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La Mort du Journalisme
La presse et les médias électroniques ont abandonnés leur mission de chien de garde des citoyens et de la démocratie contre les abus des trois pouvoirs traditionnels: législatif, exécutif et judiciaire. La voix des sans voix s'est tue ?
« Le traitement journalistique fait mine de constater ce qu'il contribue largement à mettre en scène. » - A.Rindel
L'info divertissement, le mélange des genres, l'hyper commercialisation, le rabâchement en boucle du même contenu et la surenchère auto suffisante ont distortionnés notre vision du monde et discréditer les messagers.
Transparence, crédibilité et rigueur : la fin d'une époque
"Le journalisme est le règne de l'éphémère et du volatil." - Bernard Pivot
Dans une Lettre au Devoir, Raymond Corriveau, Président du Conseil de presse du Québec s'exprimait : " Il devient de plus en plus difficile de justifier l'investissement de sommes importantes pour produire une information rigoureuse et de voir s'établir une concurrence basée sur la frivolité ou, pire encore, sur l'insulte. Comment pouvons-nous accepter la marchandisation de la nouvelle sans brader les principes qui justifient notre propre existence? " www.conseildepresse.qc.ca
Il pointe dans la direction de Bonnie Anderson qui... « parle de la disparition d'une tradition rigoureuse du journalisme au dépens d'une information gouvernée par l'industrie du divertissement. Les médias sous cette tendance lourde participent finalement à l'érosion du processus démocratique et au désintéressement des électeurs à la chose politique. »
Alors que le taux de participation aux élections périclite, la ligne de démarcation entre le réel et le virtuel s'estompe. On suit la politique comme une game de hockey ou la finale de «Loft Story». La finalité quotidienne du politicien est de passer aux nouvelles. Point à la ligne. La glorification du star système ratisse large. Une tranche importante de la population délaisse l'exigeant processus démocratique pour plutôt choisir de vivre par procuration, en aspirant aux modèles glamourisés qui nous sont imposés à grands coups de bâtons médiatiques.
Un simulacre efficace pour qui ?
Les films « Wag The Dog » et « The Truman Show » ont brillamment abordé le sujet du chevauchement de la réalité et du spin. Cette notion, autrefois, bien identifiée au mensonge est aujourd'hui enseignée comme le nec plus ultra des outils de communication. D'invraisemblables circonvolutions seront accomplies par les pouvoirs, dans ce but bien précis.
« Le monde se divise en trois catégories de gens: un très petit nombre qui fait se produire les évènements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s'accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s'est produit en réalité. » - Nicholas Murray Butler
Follow the money !
Le dernier grand coup d'éclat, de la profession, fut dernièrement salué avec le dénouement surprise mais tardif du scandale du Watergate. Deep Throat avait alors permis d'ajouter la filière « follow the money » aux traditionnels « Qui? Quoi? Quand? Où? Pourquoi? et Comment?» de l'arsenal du bon journaliste d'investigation. Avouons que ça fait un bail.
Depuis on a eu droit à une disparition progressive du journalisme d'enquête. La pratique, jugée trop onéreuse et risquée pour les pouvoirs occultes est sacrifiée à l'autel de la consolidation médiatique, en cours. Un autre effet pervers de la globalisation. Les organisations à la Reuters, Associated Presset la Presse Canadienne nous mâchouillent la nouvelle qui nous est transmise, via les bonzes locaux, trop heureux d'économiser sur la création originale. Remplir les vides entre les pubs de chars et de bière est une exigence quotidienne.
Quand on sait qu'autant Québécor, Gesca que le Devoir utilisent, à plein, les services de la presse canadienne; on est en droit de se demander, quel pourcentage des nouvelles reflète la réalité non tarabiscotée à la sauce de l'unité canadienne. www.cp.org Mais ça c'est une autre histoire !
La collusion entre l'entreprise privée et les médias est testée à son extrême, aux États-Unis. La déréglementation sauvage a ouvert les vannes au corporatisme médiatique.
Comme si l'aplatventrisme face aux commanditaires n'était pas assez débilitant; l'opportunité d'imposer une homogénéisation des contenus et une ligne éditoriale dirigé et imposée via d'immenses réseaux, fut trop tentante.
L'activisme, ouvertement politique de Fox et CNN, nous démontre éloquemment la direction que la propagande va prendre. Outfoxed : Rupert Murdoch's war on Journalism confirme que l'aliénation politique procède de la même façon que l'obscurantisme religieux. Répétez un mensonge assez souvent et éventuellement la vérité s'estompera. www.outfoxed.org Propagande oblige!
Un plan de match concerté vers l'insignifiance médiatique
L'attaque de l'administration Bush, envers les médias, est ordonnée. De la même façon, dont les républicains ont réussi à transformer la droite religieuse en une force politique, ils s'attaquent, maintenant, aux médias avec encore plus d'ardeur et de détermination.
L'organisation, Free Press, a même décortiqué le plan qu'ils s'appliquent systématiquement à imposer, en 7 points. www.freepress.net/presswar/
Le plan consiste effectivement à consolider le paysage médiatique, mais plus encore. On cherche à s'infiltrer dans les télés d'état (PBS et NPR aux USA), à éliminer la dissension dans les médias de masse, à compliquer et limiter l'accès aux informations gouvernementales et même à cultiver le cynisme envers les médias. Tous les moyens sont bons pour ces « control freaks » de l'info.
