Vigneault prépare enfin sa grand-messe

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Isabelle Porter
Édition du mercredi 27 février 2008

Mots clés : Festival des musiques sacrées, grand-messe, Gilles Vigneault, Spectacle, Québec (ville), Québec (province)

Gilles Vigneault songeait déjà au projet d'une grand-messe il y a plus de 40 ans.

Photo: Pedro Ruiz

Québec -- À 80 ans, Gilles Vigneault réalise un rêve vieux de 45 ans: composer une grand-messe pleine de son enfance et de «la foi dans les humains». Cette oeuvre unique sera présentée les 17 et 19 octobre au Palais Montcalm dans le cadre du Festival des musiques sacrées, du Sommet de la francophonie et du 400e anniversaire de la fondation de Québec.

Au-delà de tous ces «cadres», le poète nous ramène à l'essentiel. «Une messe, c'est l'occasion de se rassembler pour louer un être qu'on invente parfois, auquel on croit fermement d'autres fois, mais qui semble nécessaire à toute la nature humaine profonde», résumait-il lors du dévoilement du projet au Palais Montcalm. «Il s'agit de faire une messe comme une messe, c'est-à-dire avec cérémonie, politesse, et moi, de mon côté, je le dis: avec foi.» La foi en quoi? «La foi dans les humains avant d'avoir prétentieusement la foi dans leur dieu.»

Inspiré, en grande forme et plus drôle que jamais, il aura même réussi à faire un tabac de sa conférence de presse. Quelques minutes plus tôt, il s'était présenté devant le podium les bras en croix en lançant: «Mes frères!» à la manière d'un curé, déclenchant l'hilarité générale.

Et le voilà redevenant sérieux, vantant les vertus de ce rituel passé de mode et vers lequel auraient pu nous renvoyer les actualités des derniers mois. Et d'évoquer ce nécessaire «respect pour nos parents, qui ont pratiqué eux-mêmes beaucoup plus la religion que nous-mêmes l'écriture». Il fait valoir que «cela ne les a pas trop mal servis quand on considère que nous sommes là pour continuer» et qu'il «faut toujours y revenir et ne jamais oublier cet aspect».

«On s'est avancé très timidement tous les deux vers l'autel», a-t-il dit en parlant du duo qu'il forme avec le pianiste et arrangeur Bruno Fecteau. Les deux hommes rêvaient d'un tel projet depuis longtemps. Vigneault y pensait déjà du vivant de son ancien pianiste et arrangeur Gaston Rochon, il y a plus de 40 ans. Une rencontre au printemps avec l'ancien curé de la paroisse Saint-Roch Mario Dufour (également fondateur du Festival des musiques sacrées et président de la Commission des biens culturels) a rendu tout cela possible.

La messe, ce vieux spectacle

Dans la salle de conférence de presse, on fait silence comme à la messe, voire davantage. D'aucuns auront déjà remarqué d'ailleurs à quel point les concerts de Gilles Vigneault peuvent se rapprocher de cette expérience. Le chanteur lui-même ne manque pas de dresser des parallèles entre le spectacle et le rituel.

«Le fil conducteur qui m'anime dans l'idée d'écrire une messe, c'est mon enfance. C'était la seule véritable cérémonie à laquelle j'ai pu assister tout petit. C'était le théâtre, l'opéra, le spectacle, le cirque -- ça l'est devenu parfois! C'était la seule grande cérémonie», a-t-il dit à propos de ce qui fut pour lui «une initiation».

