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Me Patrice Garant : L'art de faire d'une Non-Question une urgence
L'art de faire d'une Non-Question une urgence
Ou : La propagande de Me Patrice Garant sous couvert d'un savoir autorisé
Je pense que l'intervention ci-contre de M. Marcelin Gélinas se révélait doublement pertinente (www.ledevoir.com/2008/02/22/commentaires/0802220840563.html). D'abord parce qu'elle recoupe tout à fait le commentaire de Mme Lise Payette, ensuite parce qu'il s'agit là d'un cas de figure particulièrement intéressant de lutte idéologique sous couvert de « rigueur » et de « crédibilité intellectuelle », voire de « scientificité » (entendons : « sciences juridiques »). Mais ne craignez rien : je ne ferai pas pour autant dans l'exégèse des travaux de Jurgen Habermas. Bien que l'exposé se montrera tout de même un peu long, ce dont je m'excuse d'avance.
Alors voici.
Je ne crois pas que vous soyez une « mauvaise » personne, M. Garant. Mais il est tout de même étonnant que du haut de votre grand âge, de votre expérience surtout, vous ne vous rendiez toujours pas compte du ridicule - je pèse mes mots - de vos interventions sur la question de l'Indépendance du Québec.
Dans ce cas-ci, et outre en effet votre mauvaise foi proverbiale, désormais de notoriété publique, vous transformez une Non-Question en urgence.
Mauvaise foi ? Voici (parmi quelques manoeuvres rhétoriques de même nature : contorsions mentales, allusions insidieuses, fausse et prude indignation...) : vos adversaires « idéologiques » se voient toujours soumis à vos « procès » d'intention. Les gens qui ne partagent pas vos opinions sont d'emblée accusés ou de mauvaise foi, ou de tentative délibérée de tromper la population. Ce qui, convenons-en, constitue le comble de la mauvaise foi ! Or dieu sait pourtant qu'il faudrait énormément de travail et de longues années pour que les forces souverainistes parviennent un jour - et si le passé est 'garant' de l'avenir, ce n'est pas demain la veille (et on ne saurait d'ailleurs que s'en réjouir) - à la malhonnêteté et au sabotage de la démocratie (et je ne parle pas seulement des « Commandites » du régime des Jean Chrétien / Denis Coderre / Jean Pelletier / Alfonso Gagliano / Charles Guité / André Ouellet / Pierre Pettigrew et al., car ça taraude fort depuis déjà 1968-1970...) dont les opposants à la libération nationale du Québec ont fait preuve au fil des décennies (« Federal Police » - ou Royal Canadian Mounted Police - comprise !), à l'occasion des référendums de 1980 et de 1995 en particulier (trois, même : n'oublions pas cette bouillabaisse infecte de 1992, indigne des règles de droit d'un pays civilisé : lesdits « Accords » (!) de Charlottetown).
La Non-Question, maintenant. Comme si les ténors de l'Indépendance du Québec s'étaient jetés à corps perdus sur la situation des Kosovars, et de leur récente indépendance, pour justifier plus encore, et sur-le-champ, et par les mêmes voies, la légitimité de leur Projet selon des procédures « illégales », vous vous engouffrez dans ce « prétexte », cher maître, pour « dénoncer », une fois de plus, le discours et les intentions « douteuses » de ces « malhonnêtes gens » : ces Québécois qui désirent tout simplement, et pourtant bien légitimement et par les chemins les plus démocratiques qui soient, un pays à eux. Comme s'il y avait extrême urgence ! Alors qu'il y a là, bien au contraire, une non-question. Personne, en effet, ne brandit l'exemple du Kosovo en affirmant haut et fort que Kosovo et Québec, c'est du pareil au même comme : A implique B.
