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Trop pessimiste

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Nicholas Cerminaro
Envoyé Le lundi 25 février 2008 18:00



M. Robitaille,

Je suis d'accord avec certains des constats de M. Jacoby en ce qui concerne l'effet pervers que l'expertise et la sur-spécialisation peuvent avoir sur le débat public, notamment en disqualifiant l'intervention des « néophytes » en réservant le débat à certains « spécialistes » qui eux seuls contrôlent le langage qu'on y utilise, ce que vous nommez habilement la spirale de l'expertise et du jargon.

M. Jacoby n'est toutefois pas le seul à déplorer la situation. Un de nos meilleurs « intellectuels publics » canadiens, John Ralston Saul, s'insurgeait contre cette même forme de dictature en 1992 dans son excellent ouvrage Voltaire's Bastards: The Dictatorship of Reason in the West.

Cela dit, il y a encore une effervescence d'intellectuels qui prennent position et qui influencent le débat public, tant aux États-Unis qu'au Québec, et je crois humblement que M. Jacoby est trop rapide à disqualifier la contribution d'internet.

N'en déplaise à M. Jacoby, celui qu'il critique-le professeur Posner-en est d'ailleurs un bon exemple. Que l'on soit d'accord avec ses prises de position ou non, son imposante bibliographie témoigne de sa contribution tant à la science du droit qu'à la vulgarisation juridique en passant par l'analyse économique de la sexualité. Voilà décidément quelqu'un qui n'a pas peur de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il faut aussi mentionner qu'à 69 ans, Posner contribue régulièrement à divers blogues (dont celui sur Slate.com) et tient même un débat déroulant avec un collègue économiste (Gary Becker) sur des sujets aussi variés que le financement des universités, la philanthropie et l'immigration.

Et comment passer sous silence l'influence du professeur Paul Krugman, de l'université Princeton, qui tient une chronique semi-hebdomadaire dans le New York Times (et un blogue : The Conscience of a Liberal).

D'autres exemples américains : Jared Diamond, professeur de physiologie à UCLA, à la fois champion dans sa discipline et dans la vulgarisation et Lewis Lapham, maintenant à la barre du Lapham's Quarterly, contributeur aux débats de société tant par ses écrits que par son émission de radio et, évidemment, son site internet.

Au Québec, on a qu'à penser à Stéphane Dion, Benoît Pelletier, Daniel Turp, Léo-Paul Lauzon, Jocelyn Coulon, Jean-François Lisé, Charles Taylor, etc. Voilà des universitaires qui s'impliquent activement dans le débat public.

Pour en finir avec tout ça, je vous mentionne simplement l'existence du site web big think, un genre de YouTube des idées, qui bénéficie de l'appui de Lawrence H. Summers, l'ancien président de l'université Harvard. Le potentiel de ce genre d'outils ne sera limité que par notre imagination.

M. Jacoby à sans doute raison que certains professeurs carriéristes ne songent qu'au titulariat, mais cela est-il vraiment différent de ce qui se passait il y a 40 ans? Peut-être faudrait-il que M. Jacoby regarde aux bons endroits.

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