Allocation aux familles - Un non catégorique à l'ADQ

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Robert Dutrisac , Kathleen Lévesque
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 février 2008

Mots clés : Mario Dumont, Action démocratique du Québec, Allocation aux familles, Gouvernement, Parti politique, Québec (province)

La demande de Dumont est «irréaliste et irresponsable», dit Jérôme-Forget

L'étau budgétaire se resserre sur le gouvernement minoritaire du Québec, ce qui a forcé hier la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, à demander à l'Action démocratique du Québec de se montrer responsable en abandonnant sa proposition d'allocation hebdomadaire aux familles.

Plaidant que le ralentissement économique actuel n'accorde qu'une marge de manoeuvre d'environ 200 millions de dollars pour le prochain budget, la ministre Jérôme-Forget a soutenu être incapable de répondre favorablement à la demande adéquiste, qui coûterait près d'un milliard de dollars à compter de l'an prochain. «J'étais abasourdie ce matin [hier] lorsque j'ai entendu le porte-parole de l'ADQ nous dévoiler le contenu de ses demandes budgétaires. La proposition de l'ADQ de verser un chèque aux familles qui n'ont pas accès aux services de garde subventionnés est non seulement irréaliste mais irresponsable», a-t-elle affirmé.

Au cours des dernières semaines, Mme Jérôme-Forget a entrepris des pourparlers sur l'élaboration du prochain budget du Québec avec les représentants des deux partis d'opposition compte tenu du statut minoritaire du gouvernement. Trois rencontres ont eu lieu avec le Parti québécois jusqu'à maintenant. Quant à elle, l'ADQ a rencontré la ministre à deux reprises et un autre face-à-face est prévu mardi. Mais pour l'instant, l'ADQ et le gouvernement libéral semblent être aux antipodes.

«Je demande à l'ADQ de faire preuve de réalisme. Je leur demande d'être animés par le même esprit de cohabitation qui anime notre gouvernement. Cohabiter, cela veut dire faire des compromis, ça veut dire se parler. Ça veut dire que nous sommes minoritaires et qu'on doit travailler ensemble», a souligné Mme Jérôme-Forget, qui s'est dite prête à «tout ce qui est possible» pour rallier les partis d'opposition.

La ministre des Finances a toutefois soutenu que ce que réclame l'ADQ risque d'hypothéquer l'avenir. C'est d'autant plus vrai, selon elle, que pour financer son projet, l'ADQ suggère de procéder à des compressions, ce que Mme Jérôme-Forget a rejeté d'emblée. «Il n'est pas question de déshabiller Paul pour habiller Pierre. Il n'est pas question de couper en éducation et de couper en santé», a-t-elle expliqué.

Plus tôt dans la journée, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, avait profité du caucus présessionnel de son équipe à Bécancour pour poser une condition de taille au vote de son parti en faveur du prochain budget libéral: le gouvernement doit verser aux familles 100 $ par semaine pour chaque enfant de quatre ans et moins qui ne fréquente pas une garderie, une mesure qui toucherait 160 000 enfants et qui coûterait près d'un milliard de dollars au trésor public pour une année entière.

Cette allocation, c'était le plus gros engagement formulé par l'ADQ lors de la dernière campagne électorale. Le chef adéquiste, Mario Dumont, voudrait maintenant que la mise en oeuvre de cette mesure soit le fait du gouvernement Charest. Le programme de garderies coûte déjà 1,6 milliard par année à l'État québécois.

«On veut un budget famille», a répété Mario Dumont hier au cours d'une conférence de presse tenue au terme d'une réunion de deux jours du caucus des députés adéquistes. Le chef de l'ADQ était accompagné du porte-parole en matière de finances, Gilles Taillon. Celui-ci doit rencontrer Mme Jérôme-Forget mardi pour discuter du contenu du budget.

