand (rinohohoh@yahoo.ca)
Envoyé Le vendredi 29 février 2008 11:00



La censure existe partout, même dans Le Devoir. Pour faire contre-poids à la sauce judéo-chrétienne qu'on nous sert par le biais des devoirs de philo, j'ai proposé au Devoir un texte qui a, évidemment, prit le bord de la poubelle, plutôt que d'être publié dans la section IDÉES, tel que je l'ai demandé. Voici une copie de ce texte:

Si l'essence divine n'était que des relents de vapeur remontant du subconscient.

À la suite du dernier devoir de philo parue dans Le Devoir du 12 janvier dernier (L'existence de Dieu, une question philosophique oubliée? Jean Grondin), je tiens à répondre à l'appel de M. Grondin et apporter ma contribution, si modeste soit-elle, pour tenter de ramener dans le champ de la réflexion la question de l'existence de Dieu. Car tel est le sens de sa préoccupation, si j'ai bien saisi le message, lorsqu'il affirme : « La philosophie ne peut guère se justifier qu'en étant elle-même, donc en demeurant fidèle à ses interrogations fondamentales. »

Loin de moi l'idée de nier que la fidélité puisse être une grande vertu, mais en philosophie, pour qu'elle le soit, cette fidélité doit d'abord s'exercer envers la réalité, plutôt qu'envers une quelconque tradition ou idéologie, si romantique et séduisante soit-elle. Parce qu'en philosophie, tout comme dans les sciences en générale, la connaissance a plutôt tendance à avancer qu'à reculer, comme l'a si bien constaté Hegel (résumé de sa pensée au http://www.cvm.qc.ca/ccollin/portraits/hegel.htm ), un processus qui n'a pas cessé de faire son chemin depuis cette constatation fort lucide. Dans cette optique, il peut être intéressant de lire Platon, ne serait-ce que pour constater le chemin parcouru depuis, mais de là à vouloir raviver les fantasmes d'une époque où on croyait qu'une éclipse de soleil était une manifestation des démons??? Si Hegel avait raison sur l'avancement des idées, je crois que l'homme d'aujourd'hui a intérêt à accorder plus de crédit aux connaissances développées lors du dernier siècle, qu'à celles concoctées 25 siècles plus tôt, qui, de toutes façon, sont en partie intégrées aux connaissances d'aujourd'hui, s'il en reste pour avoir résister au processus de sélection des idées hégélien.

Après avoir attribué au nominalisme la perte d'importance de l'essence divine dans le domaine philosophique, M Grondin espère faire réfléchir les maîtres penseurs avec l'affirmation suivante :
« Sa puissante survivance [de l'essence divine] dans nos sociétés contemporaines (81 % des Canadiens et des Québécois se disent croyants), si désarçonnante pour les philosophes, a le bonheur de nous rappeler que la conception nominaliste de l'être n'est peut-être pas la seule. » Voilà une affirmation qui mérite une bonne réflexion et dont un philosophe doit aborder avec les toutes dernières lumières disponibles. Extrayons-en la question de fond, tout en formulant celle-ci d'une manière que personne ne soit tenté de l'interpréter comme un simple accident de parcours : Comment se fait-il qu'en tous temps et chez tous les peuples de notre planète, une majorité d'individus a toujours été incliné à croire qu'il doit exister un grand maître de l'univers (dénommé Dieu, Allah, Yahvé, Zeus, etc., en ces derniers millénaires)? Il y a bel et bien là une expression humaine universelle, et dont la cause, sans l'ombre d'un doute, doit être tout aussi universelle.

Qu'est-ce qui peut bien faire que ce pressentiment bien humain soit si persistant, alors que personne n'a jamais eu l'occasion de regarder Dieu dans les yeux? À quel moment ce pressentiment serait-il venu s'installer en nous? Certains se contentent d'expliquer le phénomène par la transmission d'un dogme de génération en génération, mais bien que l'endoctrinement soit un instrument puissant, il ne saurait expliquer à lui seul la persistance du phénomène à travers les siècles. La nécessité de lapider les déficients mentaux et l'esclavage des noirs sont aussi des idées qui ont été bien ancrées dans l'esprit des gens, mais qui n'ont pas résistées à l'épreuve du temps. Cependant, qu'une majorité d'individus ait toujours cru en un maître suprême, ne peut être un argument en faveur (ni contre) de l'existence d'un ou des dieux. On sait aujourd'hui que pendant les millénaires où tout le monde croyait que le soleil tournait autour de la terre, notre système solaire ne s'est aucunement soumit à une telle démocratie populaire.

