Cinéma - La censure s'affiche
Mots clés : Les Ennemis du cinéma, censure, Cinéma, Montréal
Dans le film City Lights de Chaplin, une scène où l'on voit une statue nue a été censurée. Quant au film de Claude Autant-Lara, Le Rouge et le Noir, il a été réduit de 185 minutes à 99: exit les baisers prolongés, les décolletés et les situations scabreuses.
Le Cinéma du Parc à Montréal met à l'affiche ce vendredi, et pour deux semaines, Les Ennemis du cinéma, un documentaire de 52 minutes sur l'histoire de la censure au cinéma au Québec, réalisé par Karl Parent, avec la collaboration d'Yves Lever, qui avait publié il y a deux ans un dictionnaire de la censure.
Le film retrace de façon chronologique les relations houleuses entre les exploitants de salles et les créateurs d'un bord, et les autorités, religieuses ou politiques, de l'autre bord, qui ont tenté par tous les moyens de limiter l'accès à certains films.
Dès l'arrivée du cinéma au Québec, les autorités religieuses ont tenté d'encadrer les «vues animées», et Léo-Ernest Ouimet, célèbre propriétaire de salle, avait mené une bataille devant les tribunaux pour avoir le droit de présenter les films le dimanche, contre l'avis de l'église.
Pour mieux encadrer les films, le Bureau de la censure était créé en 1912, et il sera en fonction pendant 50 ans.
Mais ce qui frappe dans le documentaire de Karl Parent, c'est l'ampleur des coupes réalisées dans les films. Le Bureau de la censure a banni plus de 6000 oeuvres entre 1913 et 1967, et il en a charcuté encore plus, pour respecter les «bonnes moeurs». Certains films étrangers comportaient même des scènes refaites au Québec pour mieux correspondre à la morale catholique!
Une époque révolue?
Si la censure est d'abord une histoire de morale, à la fin des années 1960, elle devient politique, particulièrement avec l'interdiction de certains films à l'Office national du film (ONF), jugés trop à gauche ou trop nationalistes. Le documentaire mentionne particulièrement Cap d'espoir de Jacques Leduc, On est au coton de Denys Arcand et 24 heures ou plus de Gilles Groulx.
Cette époque semble révolue, mais Yves Lever prévient que la censure demeure possible: «La STM vient tout juste d'interdire une affiche de théâtre dans le métro, rappelle-t-il au Devoir. Et l'autocensure et le politiquement correct seraient un nouveau type de censure».
«La censure aujourd'hui, ce serait aussi la façon dont les multinationales contrôlent les contenus, ajoute Karl Parent. On parle d'une censure économique, commerciale.»
Les Ennemis du cinéma: une histoire de la censure au Québec sera projeté au Cinéma du Parc du 29 février au 12 mars. Chaque projection sera suivie d'un montage de 20 à 25 minutes d'extraits de films et d'entrevues supplémentaires.
Par ailleurs, chaque projection sera présentée par une personnalité invitée. Le cinéaste Pierre Falardeau ouvre le bal lors de la projection du 29 février. Parmi les autres présentateurs, on retrouvera au fil des jours le psychanalyste André Lussier, l'historien Yves Lever, les critiques Robert Lévesque et Francine Laurendeau, les réalisateurs Denis Héroux, Jacques Leduc, Roger Cardinal, et ainsi de suite.
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