La soirée des Oscars - À l'ombre des grands westerns
Mots clés : Culture, Cinéma, Oscars, États-Unis (pays)
La France s'impose aussi

Photo: Agence Reuters
Les deux favoris sont pure Amérique de l'Ouest. Retour aux sources du mythe fondateur? En tout cas, l'ombre des grands westerns flotte sur la cuvée.
Ainsi, dimanche soir, les téléviseurs se mettront à l'heure de Hollywood. Avec suspense au programme. Chacun s'aventure avec défiance sur le terrain des prédictions. Cette année, la partie n'est nullement jouée d'avance. Et les parieurs se contredisent.
There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson (déjà derrière le fascinant Magnolia), oeuvre coup-de-poing, constitue le meilleur film américain de l'année et mériterait à mon avis de remporter le carré d'as. Film, réalisateur, scénario adapté, acteur principal, etc. Mais rien n'est si simple. Car le magistral film d'Anderson risque hélas de déstabiliser les académiciens, tant par sa folle intensité que par sa durée (deux heures quarante-cinq minutes).
Seul consensus en vue: son interprète, Daniel Day-Lewis, apparaît imbattable dans la course au meilleur acteur pour son rôle de prospecteur pétrolier sans foi ni loi (on le retrouve d'ailleurs dans tous les plans). Beau joueur, un de ses concurrents, George Clooney, en nomination pour Michael Clayton, lui concède d'avance la victoire. Avec son humour habituel, Clooney a comparé cette semaine sa propre position à celle d'Hillary Clinton face à Barack Obama: «S'il n'y avait pas eu Barack Obama, ç'aurait été une très bonne année... »
Sauf que...
No Country For Old Men, thriller sanglant des frères Coen, n'a pas la portée mythologique ni la maîtrise du film d'Anderson. Mais depuis le temps qu'ils subjuguent les cinéphiles avec des oeuvres insolites et parfois géniales, Joel et Ethan Coen auraient mérité mieux que l'Oscar du meilleur scénario original pour Fargo en 1997 et des prix pour des membres de leur équipe. Les bonzes de l'industrie pourraient être tentés (comme ils l'ont fait l'année dernière en couronnant Scorsese et son Departed) de réparer une erreur historique en hissant haut le pavillon des Coen. D'autant plus que No Country For Old Men (Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme) se révèle plus accessible que plusieurs oeuvres précédentes de la fratrie et que There Will Be Blood. Chose certaine, le film des frères Coen vaudra à Javier Bardem, glacial et terrifiant en tueur en série, l'Oscar du meilleur acteur secondaire.
À ne pas négliger: le Britannique Atonement (Expiation), de Joe Wright, qui vaut surtout pour son esthétisme mais qui a le mérite de ne pas être violent comme les deux Américains qui dominent la course. Il pourrait se faufiler jusqu'à la tête. Allez savoir...
Plutôt que de multiplier les lauriers sur la tête d'un grand vainqueur, il est fort possible que les Oscars couronnent à tour de rôle les trois favoris. Meilleur film à l'un, meilleure réalisation pour l'autre, meilleur scénario adapté au troisième.
Quant aux autres...
Michael Clayton de Tony Gilroy repose sur un bon scénario sans avoir l'envergure des oeuvres marquantes. Quant à Juno du Canadien Jason Reitman, son scénario est délicieux mais il figure dans les catégories supérieures pour offrir sa place au cinéma indépendant, comme Little Miss Sunshine l'an dernier. Sympathique tant qu'on voudra, Juno ne fait guère le poids face aux grosses pointures. On lui souhaite tout de même de remporter le prix du meilleur scénario original, même si Michael Clayton et The Savages (pour ses bons sentiments) risquent de lui damer le pion.
En lice comme meilleur réalisateur, Julian Schnabel, pour Le Scaphandre et le Papillon, semble partir perdant. Il ne concourt pas pour le meilleur film, ce qui le dessert à la réalisation. Son Scaphandre est un film français et Schnabel affronte des concurrents trop solides pour ses propres épaules.
Bien que certains misent sur la jeune Ellen Page pour son rôle d'ado enceinte dans Juno (ses répliques sont pourtant supérieures à son jeu), elle devra sans doute renoncer au titre de meilleure actrice principale. Ça paraît déjà miraculeux qu'elle ait atterri en nomination. Deux prestations dominent vraiment cette course: celle de Julie Christie en femme souffrant d'Alzheimer dans Away From Her de la Torontoise Sarah Polley et la Française Marion Cotillard, merveilleuse Édith Piaf dans La Vie en rose d'Olivier Dahan. Cette dernière mériterait l'Oscar haut la main, mais la maladie d'Alzheimer tire des larmes et pourrait faire pencher la balance du côté de Julie Christie. Cotillard, déjà couronnée aux BAFTA, aux Golden Globes et hier aux César français, reste en bonne posture et on l'appuie. Haut les coeurs!
En Elizabeth I, Cate Blanchett n'étonne plus dans ce rôle, un deuxième volet qui sent la redite. Comme interprète principale, elle perd pied d'avance, ayant infiniment plus de chances de remporter la statuette de la meilleur actrice dans un second rôle pour son incarnation époustouflante de Bob Dylan dans I'm Not There de Todd Haynes.
Du côté du long métrage d'animation, souhaitons à Marjane Satrapi et à Vincent Paronnaud de remporter la mise avec Persepolis. Soit, c'est un film français, mais l'action se situe beaucoup en Iran, pays combattu par les États-Unis et critiqué dans le film. En plus, Persepolis se révèle bien meilleur que Surf's Up ou Ratatouille, ses deux concurrents américains. On se réjouit de voir La France en force cette année aux Oscars avec dix nominations toutes catégories confondues. Deux ou trois statuettes (pour Cotillard? pour l'animation Persepolis?) pourraient bien s'envoler de Hollywood à Paris.
Meilleure direction artistique et meilleures images: je parie sur Atonement, même si There Will Be Blood et No Country For Old Men le mériteraient aussi. Meilleur documentaire: sans doute Sicko de Michael Moore, non parce que son film démago le mérite, mais l'homme fait un si bon show...
Meilleur film étranger: on n'en a pas vu beaucoup, étant encore déprimés par le fait que 4 mois, 3 semaines et 2 jours du Roumain Christian Mungiu soit injustement écarté de la course. Mais le grand cinéaste russe Nikita Mikhalkov (Partition inachevée pour un piano mécanique, Les Yeux noirs, Soleil trompeur, etc.), qui n'avait pas tourné depuis des lunes, devrait constituer un concurrent de taille avec 12. De même, Les Faussaires de l'Autrichien Stefan Rusowitzky, sur fond de camps de concentration, à l'affiche à Montréal depuis hier, reçoit un bon accueil. Étrange constante: tous les films dans cette catégorie abordent la guerre ou de graves conflits de société. On ne rigole pas sur la planète...
Quant à nous, Québécois, on surveillera avec grand intérêt la catégorie du meilleur court métrage animé. Madame Tutli-Putli de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, une production de l'ONF -- l'histoire d'une femme terrifiée à bord d'un train de nuit --, est si puissant dans sa mise en scène et si vivant qu'on lui prédit la palme.
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