L'univers culturel sert, admirablement bien, à modeler la psyché populaire. On ne l'a pas oublié. Le rouleau compresseur y passe aussi. Les journalistes ne sont pas seuls à voir l'exercice de leur profession entaché. Le statut de l'artiste aussi est en train de régresser à son ancien état d'esclave de la royauté qui, dans ce siècle, est issu des empires médiatiques et non plus du sang bleu.
Que font les journalistes ?
Plusieurs se contentent d'exposer les points de vue des partis... et voilà le travail !
D'autres, offrent leur expertise de scribes aux plus offrants et deviennent de véritables mercenaires de l'information, en acceptant des contrats pour mousser une politique du pouvoir en place. Cette prostitution de la profession est-elle symptomatique d'un laisser faire, peu commun ? Oh, que non ! Le proxénétisme de l'information s'affirme comme tendance lourde. Les cas de Judith Miller, Jeff Gannon, Maggie Gallegher, Armstrong Williams et Karen Ryan sont de récents exemples de cette perversion du métier.
D'autre embellissent, exagèrent ou inventent, carrément, le matériel qu'ils publient. Jason Blair (New York Times) a rejoint Janet Cooke (Washington Post), Stephen Glass (New Republic), Patricia Smith (Boston Globe) et Jay Forman (Slate), dans ce club optimiste de fraudeurs.
Journalistes fantasques
Ces bouffons, déguisés au mieux en scribouilleurs, et leurs maîtres politiques ont la cote aux USA. Mais, heureusement, la résistance s'organise. www.freepress.net/hallofshame et www.publicintegrity.org
La pratique semble pourtant se généraliser, alors que l'on apprend que l'armée américaine place des articles dans les journaux Irakiens pour mousser la légitimité et les bienfaits de leur présence au pays.
Le néo-libéralisme touche tous les axes économiques. La privatisation de la propagande coule de source après celle de la guerre.
Toujours ces foutues apparences qu'il faut préserver à tout prix. Après Halliburton, Carlisle et Bechtel, c'est autour des boites de communication de récolter le pactole de la guerre en Irak.
Le « start up » Lincoln Group et son président, Christian Bailey, se sont vu confiés la mission de remplir les médias Irakiens de fausses nouvelles pro-américaines pour la coquette somme de $100 millions. La commande venait directement du département de la défense de, Donald Rumsfeld. Alors que le chaos ambiant de Bagdad empêche les vrais journalistes d'exécuter leur travail, il faut bien instruire le bon peuple, quitte à remplacer l'information par la propagande.
Ajoutons l'insulte à l'injure
Ces charlatans et les gouvernements ne sont pas seuls à mettre l'épaule à la roue. Comme l'illustre le dévastateur bouquin « Into the Buzzsaw » les empires médiatiques, eux-mêmes, sont devenus tellement dépendants des revenus publicitaires que mordre la main qui les nourrit devient impensable! Au diable l'objectivité, allo « bottom line »! www.freedomofthepress.net/intothebuzzsaw.htm
Le documentaire Orwell Rolls In His Grave » souligne jusqu'à quel point la vision dystopique de Orwell, dans 1984, est désormais devenu une réalité aussi dérangeante qu'inquiétante. www.orwellrollsinhisgrave.com
« Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique. » - Marshall McLuhan
NBC et ses subsidiaires peuvent-ils encore, vraisemblablement, couvrir l'industrie du nucléaire, quand son propriétaire General Electric en est un des joueurs principaux ? La même logique s'applique à ses contrats en Iraq et Afghanistan.
Les faits décrits, ne pourraient évidemment jamais se produire dans le plus meilleur pays du monde et pourtant... Depuis que l'on sait que Power Corporation est actionnaire de Wal-Mart, comment s'assurer que la couverture par, Gesca/La Presse, des activités de la multinationale soit libre de biais?
L'équipe, du Project Censored, vient justement de répertoriée les comités de direction de 10 consortiums médiatiques (journaux, télé et radio). On y découvre 118 personnes qui siégent concurremment au commandes de 228 corporations américaines et multinationales. La ligne de démarcation entre les deux forces s'estompe, au mépris même du premier amendement de la constitution américaine, en protégeant les intérêts des corporations au-dessus de celles des citoyens. www.projectcensored.org/newsflash/C2006_chap6.pdf
Doit-on croire de facto à la bonne volonté des intervenants de la chaîne médiatique ? Ces corporations méritent-elles le bon Dieu sans confession ? Face au manque total de crédibilité, on serait en droit de se le demander. Les corporations médiatiques maximisent-elles les profits, sans égard à leurs responsabilités face au public ? Est-il plus safe de nous rabâcher une litanie d'écrapous et de ragots de vedettes, alors que les vrais sujets sont esquivés ? La propagande est-elle aussi payante que l'hébétude euphorisante du star système ? Le média corporatif remplace t-il la religion comme opium du peuple ?
Qui a le temps ou l'intérêt de se poser la question?
Qui a encore l'autorité morale d'y répondre?
"La liberté la plus funeste. La liberté exécrable, pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur... Nous voulons dire la liberté de la presse et de l'édition." - Grégoire XVI"
A cynical, mercenary, demagogic press will produce in time a people as base as itself": Joseph Pulitzer