Il n'y a pas lieu de douter de la sincérité des croyants lorsqu'ils disent croire en Dieu pour la simple raison qu'ils le sentent. Mais il y a lieu de s'interroger à quoi peut bien correspondre cette sensation, ce pressentiment. Je crois parce que je sais que Dieu existe, dit le croyant, même si ça peut paraître d'une explication un peu circulaire. Mais que faire d'autre si le croyant n'a pour preuve de l'existence de Dieu, qu'il le sent, qu'il sait qu'il existe?

La question que l'individu sensé doit se poser pour élucider ce phénomène, est d'où vient cette conviction qui ne s'appuie sur aucune preuve tangible, si commune chez les mortels que nous sommes. La plupart des croyants ne peuvent relier cette croyance à un évènement spécifique qui en aurait été le déclencheur, comme si ce pressentiment avait toujours existé en eux, et ceux qui sont devenu croyant tardivement, plus souvent qu'autrement, expliqueraient leur conversion par des circonstances qui les auraient fait frôler la mort, sinon tremper dans une misère horrifiante. C'est comme si ces derniers avaient été éveillés ou sensibilisés à quelque chose qui était déjà en eux, cette chose que les premiers seraient capables de sentir sans l'aide d'un élément déclencheur. Puisqu'il faut bien admettre que frôler la mort, ne saurait en aucune façon expliquer le lien de cause à effet entre un tel incident, aussi éprouvant soit-il, et l'existence de Dieu. Il faut donc déduire que la croyance en Dieu relève plutôt de l'irrationnel, et que la (les) véritable(s) raison(s) pour y croire sont plutôt d'ordre inconscient que conscient.

Freud nous a apprit que quelque chose est bel et bien à l'oeuvre dans le psychisme humain, indépendamment de la conscience ou de la volonté. Dans notre inconscient il fourmillerait donc des pensées, des désirs, des fantasmes et des émotions qui auraient comme origine la mémoire des stimuli et expériences antérieures. Bien qu'en psychanalyse on ait tendance à considérer les stimuli générateurs de cette "soupe" inconsciente, qu'à partir de la naissance, la réflexion nous autorise à penser que rien n'empêche ce mécanisme d'opérer avant (et pendant) la naissance, puisque le cerveau du foetus se montre actif bien avant que celui-ci ne voit la lumière du jour (à preuve, c'est bien le cerveau du foetus qui commande à ses membres de bouger). Il n'est pas déraisonnable de considérer cette activité cérébrale prénatale, d'autant plus qu'on sait maintenant que la plasticité du cerveau est en relation inverse avec son âge. C'est, par exemple, cette plasticité supérieure qui permettrait aux enfants d'apprendre leur première langue en une période plus courte qu'il en faut à un adulte pour apprendre une langue (complètement) étrangère. Il en va de même pour tous les stimuli et sensations reçus de son milieu : plus la plasticité du cerveau est élevée (et donc jeune), plus les signaux provenant de l'environnement s'enregistrent avec une meilleure efficacité.

Mais qu'en est-il de cette empreinte inconsciente de l'expérience natale et prénatale ? Évidemment, personne ne s'en souvient. Parce que l'inconscient est justement cette mémoire qu'on ne peut raviver consciemment. Par contre nous savons que notre inconscient détermine tout autant (sinon plus) que notre conscient nos agissements et nos croyances. Aussi, nous savons que le cerveau humain es fonctionnel bien avant la naissance de l'enfant, comme en fait foi le mouvement des membres du foetus (commandés par son cerveau). Il n'est donc pas déraisonnable de penser que les empreintes inconscientes puissent s'enregistrer dans le cerveau de l'enfant, bien avant sa naissance, comme le suggère Henri Laborit : « [...] le nouveau-né humain préfère la voix de sa mère à celle de toute autre femme ; même si la période post-natale joue un rôle dans cet apprentissage précoce, il est probable que l'expérience auditive est intervenue dès la vie intra-utérine» (La légende des comportements, p. 173). Il n'est non plus déraisonnable d'admettre que concrètement, nous sommes matière, et qu'abstraitement, nous sommes tout ce qui s'est inscrit en notre matière. Ce qui est en notre matière, doit obligatoirement avoir été mit là lors de notre vécu, considérant ce vécu depuis notre conception, et non uniquement depuis notre naissance.