Déconstruisons sans plus tarder le bancal échafaudage :
1) Me Garant craint que l'Indépendance du Kosovo n'apporte de l'eau au moulin des Indépendantistes québécois; 2) il transforme cette crainte en « état de fait » en déclarant ex cathedra (et ce à peine quelques heures après ledit Événement, et avant même que personne n'ait eu le temps de réaliser pleinement ce qui s'était soudain passé dans cette volatile région du Globe appelée Balkans) que c'est effectivement ce que font en temps réel des Souverainistes québécois; 3) L'occasion est alors créée (de toute pièce) pour dénoncer (non pas même l'erreur, le cas échéant, et ne fût-elle que purement hypothétique ou discutable, mais bien...) la volonté de tromperie de ces salauds de Québécois malhonnêtes; 4) Me Garant « répond » par conséquent à un interlocuteur qui n'existe que dans son imagination (ou sa crainte au ventre, devrait-on dire plus justement). D'où la tentative (tout à la fois vaine, ridicule et foncièrement déshonnête) de rétorquer à une... « Non-Question »; 5) Or comme le procédé est plutôt grossier et qu'il n'échappe qu'aux gens distraits ou intellectuellement paresseux, il faudra tenter de camoufler la manoeuvre (noyer le poisson) par des arguties juridiques qui recouvrent d'un vernis « informé » et « autorisé » ce qui n'a plus rien à voir avec : i) et la situation québécoise de manière générale, et ii) la volonté claire, affirmée et affichée, naguère ou à notre époque indifféremment (et en dépit des nuances d'ordre stratégique), de l'ensemble des porte-parole des indépendantistes québécois (indépendamment par ailleurs de la pertinence ou non de ces « arguties » concernant le cadre juridique kosovar spécifique, ce cadre n'étant plus qu'un prétexte pour donner le change à un adversaire qui, rappelons-le, n'a encore... rien dit).
Bref, du Patrice Garant tout plein ! À la façon de Claude Garcia à la faveur du référendum de 1995 (C.G. : président de la « Canada Life » au Québec, laquelle lucrative entreprise appartient à Power Corporation of Canada, lequel empire possède les journaux de Gesca, et notamment La Presse, où incidemment les papiers de Me Garant sont acceptés les yeux fermés auprès de ceux d'Alain Dubuc ou de Lysiane Gagnon...), il s'agit tout bêtement de terrasser l'ennemi en tout temps, et ce avant même qu'il n'ouvre la bouche ou ne dépose au petit matin le pied hors de son lit. Sous couvert de crédibilité intellectuelle, de rigueur juridique et de titres ronflants (professeur émérite à la Faculté de droit de l'Université Laval, etc.), notre homme peut s'en donner à coeur joie dans la fort peu élégante bagarre de ruelles sous motif d'une présumée connaissance raffinée... des rouages primaires de la propagande. À n'en pas douter, Me Garant ferait bonne figure, j'en suis convaincue, auprès des André Pratte de notre bonne vieille Paresse of Mount Tréal.
Cela dit, et on l'a dit effectivement, la donne géo-politique en Serbie est fort différente de celle qui domine le contentieux Québec/Canada. Ce qui se passe là-bas ravive notamment de vieux démons entre deux blocs de civilisation (souvenons-nous de ce coup de feu de juillet 1914, à Sarajevo, qui a enfanté à lui-seul ce conflit épouvantable que l'on a nommé la Première Guerre mondiale) : les Slaves (la Serbie, toujours appuyée, même contre tout bon sens parfois, par la Russie) et les Occidentaux (nonobstant tout le flottement et l'ambiguïté de cette appellation). Et Indépendance du Kosovo ou pas, la situation reste extrêmement délicate dans ce coin du monde. Car les enjeux dépassent largement la stricte binarité Serbie/Kosovo.
