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La censure cherche des poux partout partout
Quand j'étais pensionnaire au début des années soixante, j'amenais des livres de la maison. En rentrant au collège, il fallait passer à l'inspection. C'était comme à la douane, on ouvrait nos valises, on saisissait les livres à l'index, c'est-à-dire à peu près tous. J'en amenais parfois une bonne dizaine avec l'espoir qu'il m'en resterait un ou deux. Parfois, c'était trop demandé, on me les confisquait tous - Les Thibault de Roger Martin du Gard, Le petit arpent du bon dieu, Jeanne la mince. Noeud de vipères... les frères du Sacré-Coeur me regardaient comme si j'étais le plus étrange oiseau de la création. On censurait notre courrier aussi. Toutes nos lettres avaient déjà été ouvertes quand on nous les remettait. Je pensais avoir tout vu, tout subi... je pensais, oui... je ne pense plus. La censure au Québec est devenue d'autant plus féroce qu'elle s'est faite sournoise et s'exerce en niant comme l'inquisition jusqu'à son existence. On boycotte. On tue à l'encre sympathique mêlée de vitriol. Plus de problème à parler de cul, à montrer ses craques et ses fosses. Joli progrès, mes très chers!... J'ai en horreur, très charmants et efficaces censeurs, à peu près tout ce que vous portez aux nues. En horreur, oui, parfaitement, en horreur, sainte horreur.
