Retour sur des témoignages importants

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Norman Spector
Édition du jeudi 21 février 2008

Mots clés : William Kaplan, Affaire Mulroney-Schreiber, Gouvernement, Justice, Canada (Pays)

Il y a deux semaines, j'ai témoigné devant le comité d'éthique de la Chambre des communes qui examine l'affaire Mulroney-Schreiber. C'est à regret que j'ai troqué les parterres fleuris de Victoria pour les bancs de neige d'Ottawa. D'autant que j'avais déjà écrit tout ce que je savais de cette affaire, il y a plus de trois ans, dans la postface du livre de William Kaplan, A Secret Trial.

En fin de compte, j'ai accepté de me rendre à Ottawa parce que je savais que le comité m'aurait cité à comparaître si j'avais refusé son invitation. J'ai apporté avec moi des documents qui pouvaient servir à expliquer la provenance de l'argent comptant apporté au 24, promenade Sussex, à ceux qui n'avaient pas lu le livre de M. Kaplan, ce qui comprend -- je l'ai découvert à ma grande surprise -- un certain nombre de journalistes.

Malheureusement, à leur grand embarras deux jours plus tard, les députés ont néanmoins décidé d'entendre le témoignage de l'ancien chef de M. Mulroney, celui-là même qui était à l'origine des rapports sur l'argent comptant. Aux yeux de beaucoup d'observateurs, c'est là un point qui a forcé les députés à se discréditer eux-mêmes.

Je suppose que les députés qui avaient lu la postface que j'avais écrite voulaient simplement me faire répéter sous serment tout ce que je savais du projet Bear Head. J'ai notamment noté que le crédit en revenait à M. Mulroney qui, une fois informé que le projet de M. Schreiber coûterait 100 millions de dollars aux contribuables, n'a pas hésité à sonner le glas de ce projet.

Ce témoignage formait la base d'un interrogatoire très intéressant qui commence tout juste à être rapporté par les médias, mais pas du côté francophone. Il impliquait le député libéral de Moncton, Brian Murphy, et l'ancien chef de cabinet de M. Mulroney, Fred Doucet.

Leur échange a commencé tard au cours de l'après-midi du 12 février, à 17h55 pour être précis. M. Murphy a demandé à M. Doucet pourquoi il avait continué à faire du lobbying pour le projet Bear Head en 1991, alors qu'on sait maintenant que M. Mulroney avait annulé le projet le 16 décembre 1990. M. Murphy a voulu savoir si M. Mulroney, son meilleur ami, l'avait informé de sa décision. M. Doucet a répondu «non».

Au moment même où M. Murphy commençait son interrogatoire, CBC Newsworld (l'équivalent de RDI) abandonnait les auditions et concluait sa couverture avec un court résumé. Le deuxième réseau de nouvelles de langue anglaise, CTV Newswatch, était déjà retourné à son horaire habituel et diffusait une analyse du témoignage de M. Doucet, qui n'était pourtant même pas terminé. Plusieurs journalistes étaient déjà partis écrire leur histoire. D'autres étaient déjà en route pour attraper leur vol à destination de Toronto. Et, disons-le franchement, il est possible que certains journalistes n'aient pas bien mesuré l'importance de l'échange entre MM. Murphy et Doucet.

Le 17 avril 1996, au Palais de justice à Montréal, M. Mulroney avait témoigné sous serment à l'étape préliminaire de sa poursuite en diffamation contre le gouvernement Chrétien. Il avait dit: «J'ai annulé [le projet Bear Head] sur la base de ce qui m'avait été rapporté par mon chef de cabinet, M. Spector, à savoir qu'il en coûterait cent millions de dollars aux contribuables.»

Les activités de M. Doucet en 1991 indiquent pourtant que le projet Bear Head était loin d'être enterré. Les documents que M. Murphy avait en main indiquaient que M. Doucet avait rencontré des ministres du gouvernement conservateur, le greffier du Conseil privé et M. Mulroney lui-même.

J'ai servi comme chef de cabinet de M. Mulroney tout au long de l'année 1991 et je n'ai jamais rien su de ses activités. Je crois aujourd'hui que l'ancien premier ministre m'a trompé. Mais ce qui est encore plus important, c'est le fait que beaucoup de Canadiens sentaient déjà que M. Mulroney les avait trompés en 1996 au sujet de ses rapports avec Karlheinz Schreiber. Nous savons maintenant qu'ils ont fait plus que prendre un café ensemble au Queen Elizabeth, à Montréal, qu'ils entretenaient des liens d'affaires entourant le projet Bear Head et que l'ancien premier ministre a accepté des billets de 1000 $ dans des chambres d'hôtel, cela à trois reprises, dont une première fois alors qu'il était encore député.

En précisant qu'il avait annulé ce projet en 1996 lors de son témoignage, M. Mulroney voulait démontrer qu'il était absurde d'alléguer qu'il avait accepté de l'argent lié à un projet qu'il avait lui-même annulé. Peut-être M. Mulroney peut-il quand même expliquer les activités de M. Doucet liées à ce projet. S'il hésitait à revenir devant le comité, M. Harper devrait demander au ministère de la Justice d'examiner le témoignage de M. Mulroney en 1996 -- témoignage qui avait eu une incidence directe sur les 2,1 millions de dollars que le gouvernement a payés pour régler sa poursuite -- afin de voir s'il était trompeur. Le cas échéant, ce sera à lui de dire si M. Mulroney doit oui ou non rembourser le fisc. Ce ministère a ouvert une enquête du même genre après l'élection du gouvernement Harper, mais cette enquête a été stoppée au niveau sous-ministériel.

Si M. Harper décidait de ne pas faire cette demande au nom des contribuables, je peux déjà voir la publicité libérale de la prochaine campagne électorale, spécialement auprès du Canada anglais. On y verra certainement un M. Harper souriant au bras de M. Mulroney...

***

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca


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Le témoignage de Luc Lavoie - par Louis Lapointe
Le jeudi 21 février 2008 08:00

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