"La censure ne meurt pas dans nos sociétés: elle se transforme." C'est là-dessus qu'il faut réfléchir. C'est beaucoup plus subtil qu'on ne le pense. La censure n'est pas seulement étatique, je dirai même moins étatique qu'on ne le pense. Jadis, on choisissait quoi publier dans le courrier des lecteurs mais avec l'instantanéité de l'Internet, les règles sont différentes. Je ne parle pas des propos vulgaires ou agressifs de certains commentateurs, je veux parler de propos solides et argumentés. Par exemple, le journal Le Monde censure très facilement si vous n'êtes pas dans leur ligne. Là encore, je ne parle pas de propos révisionnistes à la Le Pen, de propos racistes, anti-islamistes et autres argumentaires douteux. Je parle de propos soit philosophiques ou politiques réfléchis. S'ils ont le malheur de n'être pas dans la ligne idéologique des sociétés de l'Empire capitaliste, c'est fini, on ne vous publie pas. Ce qu'on n'aime pas, c'est surtout la réflexion, l'annonce de certaines pistes nouvelles de réflexion. Il y a des interventions de personnes valables en France qui ne passeraient pas ici au Québec. Et vice-versa, d'ailleurs. La fréquence de publication remarquée dans Le devoir et argumentée par un commentateur ces derniers jours, signale une forme de censure. Elle est temporelle car on publie presque tous les commentateurs, (je dis presque parce que justement ce matin on vient de me signaler que certaines personnes n'ont pas vu leurs commentaires publiés) et cette temporalité empêche de recevoir un meilleur aperçu, grâce à un commentaire mieux outillé que celui du journaliste, pour comprendre l'aspect « culturel », « idéologique », « politique » du dit article. La censure ce n'est pas seulement empêcher une chose d'apparaître, c'est trop facile. La censure, c'est aussi le politiquement correct. Le rythme changé, voir bouleversé, de publication des commentaires, joue un rôle majeur dans mes propos. L'intérêt de lire Le Devoir, ce n'est pas seulement de lire les articles mais aussi de lire des commentateurs plus avisés. C'est une évidence « évidente ». Lorsqu'il y a des articles « chauds » comme les accommodements raisonnables par exemple, là c'est rapide. Ça correspond à la température ambiante. Lorsqu'il y a des articles plus pointus nécessitants des interventions plus serrées, le rythme est long, voire 24 heures de temps, avant que cela soit publié. Ça permet de laisser la poussière retomber et de parier sur l'oubli par le temps. Cette perte de dynamique dans Le Devoir est considérée comme une forme de censure pour certains et certaines. Donc, la censure est subtile, elle se transforme.