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Avoir et bonheur
Mon colocataire et ami adore les objets, tout particulièrement les gadgets d'ordinateur. Le genre d'objet dont il se passait très bien avant d'en connaître l'existence, mais qui devient capital à l'exécution de telle ou telle tâche une fois découvert.
Qu'on ne se trompe pas, nous étudions/travaillons tous deux dans le domaine de l'art digital, nous sommes des "power users" et des "geeks" en état avancé de digitalisation. Nous avons donc en effet un certain besoin de ce que l'incessant renouveau de l'informatique peut amener. Les logiciels évoluent, nos machines doivent évoluer aussi.
Cependant, on en vient à se demander si ce nouveau splitter 10/100/1000 coûtant dans les alentours de 50$ vas à ce point changer nos vies en mieux. Certes, il sera x fois plus rapide que celui que nous avons actuellement, permettant de sauver quelques secondes sur un transfert de plusieurs gigaoctets à travers notre réseau local, mais finalement, ces secondes en valent-elles la peine? Non, évidemment. Pas quand on est étudiant, et dans l'impossibilité temporelle d'accepter un contrat supplémentaire.
Il y a une forme de joie et d'exhaltation à acquérir du puissant et du neuf, mais c'est une quête sans fin que d'entretenir le lustre de quelque chose qui se dégrade continuellement. Être à la fine pointe est une chose, l'être sans-arrêt en est une toute autre. La soif de posséder apporte finalement plus de stress et de frustration que de bonheur à long terme.
Je fais le parallèle entre le désir d'être entouré des meilleurs outils et le désir d'avoir tout vu, tout lu, tout entendu. La quête du divertissement semble aussi infinie que celle de la constante mise-à-niveau. On se divertit à ne plus savoir quoi faire, et encore on veut davantage. "Vous méritez la pause barre de chocolat" dit une annonce, "Je, Profitez, Économisez, Moi Moi Moi" disent les banques. On finit par réellement croire que nous avons enfin mérité une pause dans le tourbillon de la vie, et que l'acte d'acquérir permettra à notre pauvre âme esseulée de reprendre son souffle.
Foutaises. Plus on se fait gorger de ces mentalités de victimes, plus on s'enfonce. Et comme on ne se sent jamais vraiment plus diverti et libre que la veille, on fait confiance à la prochaine génération d'acquisitions. Dit comme ça, ça à l'air débile? C'est probablement parce que ça l'est.
J'approuve l'idée de "sortir du cercle infernal" émise en conclusion par Benoit Duguay. Ce n'est pas tant d'aller vivre tout nu dans le fond du bois, ce genre d'idée ne mène à rien. Nous sommes des êtes sociaux qui avons besoin de bébelles pour survivre. Seulement, avant de se lancer tête baissée dans la consommation effrénée comme des poules sans tête, ça ne fait pas de mal de se relever et de considérer pourquoi on le fait.
