Vos réactions

Problèmes d'analyse et de critique

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gabriel RACLE
Envoyé Le mercredi 27 février 2008 06:00



En dehors des questions purement économiques que soulèvent le budget présenté par le gouvernement de Stephen Harper, il est intéressant de s'intéresser à la fièvre électorale médiatique qui depuis trois ou quatre semaine se manifestait tant dans la presse audiovisuelle que dans la presse écrite. On a pu voir ou lire des affirmations péremptoires, nous garantissant qu'il y aurait des élections dans les semaines à venir. Pour ma part, j'ai toujours prétendu le contraire et je l'ai exprimé dans la presse écrite, tant dans ce journal que dans un autre.

Pourquoi cette perspective différente? Parce que les outils d'analyse ne sont pas les mêmes. Les journalistes utilisent les instruments habituels de la politique classique et en arrivent à des déductions logiques : vu les prémisses considérées, il devrait y avoir des élections.

L'autre modèle d'analyse est celui de la psychopolitique, moins connue peut-être, mais très efficace. Rappelons que la psychopolitique dérive de la psychohistoire dont Rudolph Binion, professeur d'histoire à la Brandeis University, Waltham, Massachusetts, É.-U., donne la définition suivante : «La psychohistoire explore, selon sa propre méthode appliquée à des situations historiques, les processus humains, tant collectifs qu'individuels.» La psychopolitique est alors la psychohistoire en direct, c'est-à-dire l'application de la méthode de la psychohistoire à l'histoire présente, qui se déroule sous nos yeux. Par exemple, le comportement psychologique d'un dirigeant peut expliquer ses actions et réactions. Et avec les dirigeants actuels et la situation minoritaire du gouvernement, cette discipline prend toute son actualité.

Ceci dit, on ne va pas manquer de critiquer Stéphane Dion pour son refus de défaire le gouvernement. Mais au-delà des réactions épidermiques, il faudrait se poser des questions de fond. Pourquoi déclencher des élections qui donneront les mêmes résultats? Ne pas le faire, c'est non seulement faire des économies, c'est aussi faire preuve de retenue et non de politique politicienne. Il faut du courage pour tenir cette position, contrairement à ce que l'on pense. Il serait bon de se souvenir de ce que la politique est ou doit être, pour porter une jugement objectif et non partisan, que l'on soit libéral, conservateur, bloquiste ou néo-démocrate.

On trouve justement chez Platon quelques éléments intéressants et toujours d'actualité. Dans «Pouvoir et Justice (République, Livre I): le politique ne doit pas gouverner selon son intérêt mais selon la justice», on peut lire cette réponse de Socrate à une question d'un certain Thrasymaque, qui pense que l'on commande toujours à son profit: ««L'art du berger a pour essence le bien des moutons; c'est par accident que s'y ajoute l'art d'en tirer profit; l'art du berger n'est pas transformé par le fait qu'il en tire profit ou pas. De même, l'art politique est par essence service pour les gouvernés, et par accident profit pour les gouvernants.» Et Platon de montrer que l'on a toujours intérêt à la justice et que le pouvoir ne peut s'exercer sans justice. Celui qui exerce le pouvoir ne le fait pas en vue de son intérêt, car il ne peut l'exercer de façon stable que s'il respecte la justice, et même s'il l'instaure.

Il s'agit certes d'un idéal. Mais, «Faire de la politique, c'est justement défendre un idéal en l'adaptant à la réalité du monde.... L'idéal doit évidemment être actualisé, adapté aux réalités du temps mais il n'en reste pas moins essentiel et premier dans la détermination de la politique. » (Raphaël Dargent, «La politique, un réalisme de l'imaginaire», Les Cahiers, no 14) «La politique, disait Charles de Gaulle, un véritable homme d'État, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités.» (Conférence de presse, 30 juin 1955).

«Il est important de considérer le rôle du politique comme un dépositaire du devenir d'un peuple. Lourde responsabilité... », indique Irma Ly Tang dans ses «Réflexions sur le rôle de la politique». Dans les circonstances présentes, quelle était donc la meilleure décision que Stéphane Dion pouvait prendre, non dans son intérêt, mais dans l'intérêt de la population canadienne? Il ne faudrait pas oublier cette perspective et les responsabilités qu'elle entraîne. Il est facile de s'improviser critique lorsque l'on n'est pas dans le poste de celui que l'on critique. Mais, comme le dit l'adage: «La critique est facile, mais l'art - de la politique - est difficile. »

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com