Faute de pouvoir interviewer un nouveau-né sur son expérience des quelques jours ou semaines précédents, essayons de la figurer en imaginant ce qu'en dirait un adulte qui arriverait à se rappeler de cette période, comme si elle était survenue hier, tout en ayant à l'esprit la marque que peut avoir laissé un tel évènement dans son jeune cerveau. Imaginons-le raconter son expérience comme s'il était en train de la revivre.

Je me sens bien. J'ai mon univers à moi. C'est tout ce que je sais. Je ne sais pas ce que c'est qu'un animal, une plante, un homme; je ne m'imagine même pas que mon destin est d'en devenir un. Je fais corps avec mon univers obscur, liquide, chaud, au milieu duquel je suis en même temps suspendu et en sécurité. Le temps me semble fixe parce qu'il n'y a ni levé ni couché de soleil, et l'obscurité me donne une sensation d'infini, tout comme on peut l'expérimenter dans l'univers terrestre, en se fermant les yeux ou en se plongeant dans l'obscurité total. Le contact intime avec mon univers me procure non seulement sécurité, mais aussi plaisirs sensuels que je ressens dans tout mon corps, mais surtout, cet univers est pour moi accompagnement et Amour, car d'amour il ne peut pas y en avoir de plus grand. Je m'abandonne volontiers à cet Amour qui m'enveloppe et que je sais suprême, parce que je sais que c'est lui qui est à la fois mon Maître et mon univers. Mon univers me parle, me console et me caresse du fond de sa voûte qui, malgré son apparence d'infini, m'apparaît pourtant si près. Je sais que je suis complètement à sa merci, que ma volonté n'est rien à côté de celle de cet univers qui me transporte et qui contrôle tout. Ce Géant, ce Maître Suprême est sans l'ombre d'un doute le roi de l'univers, de mon univers.

Soudain je me sens comme poussé dans un coin. Je suis épris d'une vive angoisse, parce que c'est la première fois que j'expérimente ce que je sais maintenant être un malaise. La poussée s'accentue et j'ai la tête comme coincée dans le fond d'un entonnoir. Les poussées viennent par rafales et ma tête me fait de plus en plus mal. Je n'ai aucune idée de ce qui m'arrive et je panique. J'ai maintenant toute la figure comprimée, comme si un boa constricteur était en train de m'avaler la tête. Je ne sais pas comment faire pour demander à mon univers de m'aider. Mon Maître, Mon Amour, pourquoi m'abandonnes-tu ? Je ne m'explique pas cet abandon de la part de mon Maître qui, pourtant il y a si peu, me gavait de son amour infini. C'est maintenant tout mon corps qui est englouti dans ce tube qui me comprime et qui va sans doute me faire imploser. Le désespoir ne pourrait être plus total.

D'un seul coup, je suis éjecté de mon univers, et comble du malheur, je suis projeté dans un environnement hostile. La lumière est vive, mon corps mouillé se glace à l'air froid, les bruits son secs et stridents, les objets ont perdu leur spongieuse flexibilité, ils sont maintenant durs et froids, mais surtout, j'ai besoin d'air et je n'arrive pas à respirer. Tout va de mal en pis. Je n'ai aucune idée de ce qu'est la mort, mais non plus comment continuer à vivre ainsi. Un objet entre brutalement dans ma bouche pour aussitôt en ressortir. Je me sens soudainement soulevé par les jambes, tête en bas. Mes jambes veulent s'arracher de mon corps. Je reçois un coup dans le dos, par contre je réussis enfin à arracher ma première bouffée d'air qui me brûle les poumons.

