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Un système de garde à deux vitesses ou comment renforcer les inégalités scolaires et sociales
Les enfants de milieux favorisés arrivent à l'école avec plusieurs longueurs d'avance par rapport aux enfants d'autres milieux: ils ont été fréquemment en contact avec l'écrit (ils ont souvent vu lire leurs parents, on leur a raconté des histoires, lu d'innombrables livres, etc.), ils s'expriment mieux, ils ont un niveau de culture plus élevé. Ces facteurs feront en sorte que ces enfants auront beaucoup plus de facilité à apprendre à lire et à écrire en première année du primaire. Ce faisant, ils seront bien outillés pour apprendre et traverseront leur parcours scolaire sans trop de heurts.
Les autres, ceux qui n'ont pas été souvent en contact avec l'écrit, ceux qui s'expriment moins bien, ceux dont la culture familiale est très éloignée de la culture scolaire, ceux-là auront de la peine à apprendre à lire et à écrire et accuseront dès le début de leur scolarité un retard qui ira en s'accentuant. Ils gonfleront les rangs des décrocheurs (qui se comptent essentiellement dans les milieux défavorisés) et ceux des illettrés fonctionnels (plus de 30 % des jeunes de 16 à 25 ans, rappelons-le, ne savent pas assez bien lire et écrire pour se débrouiller dans la vie de tous les jours).
Il y a un moyen simple et peu coûteux de réduire le fossé entre les enfants de différents milieux : il faut offrir les meilleurs services de garde, gratuitement, à ceux qui en ont le plus besoin.
Christiane Blaser, professeure, Université de Sherbrooke
