Échec et cirque
Mots clés : Cirque du Soleil, Investissement, Art, Grande-Bretagne (pays), Québec (province)
Le Cirque du Soleil rate une occasion à Londres et craint le pire à New York

Photo: Agence France-Presse
Le programme de développement londonien, évalué à plus de trois milliards de dollars, visait l'installation d'une salle spécialisée à l'intérieur de la gigantesque centrale électrique au charbon inaugurée en 1937 et fermée en 1982. Le promoteur irlandais Real Estate Opportunities Ltd (REO), propriétaire de Battersea depuis 2006, prévoyait implanter un hôtel et divers autres services de divertissement en plus de promettre la construction d'un parc et de centaines de logements. La firme Rafael Vinoly Architects, de New York, développait le «master plan» de reconstruction des 38 acres, dont six occupés par le seul mastodonte industriel, avec ses deux immenses cheminées caractéristiques.
Le CDS éprouve également des difficultés d'implantation dans la métropole américaine. Une commission municipale new-yorkaise vient de retarder au mois prochain sa décision finale concernant le complexe récréatif de quelque 625 millions de dollars du promoteur Related Companies, développé pour un quai de Manhattan, le long de la rivière Hudson. Les plans incluent un amphithéâtre réservé à un nouveau spectacle permanent.
Le délai supplémentaire doit permettre d'étoffer des idées concurrentes, sans le Cirque. Un groupe veut préserver les terrains de jeu du Pier 40, implanter des galeries d'art et ouvrir une école. Un autre souhaite y construire des camps de jour pour les enfants défavorisés.
La Société de préservation historique de Greenwich Village dit avoir reçu des centaines de lettres d'opposition au projet impliquant le CDS. Ses plus sévères critiques parlent d'un «Vegas de la rivière Hudson».
Dans les deux cas, à Londres comme à New York, le CDS semble être utilisé comme centre d'attraction symbolique par les promoteurs. Le CDS se prête d'autant plus facilement au jeu que la compagnie cherche à s'implanter en permanence sur ces deux marchés capitaux depuis des années. Au moins deux projets précédents ont échoué à New York depuis le début de la décennie. Dans les années 1990, le CDS figurait déjà dans les promesses de développement des anciens propriétaires de Battersea Power, les frères Hwang.
«Je crois que la complexité du marché de New York est semblable à celle du marché de Londres, commente Renée-Claude Ménard, directrice principale des relations publiques du CDS. Oui, il y a l'élément "politique", mais surtout, ce sont des métropoles "culturelles" où les théâtres existants ne sont pas disponibles ou pas adéquats pour nos projets. Donc, sur New York en particulier, nous avons signifié au partenaire Related que nous avions un intérêt pour ce type de projet. Donc, [il s'agit] uniquement [d']une lettre d'intention. Ils [Related] doivent faire tout le démarchage pour obtenir un site et un projet qui conviennent et qui soient acceptés et acceptables tant au niveau politique que sur le plan technique. En ce moment, c'est ce processus qui est en cours à New York. Ce n'est pas le CDS qui effectue le démarchage public. Nous verrons si le projet immobilier, tel que proposé par Related, a réellement lieu.»
Mme Ménard n'a ajouté rien de plus au sujet du projet londonien. The Treasury Holdings, la firme d'investissement irlandaise qui contrôle les deux tiers des actions de REO, refuse de confirmer la nouvelle de l'abandon du plan de mutation de Battersea. La nouvelle de l'échec immobilier n'a même pas été publiée dans les médias britanniques. «Nous n'avons pas de commentaire à faire», a répondu laconiquement la porte-parole de The Treasury Holdings, Ian Lindsay, par courriel. Il a été impossible d'obtenir un mot de la firme Rafael Vinoly Architects, de New York.
Les complications des deux côtés de l'Atlantique rappellent que les succès d'implantation du Cirque du Soleil se concentrent surtout sur des villes à démocratie variable (voir l'article publié hier dans Le Devoir). Las Vegas, où le CDS comptera bientôt six spectacles permanents, appartient de facto, depuis des décennies, aux propriétaires de casinos. Les magnats du jeu gouvernent la cité du vice en rois et maîtres. Dubaï, où sera inaugurée l'an prochain une première salle permanente du Cirque, ressemble plus à un fief féodal qu'à une société ouverte.
À Miami et à Montréal, la compagnie circacienne a vu disparaître des occasions d'affaires importantes quand une partie de la société civile s'est mobilisée pour lui barrer le passage. Ici, des groupes communautaires redoutaient le déménagement du casino de Loto-Québec près d'un quartier populaire. En Floride, des citoyens s'offusquaient des dizaines de millions de dollars en subventions réclamés pour la construction d'une salle réservée ensuite à un promoteur privé.
Le Cirque conserve ses projets d'implantation dans au moins deux autres grandes villes d'Europe. Toujours selon les informations colligées par Le Devoir, la compagnie négocie présentement avec un promoteur à Paris et cherche sérieusement à installer une salle permanente à Valence, en Espagne.
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Vite les « Lucides » ! - par Hugues Asselin
Le mercredi 20 février 2008 09:00

