Vers un budget fédéral sans surprise

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François Desjardins
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 février 2008

Mots clés : baisses d'impôt, budget fédéral, Gouvernement, Économie, Canada (Pays)

Le budget que présentera mardi après-midi le gouvernement fédéral sera sans grande surprise, affirment plusieurs spécialistes, puisque le ministre des Finances a déjà brûlé la presque totalité des munitions lors du dévoilement des baisses d'impôt en octobre 2007.

«Honnêtement, je me demandais si je dois absolument y aller», confie l'économiste en chef de la Financière Banque Nationale, Clément Gignac, pour qui le huis clos du budget fédéral au Centre des congrès d'Ottawa relève d'une tradition. «Pour moi, l'énoncé économique du mois d'octobre, c'était ça, le vrai budget. Il y avait des allégements fiscaux de 60 milliards sur cinq ans... »

Le 31 octobre dernier, le ministre Jim Flaherty a sorti l'artillerie lourde. En plus de faire passer la taxe sur les produits et services de 6 % à 5 %, il a réduit l'impôt des entreprises à 20 % et promis de l'abaisser à 15 % d'ici 2012, a diminué le taux des PME à 11 %, baissé le taux le plus bas des particuliers et relevé l'exemption de base.

L'ampleur des mesures dévoilées à l'Halloween pourrait faire en sorte qu'il ne restera plus grand-chose au budget, le troisième du gouvernement conservateur minoritaire.

«On ne sait jamais à quoi s'attendre, mais étant donné l'état de la situation, il semble ne pas y avoir beaucoup de marge de manoeuvre», dit Len Farber, fiscaliste principal au cabinet d'avocats Ogilvy Renault et ancien responsable de la Direction de la politique de l'impôt du ministère fédéral des Finances.

Lors de son énoncé économique, le ministre Flaherty avait indiqué qu'il ne fallait pas s'attendre à d'autres cadeaux. À l'exception des gains en capital, «on a couvert nos engagements, et même plus», avait-il dit. Prié de dire si cela signifiait qu'il n'y aurait pas de baisses d'impôt dans le budget, M. Flaherty avait simplement répondu: «C'est ça.»

«Je m'attends à un "redévoilement" des annonces faites en octobre dernier», dit M. Farber. Les baisses d'impôt aux entreprises avaient été bien accueillies et Ottawa voudra revenir là-dessus. «Il est connu que les gouvernements aiment redévoiler des choses qui produisent un effet.»

En mettant l'accent sur des mesures fiscales et de stimulation déjà annoncées, le gouvernement voudra se présenter en bon capitaine de l'économie, selon M. Farber. «Il voudra montrer que le Canada est mieux placé que les États-Unis pour traverser une tempête.»

Au mieux, croit M. Farber, Ottawa lèvera le rideau sur des petites mesures pouvant porter sur l'amélioration de la productivité de l'économie manufacturière, sur le partage des revenus avec les provinces, sur les crédits d'impôt à l'industrie minière et sur les fiducies de revenu. Puisque le gouvernement pourrait aller en campagne électorale dans les prochains mois, dit-il, il ne faudrait pas prévoir trop de resserrement.

Chaque année, le ministère des Finances met de côté trois milliards pour les imprévus. S'il ne s'en sert pas, cet argent va au remboursement de la dette. En octobre dernier, M. Flaherty a indiqué que la somme pour 2007-08 serait de 10 milliards.

Le mois dernier, Ottawa a indiqué que son surplus des huit premiers mois de 2007-08 se situait à 6,7 milliards, dont seulement 100 millions en novembre. Sans les baisses d'impôt aux particuliers, le surplus aurait été de 9,4 milliards. Pour l'année 2008-09, les mesures décrites dans l'énoncé économique coûteront 9,3 milliards.

En octobre 2007, M. Flaherty avait estimé qu'Ottawa engrangerait un surplus de 11,6 milliards, dont 10 milliards iraient à la dette. Or il y a un ralentissement économique. Et l'impact sur les recettes fiscales pourrait empêcher Ottawa d'engranger un gros surplus, selon M. Farber. «Je pense qu'il sera plus faible que prévu», dit-il.

La Banque de Montréal a écrit hier que les sommes disponibles seront si petites que toute aide au secteur manufacturier pourrait devoir être financée à partir des 10 milliards. «À court terme, le gouvernement a moins de 1,5 milliard à sa disposition, a écrit l'économiste Michael Gregory. Cependant, nous prévoyons des mesures pour le manufacturier en raison du dollar, des prix de l'énergie, et d'une possible récession américaine. Ces mesures pourraient être puisées à même les 10 milliards.» M. Gregory fait le pari qu'il serait plus rentable pour Ottawa de permettre à l'Est canadien de glisser en quasi-récession que de rembourser la dette.

Dans le même ordre d'idées, le Mouvement Desjardins affirmait cette semaine qu'Ottawa aurait intérêt à remettre en question son obsession de la dette par rapport à des priorités économiques plus pressantes.


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