Ce qui fait en bout de ligne, M. Garant, que l'on a droit de votre part à un verbiage invraisemblable sur le Kosovo qui n'a plus rien à voir avec le Québec. Hormis bien sûr, et de manière plus générale (mais ça, vous prenez bien garde de le souligner), la volonté chevillée au coeur de tout homme (et de tout peuple, les 'Albanais' du Kosovo et les Québécois compris) qui se respecte, à savoir : la volonté de liberté. Au sens strict, car je ne suis pas spécialiste de ces questions, je ne sais pas réellement si les « arguments » juridiques que vous mettez de l'avant sur le cas du Kosovo sont vraiment concluants ou éclairés (Me Brun et Me Brouillet ont dû souvent par le passé vous ramener à la « raison », mais hélas en vain comme on le constate derechef, dans vos argumentations oiseuses; alors disons que maintenant je suis sur mes gardes...). Et à vrai dire, ça ne m'intéresse pas véritablement ces finasseries juridiques concernant le Kosovo. Puisque ultimement la question n'est pas d'ordre juridique : elle est d'ordre politique. Et elle se réglera politiquement (et non militairement, je veux sincèrement l'espérer). Mais surtout, tout ce placotage n'apporte aucun éclairage réellement utile au « cas » québécois. En finale, tout ce gribouillage, dont Me Patrice Garant se fait l'« expert » au fil des ans, porte un nom : l'amalgame. Autrement dit : le brouillage au nom même de la clarté. Il y a décidément du Dion (fils) chez le très Canadian Garant. C'est tordu pas à peu près, pour parler à la québécoise. Il s'agit, j'y insiste, et telle une recette de bouillabaisse de mauvaise qualité, en effet, d'utiliser n'importe quelle situation pour contrer les velléités d'Indépendance des Québécois (le cas patent rappelé par M. Gélinas n'en est qu'un exemple parmi de nombreux autres : www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=508&Itemid=99999999). C'est tout ce qu'on veut, sauf un travail sérieux, rigoureux et intellectuellement honnête. À vrai dire, pareille volonté de tromper l'opinion publique (de la confondre et/ou de l'apeurer, dans le « meilleur » des cas) relève d'un infantilisme qui n'est pas sans nous ramener aux propos, ici même, des Claude Archambault, des Richard Desrochers et des Gerry Pagé : « Ça ne me plaît pas à moi. Par conséquent (ah ! la puissance de la « logique ») c'est tout en un intellectuellement, politiquement et moralement irrecevable ! ». Démonstration impressionnante, messieurs les gérants d'estrade du Wonderful Kanada !
Ainsi, la définition de votre « personnage » déclinée par M. Gélinas (i.e. un idéologue déguisé en intellectuel rigoureux et désintéressé) vous va assurément comme un gant : « un démagogue qui s'indigne à perpétuité, et dans la redite constante, de la prétendue démagogie de qui ne partage pas tout naturellement les thèses à l'origine (rarement à l'issue, et pour cause) de sa propre « argumentation » démagogique. » Ça me rappelle Charles Taylor, tiens... Ce solide philosophe, respecté et respectable (et dont j'ai lu plusieurs des ouvrages avec intérêt), qui se métamorphose infailliblement en bouledogue (certains diraient, hélas non sans raison, en WASP : White Anglo Saxon Protestants), ou peu s'en faut, lorsqu'il aborde spécifiquement la question d'un Québec français et/ou indépendant. Comme quoi les grands esprits laissent parfois, ou ponctuellement, de grands espaces à l'esprit petit.
Me Garant, vous êtes tout à fait légitimé, à titre de citoyen, de vous opposer à l'idée de l'Indépendance du Québec. Dommage toutefois que vous reveniez constamment avec des textes aux allures juridiques (argument d'autorité...) afin d'enfoncer systématiquement et tout platement, chez vos lecteurs, le clou de vos préférences idéologiques.