Voilà un aperçu bien approximatif de ce à quoi pourrait ressembler l'expérience intra-utérine, ainsi que celle d'en sortir, traduit en langage d'adulte, et de ce qui pourrait rester gravé dans notre inconscient. Pour bien comprendre la nature de ce traumatisme, il faut considérer qu'il survient au moment le plus fragile de notre vie, lorsque nous sommes le plus dépendant des autres pour notre survie, et le plus innocent aussi, car nous ne savons encore à peu près rien de la vie et de ce qui nous attend dans cet au-delà dans lequel nous sommes projeté d'une façon aussi inattendue qu'incontournable. Et la plus grande partie de notre traumatisme tient sans doute au fait que nous avons été expulsé de notre petit paradis, et par le fait même, perdu ce contact intime avec l'Amour Suprême. La naissance, c'est la fin d'une vie : celle intra-utérine.

Voyons maintenant quel est le noyau commun des croyances de toutes les religions théistes confondues, pour voir s'il n'y aurait pas une possible parenté avec les enregistrements inconscients survenus dans les derniers moments de notre vie prénatale.

Tous disent que leur grand maître serait occulte, tout puissant, situé à quelque part dans le cosmos, capable d'un amour sans pareil, tout comme d'une colère destructrice, en passant par une gamme d'émotions toutes aussi humaines les unes que les autres, et bien que régnant comme le maître suprême de l'univers, il est entouré de personnages secondaires, tous aussi occultes mais pas aussi puissants (les anges et les saints dans le christianisme, les dieux de sous rang dans la Grèce antique, etc.).

Un tel tronc commun de croyances entre les différentes religions, ne peut être le fruit du hasard, d'autant plus que ce phénomène persiste dans le temps et dans l'espace, épousant même en grande partie les mythologies anciennes. Mais quel curieux hasard que toutes ces croyances soient à peu près une réplique parfaite de ce que nous pouvons imaginer être gravé dans l'inconscient d'un foetus, avant et pendant la naissance ! Les anges et les saints n'ont pas autant de pouvoir que Dieu le grand maître, mais mon père et mon frère aîné, n'ont pas non plus le pouvoir de mon Maître (ma mère), vu depuis mon petit paradis prénatal. Et les sautes d'humeur de ce grand maître dont parlent les religions, n'ont rien à envier à celles de ma mère, telles que perçues depuis l'intérieur ! Tous genres d'information accessibles à l'inconscient de l'enfant, semblent se refléter assez fidèlement dans les croyances religieuses. Quant aux informations inaccessibles au foetus, tel que le sexe ou la naissance du Maître, elles ont plutôt tendances à diverger d'une religion à l'autre, ou encore par rapport à la réalité de la mère qui porte l'enfant. Faut-il voir là un pur hasard ? Se peut-il que ces coïncidences, aussi multiples que simultanés, puissent être le fruit que d'un pur hasard ? Il n'est pas interdit de croire au hasard, mais il ne faut pas exiger du hasard qu'il soit capable d'autant de mimétisme...

Il n'est pas déraisonnable de penser que les plus sentimentaux d'entre nous puissent effleurer vaguement le contenu de leur subconscient, ce siège de nos émotions, même en état d'éveil. Ce faisant, ils raviveraient ces souvenirs enregistrés depuis leur vie intra-utérine, leur procurant une sensation de flottement dans le cosmos, tout en donnant une impression de faire unité avec l'univers. On dit d'eux qu'ils sont spirituels. Mais je crois qu'il y a lieu de se demander si ces gens ne confondraient pas la réalité onirique avec la réalité terrestre. La réalité onirique est belle et bien présente, mais il faut la prendre pour ce qu'elle est, et rien d'autre. Ça ne sert à rien de vouloir retourner à cet univers perdu, car l'expulsion du paradis est bel et bien définitif et irréversible. Soyons plutôt fasciné par ce truc dont la nature s'est prévalue pour assurer la reproduction de l'espèce. Car c'est bien par la fusion sexuelle que l'homme arrive le mieux à se rapprocher de ce paradis perdu.

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