Opinion
Libre-Opinion: Alourdir le fardeau
Mots clés : investissements, ministère des Transports, Gouvernement, Budget, Québec (province)
Lorsque vient le temps des budgets, les gouvernements s'appliquent à nous rappeler le principe des vases communicants entre ministères. Mais au-delà des belles paroles et des bonnes intentions, ne doit-on pas voir un lien entre les budgets colossaux du ministère des Transports (MTQ) et notre apparente impassibilité à respecter nos engagements de Kyoto?
Quelques jours plus tard, le 11 février, la ministre des Transports, Julie Boulet, annonçait un investissement majeur de 2,7 milliards de dollars dans le réseau routier, dont 774 millions allaient à son expansion. On retrouvait ce jour-là, au coté de la ministre, André Lavallée, maire d'arrondissement et responsable de l'aménagement urbain pour la Ville de Montréal. Il pouvait se réjouir, car cette annonce confirmait en effet les budgets alloués au projet de la rue Notre-Dame.
Une des recommandations de la commission Johnson sur l'effondrement du viaduc de
la Concorde était que le MTQ investisse un demi-milliard de dollars par année pendant dix ans pour l'entretien des structures afin d'en rehausser l'état global. Québec a trouvé le moyen de dépasser les attentes par ce coup d'éclat et de justifier ainsi les investissements dans l'expansion du réseau. Juste à Montréal, sur les 402 millions qui seront investis cette
année, 202 millions serviront à «l'amélioration ou au développement du réseau».
C'est pourtant à Montréal qu'on retrouve le plus d'infrastructures en mauvais état. Comment alors justifier que plus de 50 % du budget soit dédié au développement du réseau? Québec a annoncé qu'il referait l'échangeur Turcot pour 1,8 milliard de dollars et il devra bientôt refaire le boulevard Métropolitain; cela mobilisera une grande partie des sommes. À côté de cela, on réaliserait le pont de l'A-25 pour 350 millions, la «modernisation» de la rue Notre-Dame pour 750 millions et compléterait l'A-30 pour 1,3 milliard. Est-ce qu'on tient tant que cela à compléter un réseau planifié dans les années 1960 à la mode des années 1960?
Pendant ce temps, la ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, essaie de nous convaincre que le Québec respectera les exigences de Kyoto. Piquée au vif récemment par un article du journaliste du Devoir Louis-Gilles Francoeur qui affirmait le contraire, elle s'est sentie obligée d'intervenir pour rappeler que «Québec était plus que jamais déterminé à mettre les bouchées doubles pour lutter contre les changements climatiques».
N'a-t-elle aucune idée de ce que le reste de son gouvernement fait? Sait-elle qu'on continue de dérouler le tapis rouge à l'auto en solo, et ce, spécialement dans les milieux urbains, quitte à défigurer des quartiers historiques fragiles comme Hochelaga-Maisonneuve et Sainte-Marie. Sait-elle que chaque espace qui est gagné par l'automobile résulte en une augmentation du trafic? Que ce trafic produit une grande partie de nos émissions de GES? Et qu'il existe des solutions alternatives compilées dans le dernier rapport de la DSP, intitulé «Le transport urbain, une question de santé»? Les ministères se parlent-ils entre eux?
Continuer à dire qu'on se soucie de nos émissions de carbone quand on vient d'ouvrir la porte à un gigantesque projet de terminal méthanier -- combustible plus propre que d'autres mais néanmoins une énergie fossile --, si ce n'est pas de l'hypocrisie, c'est rire du monde. Et ce n'est rien pour rassurer les citoyens qui ont participé aux consultations publiques sur le projet de la rue Notre-Dame, dont le rapport sera remis au ministère de l'Environnement par l'organisme Convercité dans quelques jours. Qui peut encore douter que le certificat d'autorisation qu'attend le MTQ pour procéder aux travaux sera délivré rapidement, quoi que dise ce rapport?
Certains ministres libéraux se démarquent par leur immense habileté à tordre des bras. On n'a qu'à penser au passage de Jean-Marc Fournier à l'Éducation ou à celui de Claude Béchard à l'Environnement et au Développement durable pour s'en convaincre. Les façons de faire de la ministre Beauchamp semblent maintenant s'inspirer de celles de son prédécesseur. Mais qu'on les aime ou non, ils ont quand même une certaine force qui manque cruellement à la ministre Boulet: car un ministre se doit parfois d'être capable de dire non aux gens de son propre ministère.
Celle qui s'est engagée «à léguer des infrastructures routières de qualité à nos enfants et à nos petits-enfants» n'a pas compris que le lourd fardeau que nous avons déjà à supporter ne devrait en aucun cas continuer à s'élargir. Est-ce que ce sera à la ministre du Développement durable et de l'Environnement de dire non à ces projets d'autoroute dépassés, ou est-ce qu'on peut faire tout de suite notre deuil d'une rue Notre-Dame à échelle humaine, avec tout le potentiel d'accès au fleuve présent ou futur? [...]
Il y a des choix à faire afin d'être cohérents avec nos engagements envers le protocole de Kyoto. Or, si nous n'assistons pas à un quelconque effort en ce sens, les politiciens nous servent par contre une bien belle dose d'hypocrisie. Ne reste plus qu'à observer, et à juger quand le temps sera venu.

