La pièce-phare du Piccolo Teatro arrive à Montréal
Mots clés : Arlequin, Piccolo Teatro, Spectacle, Italie (pays), Montréal

Pour cinq jours, du 7 au 11 mai, les planches du théâtre Maisonneuve seront d'ailleurs littéralement habitées par l'âme de Strehler, car son Arlechinno servitore di due padroni sera non seulement présenté dans la langue fleurie de Goldoni (avec surtitrage), mais aussi porté par le jeu de l'acteur mythique Ferruccio Soleri, qui incarne sans relâche ce fameux Arlequin depuis 47 ans.
En fait, Ferruccio Soleri, à 78 ans bien sonnés, est devenu un phénomène à lui tout seul, applaudi de New York à Londres, en passant par Tokyo et toutes les scènes d'Europe, pour ses qualités d'interprète et ses fascinantes prestations physiques. Devenu la mémoire vivante du Piccolo Teatro, il est le seul comédien à avoir tenu le rôle d'Arlecchino avec Marcello Moretti (1947-1963) depuis la fondation du Piccolo. Il reste aussi le seul artiste de la troupe à avoir mené toute sa carrière aux côtés de Strehler, disparu en 1997.
C'est après avoir eu la chance d'être invitée à une représentation à Milan, dans l'antique théâtre de la rue Rovello, que Lorraine Pintal, directrice du TNM, a eu un coup de coeur. «Lorsque j'ai vu cet acteur enlever son masque et que j'ai constaté son âge, je suis restée bouche bée; ç'a été un "standing ovation" de 10 minutes», a-t-elle raconté hier.
Après deux ans de travail, le TNM et la PDA, soutenus par plusieurs partenaires financiers et l'Institut culturel italien de Montréal, ont réussi à orchestrer la venue de la célèbre troupe du Piccolo. Pour Mme Pintal, cette version épurée de la pièce de Goldoni -- présentée sur une simple estrade cloisonnée par des toiles de fond peintes -- n'a pas pris une ride et se révèle même puissamment moderne.
«C'est le choc de la tradition italienne et d'un jeu extrêmement moderne qui fait de cet Arlequin un personnage très actuel, très contestataire, qui parle encore au public d'aujourd'hui», explique-t-elle.
Dans une entrevue réalisée à Milan, présentée hier en conférence de presse, Soleri soutient que Strehler a sans cesse revisité la pièce de Goldoni, écrite en 1745, pour s'assurer que la prestation du Piccolo ne devienne jamais une pièce de musée. Strehler a pondu dix versions en 40 ans. «Il n'était jamais content. Ça devait toujours être la dernière version, mais il changeait toujours. C'était un perfectionniste», lance en rigolant celui qui est «entré» en Arlequin comme on entre en religion.
Celui qui a revêtu le masque d'Arlecchino plus de 2000 fois affirme que ce masque a transformé son corps en un instrument de précision capable d'exprimer par le moindre geste toute la gamme des émotions. Debout sur ses mains à certains moments, on le décrit comme un acteur au jeu impétueux, un athlète du jeu comique. Pour ses maîtres Strehler et Goldoni, Soleri est prêt à demeurer longtemps le serviteur espiègle. «Arlequin, c'est le rôle qui m'a donné la vie, a-t-il dit. J'espère le jouer encore longtemps.»
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