Avec M. Gélinas, M. Garant, je ne vous reproche pas votre désaccord à l'égard du Projet d'Indépendance du Québec, ou même votre « amour » du Canada, ni d'ailleurs votre « combat citoyen » contre les Parizeau de ce monde. Ce que je vous reproche, Me Garant, c'est que vous ne soyez jamais capable de procéder à cette lutte par des voies franches et intellectuellement honnêtes. Vous ne savez faire que dans les sophismes, d'une part, dans le « discrédit de l'Autre » d'autre part - le discrédit de celui qui ne partage pas vos orientations politiques. De fait, sous couvert du « droit légal » dans le phrasé, vous ne faites toujours que de la politique. Et de la très petite politique.
Et c'est ainsi qu'au nom de vos préférences idéologiques vous êtes parvenu, en confondant les deux mondes, à vous discréditer totalement à titre de juriste. Sous cet aspect je dirais qu'un Denis Coderre, par exemple, constitue un parangon d'honnêteté intellectuelle à côté de vous. Et on comprend d'autant mieux alors, et je rejoins M. Gélinas sur ce point aussi - car dans ces pages-là tout ce qui est susceptible d'alimenter le barrage (castorien !) contre la volonté de libération nationale des Québécois est bon à publier, que ce soit stupide, malhonnête, insignifiant, vain ou ridicule, peu importe -, que vos textes de propagande (car c'est bien ce dont il s'agit, et de rien d'autre) se voient toujours reçus les bras ouverts dans les journaux de Gesca, La Presse de Montréal en particulier (un journal qu'il faut bien, hélas, qualifier de honteux au sein d'une démocratie). Cela étant, j'ajouterai que Le Soleil de Québec, du même Gesca de la famille Paul « Power » Desmarais (lequel a de tout temps confondu « information » et « intérêt personnel » : serait-ce pour cela même que le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, l'a tout récemment, et dans le plus grand faste, honoré de la Grand-Croix...?) est depuis quelques années un quotidien un peu moins complaisant que La Presse, il faut quand même le dire. Même si...
Reste, Me Garant, et je termine là-dessus, que j'éprouve pour vous quelque chose qui pourrait s'apparenter à de l'admiration. En effet, un homme qui ne craint pas de perdre sa réputation et sa crédibilité intellectuelle (réelle ou présumée, peu importe ici) au nom de ses convictions, ça force quand même, en quelque manière, le « respect ». Car cela signifie que vous avez des convictions, et que vous êtes prêt à vous battre pour elles. Or bien que celles-ci s'opposent radicalement aux miennes, c'est là une attitude qui, vue sous cet angle, vous honore.
Dommage cependant que vous n'ayez jamais su vous battre honnêtement et à visière levée. Car enfin, cautionner ses « pulsions politiques » à coups d'arguments juridiques, ce n'est vraiment pas sérieux. Pas sérieux du tout.
Il est vrai en dernière analyse, cela a été dit cent mille fois depuis mille ans, qu'il est extrêmement laborieux (même chez les plus puissants esprits) de dénicher des arguments (qui tiennent le coup sous la critique, s'entend) susceptibles de conforter et de valider l'asservissement volontaire d'un peuple. C'est que contre la liberté, il n'y a pas de raisons qui tiennent. Aussi les Patrice Garant, les Stéphane Dion, les Beryl Wajsman, les André Pratte, les Bill Johnson et les Pierre Elliot Trudeau, d'hier ou d'aujourd'hui, en sont-ils réduits à la violence. Que celle-ci se manifeste par le verbe (de la propagande au mensonge, de la désinformation à la stigmatisation, de la censure au dénigrement, de l'ostracisme à la haine télécommandée) ou par l'action (la tyrannie institutionnelle sous toutes ses formes : permanente ou ponctuelle, juridique, politique ou armée, à petite ou à grande échelle).
Quand on ne tient pas une bonne « Cause », les moyens pour la faire triompher ne sont jamais très vertueux ni convaincants. La plume de Me Patrice Garant ne constitue à cet égard qu'une banale illustration de plus du phénomène.
(J'imagine que si j'avais eu le temps de revoir ce texte, j'en aurais pu donner une version plus concise. Veuillez de nouveau m'en excuser)