«Notre poids dans la balance, on le met pour les familles du Québec» et pour la moitié des enfants québécois qui ne fréquentent pas les services de garde subventionnés, a indiqué M. Dumont. «On ne va pas appuyer un budget qui ne va pas dans le sens qu'on souhaite.» Alors qu'il avait adopté un ton conciliant ces derniers jours, donnant l'impression qu'il n'était nullement intéressé à provoquer le déclenchement d'élections, Mario Dumont s'est montré plus ferme hier. Il a suggéré à ceux qui pensent qu'on peut le tenir pour acquis d'«aller relire» sa biographie.

Cette allocation hebdomadaire n'entrerait en vigueur que le 1er janvier 2009. Elle n'aurait donc qu'une incidence de trois mois dans le budget 2008-09, soit 225 millions. Le véritable choc financier de près d'un milliard surviendrait l'année suivante. L'État peut se permettre cette dépense en dépit du ralentissement économique à prévoir, a soutenu M. Taillon. «Il y a un travail à faire pour réduire la pression sur les dépenses publiques et dégager des ressources qu'on peut remettre en priorités aux familles», a-t-il dit. L'ADQ croit qu'on peut financer cette allocation grâce à «une revue de programmes systématique» et «une révision des modes d'organisation» des grands réseaux de la santé et de l'éducation.

Pour l'année qui s'annonce, les demandes de l'ADQ s'élèvent à 345 millions de dollars. Outre la somme de 225 millions pour l'allocation familiale, l'ADQ demande l'injection de 20 millions pour majorer l'aide financière aux aidants naturels, une autre de ses promesses électorales.

L'ADQ veut que le gouvernement ajoute 50 millions pour appuyer les entreprises en région sous forme de crédit d'impôt à l'investissement, ce qui s'ajoute aux 300 millions déjà prévus.

Trois mesures d'intégration en emploi sont retenues: 15 millions pour améliorer la francisation des immigrants, 15 millions pour reconnaître plus rapidement les acquis et 15 millions pour aider les bénéficiaires de l'aide sociale aptes au travail à se trouver un emploi.

L'ADQ a rappelé qu'il reste deux contentieux à régler avec le gouvernement fédéral. Québec doit revenir à la charge et réclamer un milliard pour l'éducation postsecondaire, une partie du déséquilibre fiscal qui demeure à régler. Enfin, il manque 100 millions aux 216 millions qu'Ottawa entend verser au Québec pour relancer le secteur manufacturier et l'industrie forestière.

La comptabilisation des bénéfices d'Hydro-Québec, dont la moitié réinvestie fait passer la dette de un milliard à 1,15 milliard par année, devrait être revue, estime Gilles Taillon.

La ministre des Finances n'a guère apprécié que l'ADQ rende publiques ses réclamations en vue du budget. La teneur des discussions avec le PQ est demeurée confidentielle. En comparaison, la façon de faire adéquiste manque d'élégance, estime Mme Jérôme-Forget.


Vos réactions


@Jean-François Belley - par Raymonde Chouinard
Le lundi 25 février 2008 12:00

@stefan gauvin - par Raymonde Chouinard
Le lundi 25 février 2008 11:00

Décision personnelle? - par Jean-François Belley
Le lundi 25 février 2008 06:00

La proposition de Dumont est moins cher que les CPE - par Rémi-Bernard St-Pierre
Le dimanche 24 février 2008 18:00

Madame Chouinard - par Paul Lafrance
Le dimanche 24 février 2008 08:00

@ Jacques Noel - par Stéphan Gauvin
Le dimanche 24 février 2008 07:00

@ Mme Raymonde Chouinard - par Stéphan Gauvin
Le dimanche 24 février 2008 07:00

A chacun ses responsabilités... - par Raymonde Chouinard
Le samedi 23 février 2008 18:00

Idéologie douteuse - par André Ouellet
Le samedi 23 février 2008 10:00

Mère-Grand à besoin de lunette, elle manque de vision. - par Stéphan Gauvin
Le samedi 23 février 2008 09:00

La p'tite famille royale à Mario - par jacques noel
Le samedi 23 février 2008 07:00

Élégance budgétaire cachotière - par Gilles Bousquet
Le vendredi 22 février 2008 22:00

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