Et de souligner que les mystères et le théâtre ont commencé sur le parvis de Notre-Dame de Paris et les autres. Lorsque nous lui avons demandé s'il comptait prêter sa voix à quelques alléluias, la table était dressée pour un nouveau jeu d'esprit. «Oh! Je vous rassure tout de suite, je ne chanterai pas cette messe, ce sera donc une messe chantée!» Les 300 000 $ de ce projet permettront en revanche de solliciter les talents de l'Orchestre symphonique de Québec, du Choeur symphonique et de quatre solistes pour la présentation de l'oeuvre en «grand ensemble». Elle sera également créée en deux plus petits formats pour orchestre de chambre avec solistes et en petite formation pour chorale de paroisse, solistes, orgue d'église ou harmonium. On parle aussi d'une représentation additionnelle le dimanche de la Toussaint, à l'église Saint-Roch.

Un grand exercice d'humilité

Que personne ne s'inquiète, le poète compte bien laisser son empreinte sur cette ambitieuse aventure. «Je suis sûr qu'il y en a qui se demandent à quel moment le reel va faire son apparition!» Pas question de faire de danse carrée, dit-il, «parce qu'on sait vivre même à l'église». Mais quand même... «Il y avait une occasion de se réjouir de façon plus expansive et plus claire dans l'alléluia.» Et le voilà qui cogne un rythme de reel sur le présentoir de bois.

Le travail est déjà assez avancé, d'après Bruno Fecteau. «On a à peu près écrit tous les thèmes, les textes, les mélodies. L'essentiel, quoi.» Les deux hommes disent composer leur messe comme ils écrivent les chansons. Passé l'exercice de traduction du latin avec lequel M. Vigneault semble très à l'aise, c'est comme d'habitude. «J'écris mes chansons, j'arrive avec des paroles et des mélodies [...]. Et on travaille sur la mélodie jusqu'à ce que les paroles s'entendent avec elles.»

Quant au sens à donner à tout cela, le poète se dit à l'aise avec le contexte des fêtes du 400e et de la Francophonie, sans plus. Il rappelle à juste titre les paroles de sa chanson Avec nos mots (2000): «Avec nos mots, nos jeux, nos travaux et nos danses / Nos joies et nos chagrins aussi / Quatre cents ans de foi, d'amour et d'espérance / Avec ceux qui vivaient ici.» Certes, dit-il, «c'est audacieux un petit peu de dire que la foi, l'amour et l'espérance ont été nos guides quand nous sommes arrivés ici, mais c'est un baptême de désir que je me donne à rebours.»

La quête de sens le fait remonter encore bien plus loin dans le passé, avec comme clés l'«humilité» et la mémoire des constructeurs anonymes de cathédrales. À une journaliste qui lui demandait s'il fallait voir dans cela un spectacle d'adieu, voire le requiem d'un grand artiste, il a répondu qu'il ne savait pas, qu'il lui semblait prétentieux de deviner, qu'il attendait de savoir et qu'en attendant, il travaillait. Et de s'en prendre à cette logique de l'oeuvre «récompense» qui glorifierait toute une vie qui permet de se dire: «J'ai été utile, j'ai servi, j'ai eu telle influence.» «Non, encore là, il faut s'attendre à devoir attendre, comme les compagnons qui posaient leurs pierres et leur talent sur le parvis de Notre-Dame au moment de sa construction.»

Et de nouveau cette solennelle humilité. «Nous n'avons plus aujourd'hui, avec les droits d'auteur et tout le bataclan, cette humilité de retourner dans notre anonymat naturel, mais il faut au moins avoir la politesse d'attendre.»


Vos réactions


400 fois... Vigneault - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le jeudi 28 février 2008 10:00

On l'aime... - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le mercredi 27 février 2008 15:00

Québec ... seulement ? - par Denis Biron (jadenisbiron@msn.com)
Le mercredi 27 février 2008 09:00

Quel grand homme - par Josée Sarrazin
Le mercredi 27 février 2008 08:00

En un mot... - par M. Thériault
Le mercredi 27 février 2008 08:00

Puissance d'humanité - par Guy Lafond
Le mercredi 27 février 2008 07:00

Tous mes hommages monsieur Vigneault - par Marie Josée Champagne
Le mercredi 27 février 2008 07:00

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