Raúl Castro aux commandes à Cuba

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AFP , AP
Édition du lundi 25 février 2008

Mots clés : Maladie, Raúl Castro, Fidel Castro, Cuba (pays)

Fidel continuera d'être consulté sur les questions importantes

Raúl Castro à l'Assemblée nationale de Cuba, hier, où il a été élu président du Conseil d'État.

Photo: Agence France-Presse

La Havane -- Cuba change sans changer, et l'après-Fidel ne sera pas tout de suite un après-Castro: Raúl, le frère du président démissionnaire, a officiellement été choisi hier pour succéder au vieux leader affaibli par la maladie. C'est donc sans surprise que Raúl Castro a été élu président du Conseil d'État par les 614 membres de la nouvelle Assemblée nationale. Âgé de 76 ans, Castro hérite d'un mandat de cinq ans.

C'est donc sans surprise que Raúl Castro a été élu président du Conseil d'État par les 614 membres de la nouvelle Assemblée nationale. Âgé de 76 ans, Castro hérite d'un mandat de cinq ans.

Dans son premier discours, Castro a clairement annoncé que son frère Fidel resterait impliqué dans la vie politique du pays, et que l'île communiste continuerait d'être un bastion de la révolution. «J'assume la responsabilité qui m'a été confiée avec la conviction que [...] le Commandant en chef de la révolution cubaine est unique. Fidel est Fidel, Fidel est irremplaçable», a déclaré le nouveau président.

Il a immédiatement «sollicité» de l'Assemblée l'autorisation de «consulter» son frère «sur les décisions d'importance spéciale pour l'avenir de la nation, surtout celles liées à la défense, à la politique étrangère et au développement économique du pays». Soumise à un vote immédiat, la proposition a été approuvée à l'unanimité et à main levée par l'Assemblée, sous les applaudissements.

Le chef du Parlement, Ricardo Alarcon, a également annoncé la désignation en tant que premier vice-président du numéro deux du régime, José Ramon Machado, autre figure historique de la vieille garde.

Réputé ultra-orthodoxe, membre du Bureau politique du Parti communiste cubain (PCC, parti unique), Machado, 78 ans, médecin et ancien combattant de la guérilla de la Sierra Maestra (1956-1958), est un des derniers «Commandants de la Révolution».

Sa promotion obtenue aux dépens de Carlos Lage -- que plusieurs donnaient favori, à l'âge de 56 ans -- est un coup dur pour la génération montante. C'est aussi un signe de la méfiance de la vieille garde envers les changements attendus par les Cubains et la communauté internationale.

Le président de l'Assemblée nationale, Ricardo Alarcon, seul candidat en lice, a quant à lui été reconduit dans ses fonctions. Les députés l'ont désigné à l'unanimité.

Changements

Raúl Castro, général et ministre de la Défense depuis la victoire révolutionnaire de 1959, assurait l'intérim de son frère Fidel depuis sa grave opération subie en juillet 2006 pour soigner une hémorragie intestinale. Depuis l'attaque des castristes contre la caserne de La Moncada en 1953 et le triomphe de la révolution en 1959, Raúl a toujours été le bras droit de Fidel. Les deux hommes se vouent une entière confiance.

Homme de la continuité, il est partisan des «petits pas» devant l'imposante liste des problèmes légués par la gestion de son frère, sources d'impatience croissante dans la population. Il a annoncé la prochaine levée de certaines «interdictions» pesant sur l'économie, sans préciser lesquelles, et une réévaluation «prudente» du peso.

Les pays occidentaux, Washington en tête, attendent de lui qu'il démocratise un régime monolithique, en commençant par la libération des quelque 240 prisonniers politiques.

Pour le responsable du département d'État chargé de l'Amérique latine, Tom Shannon, la nomination de Raul Castro laisse entrevoir «un potentiel de changement» pour Cuba, a-t-il dit hier. «Une possibilité et un potentiel de changement existent à Cuba, mais ce changement doit venir de l'intérieur», a-t-il déclaré.

Auparavant, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, évoquant «l'héritage de cinq décennies de tyrannie», a pressé La Havane «d'entamer un processus de changement démocratique pacifique», des déclarations qualifiées par Raúl Castro d'«injurieuses et ouvertement interventionnistes de l'empire et de certains de ses proches».

Discrétion

Petit, le visage barré d'une fine moustache, Raúl Castro est un homme effacé, voire secret, qui a la haute main sur la puissante police politique du régime et est aussi dépourvu de charisme que son frère était doué d'une éloquence proverbiale. Son meilleur atout est une armée puissante et disciplinée, qu'il dirige depuis 49 ans, très impliquée aujourd'hui dans les secteurs-clés de l'économie, notamment le tourisme.

Raúl était autrefois connu comme un idéologue qui exécutait d'une main de fer les ordres -- et les ennemis -- du «Lider maximo». Il s'efforce désormais de se montrer plus compréhensif, laissant espérer aux Cubains un début de redressement de l'économie du pays, à défaut d'un changement spectaculaire sur le terrain des droits de l'homme.

Dépositaire provisoire des rênes du gouvernement après l'hospitalisation de son frère pour un problème intestinal, Raúl Castro est apparu en pleine lumière le 31 juillet 2006, après avoir passé quasiment un demi-siècle dans l'ombre de Fidel.

Vice-président du Conseil d'État et ministre de la Défense depuis la révolution de 1959, c'est toutefois probablement grâce à son savoir-faire et au soutien d'une armée efficace que Fidel a pu se maintenir au pouvoir aussi longtemps. Raúl Castro a exécuté de basses besognes en coulisse, liquidant des soldats fidèles au dictateur Fulgencio Batista en 1959, faisant ensuite régner l'ordre parmi les apparatchiks du PCC, et ce, avec une adhésion passionnée à la «cause».

Depuis qu'il s'est rallié à une ligne plus pragmatique, certains jugent possible qu'il tente d'appliquer à Cuba le modèle chinois -- un parti unique et une économie de marché --, mais à petits pas.

«Les haricots sont plus importants que les canons», déclarait-il au début des années 1990, alors que Cuba sombrait dans une grave crise économique après l'effondrement de l'Union soviétique. Il avait alors fortement réduit la taille des forces armées, les faisant passer de 300 000 hommes à 60 000. Afin de les rendre économiquement indépendantes, Raul Castro leur avait permis de s'impliquer dans l'économie cubaine dont elles détiennent à présent une part notable, notamment dans le tourisme.

Fidel Castro avait annoncé la semaine dernière qu'il n'accepterait pas d'être reconduit à la tête de l'État qu'il a dirigé sans discontinuité depuis 1959. Le Lider maximo va rester premier secrétaire du Parti communiste.


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