La petite chronique - Du côté de Flaubert

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Gilles Archambault
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 février 2008

Mots clés : Pléiade, Correspondance, Gustave Flaubert, Livre, Culture, France (pays)

«Suis-je vieux, mon Dieu!», écrit Flaubert à une vieille amie, le 20 avril 1876. Il a un peu plus de quatre ans à vivre. Le tome V de sa Correspondance vient de paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade. On y a ajouté, dans un livre non relié, un index, à mon sens indispensable.

En fin de vie, l'auteur de Madame Bovary est nettement pessimiste. Pour lui, «les morts sont plus agréables que les trois quarts des vivants». Qu'il s'entretienne avec sa nièce, qu'il adore, ou avec des confrères écrivains -- Maupassant, Tourgueneff, Edmond de Goncourt, Zola --, ses lettres sont de longues plaintes qui concernent surtout ses difficultés financières, ses problèmes d'écriture et l'imbécillité de l'époque dans laquelle il vit.

Il affirme s'être «remarié avec la littérature». La mort de son amie George Sand l'affecte et les recherches qu'il effectue pour venir à bout de son roman inachevé Bouvard et Pécuchet l'épuisent. De plus en plus, la littérature est «l'art du sacrifice». Il n'aime pas que l'on parle de lui, défend qu'on utilise sa photo. En avril 1879, il confesse que «la littérature l'a empêché de donner carrière à [ses] Vertus comme à [ses] vices».

Il vit à Croisset comme un moine, ne séjourne plus à Paris que pour de courtes périodes. L'argent se fait rare. Pourtant, il résiste jusqu'au dernier moment avant d'accepter une sinécure qui le tirera d'embarras. Il croit dur comme fer que «les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit».

À son ami Tourgueneff, il confesse qu'«en de certains jours, il me semble que je suis saigné aux quatre membres et que ma crevaison est imminente». Confession qui se termine tout de même par cet aveu: «puis je rebondis et je vais quand même». On est en août 1879. Est-ce étonnant de la part d'un homme qui avoue n'aimer que les confessions excessives?

Aux lettres des quatre dernières années de Flaubert, on a ajouté des missives retrouvées depuis la parution des tomes précédents. À noter que, si cet ultime tome nous parvient avec un certain retard, la chose en est imputable au décès de Jean Bruneau, qui avait mené l'entreprise de la publication de la Correspondance jusqu'alors. Yvan Leclerc, qui a pris la relève, s'applique à restituer la figure de Flaubert avec la même ferveur, la même justesse.

«Heureux ceux qui sont nés sans le désir de la perfection», note l'auteur, qui sue sang et eau sur le manuscrit de ce Bouvard et Pécuchet dont il semble parfois deviner qu'il n'en verra pas la fin. Il songe à des lectures sans fin. Des lectures dont la bêtise est évidente. Dans un manuel consacré aux jeunes femmes travaillant comme bonnes et intitulé Manuel des pieuses domestiques, il lit, au chapitre intitulé «De la modestie pendant les plus grandes chaleurs», de ne pas «se trop découvrir ni d'entrer en service chez les comédiens, les aubergistes ni les marchands de gravures obscènes».

Même si de son propre aveu il est «tanné d'écrire des lettres», il donne des conseils à un jeune écrivain: «Vous êtes jeune; travaillez longtemps dans la solitude et sans espoir de récompense, sans idée de publier... Exercez-vous à écrire des choses que vous avez senties personnellement... »

J'attendais depuis trop longtemps que paraisse ce livre. Je n'ai pas été déçu. J'imagine même qu'il ne soit pas possible qu'on prétende aimer la littérature et ceux qui la font sans être envoûté par une lecture de ce type. C'est vous dire.

Collaborateur du Devoir

***

Correspondance V (1876-1880)

Gustave Flaubert

Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade»

Paris, 2007, 1556 pages

Correspondance

Index

Gustave Flaubert

Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade»

Paris, 2007, 484 pages


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Flaubert... - par P.-Rémi Catafard (remicat@sympatico.ca)
Le mardi 26 février 2008 14:00

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