Nebbiolo en smoking
Mots clés : nebbiolo, Alcool, Italie (pays)
Chaque pays a ses cépages d'exception. Ces cépages sont si bien liés à la culture, à la gastronomie et au terroir locaux qu'ils peinent à prendre racine ailleurs, hors de leur contexte physique et historique. Vous les exilez et les voilà qui ont le mal du pays, édulcorés dans leur âme, fragilisés dans leur corps. C'est qu'ils ont des idiosyncrasies particulières, les cépages. Un riesling du Rheingau planté dans les Pouilles ou un mourvèdre de Bandol enraciné en Nouvelle-Zélande auront bien du mal à se convaincre eux-mêmes qu'ils sont heureux alors qu'un chardonnay ou un merlot trouveront leur bonheur à peu près n'importe où. Même au Québec!
Imaginez un Daniel Craig tiré à quatre épingles dans son smoking incarnant le dernier James Bond dans Casino Royale et vous avez là le profil type du nebbiolo: à la fois redoutable, sûr de lui, un rien mauvais garçon mais d'une classe que seuls quelques cépages triés sur le mollet peuvent atteindre.
J'ai rencontré le personnage tout dernièrement par l'entremise de Giorgio Rivetti, partenaire avec ses frères Carlo et Bruno de La Spinetta (www.la-spinetta.com), dont le vignoble piémontais de 100 hectares consacre ses meilleurs climats au nebbiolo sans pour autant négliger le barbera qui, depuis 1985, assure la renommée de la maison. Nous sommes ici dans les collines des Langhe, plus principalement dans les zones de Barolo et de Barbaresco, dont les sols (argile, calcaire, manganèse) et altitudes variés (entre 250 et 500 mètres) pérennisent une typicité enviée des vignobles du Nouveau Monde.
Depuis plus de 20 ans maintenant, plus précisément depuis qu'Angelo Gaja s'est fait tailleur en instituant une école de haute couture piémontaise pour le nebbiolo, école rapidement suivie par les Voerzio, Grasso, Parusso, Altare, Pelissero et autres Rivetti, le style a évolué vers des fruités où la pureté s'entiche désormais de tanins parfaitement maîtrisés. Des vins qui allient parfums, race et rigueur, à la façon d'une main de fer glissée dans un gant de cuir fin.
Les vins de Rivetti? Vous ajoutez les boutons de manchettes au smoking! Il y a tant de civilité, de fraîcheur et de clarté ici qu'on a l'impression de voisiner avec les meilleurs crus de Bordeaux dont, soit dit en passant, l'homme est un grand fan, que ce soit avec le Riserva Barbaresco Vursu Gallina 2004 (à venir), aux fines et insistantes nuances réglissées, le Riserva Barbaresco Vursu Vigneto Starderi 2004 (à venir), plus dense et plus ambitieux avec ses nuances minérales et balsamiques bien cernées par le bois neuf, ou encore ces Barolo Campè 2003 (à venir) et Barolo Campè 2001 (148 $, n° 10783192), des vins immenses de droiture et de flexibilité, herculéens de style mais dionysiaques dans l'âme. Et quel équilibre avec ça!
La série des Barbera vaut aussi le détour. Paysans sans être rustiques, ce sont de purs food wines, comme aime à le mentionner Giorgio Rivetti, dont le moelleux du fruité et surtout la grande fraîcheur agissent sur les tanins comme des leviers pour rendre l'ensemble tout aussi sapide qu'appétissant. Donc: Barbara Ca di Pian 2005 (à venir), aux notes de prune et de violette, Barbara d'Asti Superiore Bionzo 2004 (59 $, n° 10783168), riche, charnu et profond, de haute densité, Barbara d'Alba Gallina 2005 (à venir), plus texturé et plus accrocheur, ou encore Barbera d'Asti Superiore Bionzo 2005 (à venir), issu de vieilles vignes (65 ans) plantées sur graves avec une exposition plein sud, un barbera peu habituel tant il offre encore une fois l'équilibre entre fraîcheur et maturité.
J'allais oublier les blancs, comme le stylisé Chardonnay Lidia 2004, dont il ne restait que 19 bouteilles en début de semaine à la boutique Signature de Montréal (38,50 $, n° 736769), d'une grâce exceptionnelle, dans l'esprit des grands bourgognes blancs élevés sur lies, ainsi que le Moscatto Bricco Quaglia 2007 (à venir), d'une dentelle fruitée si exquise qu'il garantit le frisson dans l'échine. Bond? Vous avez dit... James Bond?
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Vins de la semaine
La belle affaire - Pinot Noir 2006, Patriarche Père & Fils, Vin de pays des Alpes de Haute-Provence, 12,35 $, n° 521088
Ce n'est pas si mauvais que ça, ce petit pinot! Il n'a pas l'éclat de ses frères situés plus au nord mais il offre en contrepartie de fines nuances animales et épicées qui ne déplairaient pas à l'amateur de vieux mâcons. Ajoutez la fraîcheur et une jolie densité de bouche, et voilà de quoi vous régaler. 1.
L'africain - Spier 2006, Shiraz, Stellenbosch, Afrique du Sud, 15,45 $, n° 10679221
Si elle a un petit côté Rambo côté musculature, cette syrah demeure cohérente en offrant un caractère bien distinct où le fruité de cerise noire, de violette et de créosote arrive à percer avec clarté et harmonie. C'est puissant, texturé et étoffé, quoique simple sur le plan du détail et de la profondeur de bouche. À bon prix. 1.
La primeur en blanc - Beaujolais Blanc 2006, Georges Duboeuf, 14,80 $, n° 147777
Georges Duboeuf signe ici un blanc sec, rond, léger et bien juteux où la pêche blanche trace la voie avec le souci constant de laisser la bouche libre et articulée après boire. Un chardonnay rieur, un rien galopin, à servir sur vos pâtes aux fruits de mer ou sur le boudin blanc. 1.
La primeur en rouge - Château Trimoulet 2005, Saint-Émilion Grand Cru, France, 38,75 $, n° 875765
Il faut noter ici la tenue rigoureuse des éléments, à la fois fruités, minéraux et boisés, le tout réglé sous une tension dont on devinera la véritable détente au cours des huit ou dix prochaines années. Ajoutez la fraîcheur exceptionnelle liée aux calcaires du terroir et vous avez là une superbe bouteille de cave. 3.
Le vin plaisir - C.M.S. Red by Hedges 2005, Columbia Valley, , Washington State, 18,80 $, n° 10354478
Le créneau des vins de l'État de Washington offre encore de belles surprises, comme en témoigne cet assemblage astucieux de cabernet sauvignon et de merlot auquel s'ajoute ce qu'il faut de syrah pour créer le dépaysement. Trame fluide et hautement aromatique dont la vitalité sait détailler les saveurs sans jamais lasser le palais. 1.
- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus.
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