Kandahar: 140 morts en deux jours

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Alexandre Shields
Édition du mardi 19 février 2008

Mots clés : kamikaze, civils, Kandahar, Décès, Forces armées, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)

Quatre soldats canadiens ont été blessés hier

Le kamikaze visait un convoi militaire canadien, mais ce sont finalement près de 40 civils qui ont perdu la vie hier en Afghanistan, dans une attaque survenue au lendemain de l'attentat suicide le plus meurtrier jamais commis dans le pays depuis l'intervention militaire internationale de la fin 2001, portant le bilan des violences des deux derniers jours à plus de 140 morts. Une preuve de plus du fait que les talibans constituent toujours une force bien présente dans la région.

Les troupes canadiennes effectuaient une patrouille de routine sur une route de la ville frontière de Spin Boldak, à environ 75 kilomètres au sud de Kandahar, quand un kamikaze s'est dirigé vers elles à vive allure dans son véhicule bourré d'explosifs. En plus des dizaines de morts et de blessés afghans, quatre soldats canadiens ont été blessés dans l'explosion, survenue dans une région qui est un bastion taliban. Trois des quatre militaires ont reçu leur congé de l'hôpital; le quatrième devait y rester en observation pour la nuit, a indiqué le lieutenant Pierre Babinsky.

Les militaires canadiens ont d'ailleurs été irrités hier par l'hypothèse selon laquelle le pire aurait pu être évité si l'on avait écouté les conseils du gouvernement afghan. «Nous avons averti l'OTAN à six reprises de ne pas venir dans ces zones parce que, depuis les deux derniers jours, un kamikaze circule, a en effet affirmé Asadullah Khalid, le gouverneur de la province de Kandahar. Mais ils ont continué à patrouiller dans le secteur. Nous leur avons répété de ne pas venir tant que nous n'aurions pas arrêté le kamikaze.»

Un porte-parole militaire a répliqué que ce sont les Forces armées qui prennent les décisions sur les endroits où leurs soldats iront patrouiller. «Nous recevons régulièrement des avertissements de menaces [...] nous allons où nous voulons, quand nous le voulons, dans notre zone d'opération, a dit le lieutenant Babinsky. Bien sûr, nous tenons compte de ces avertissements, mais notre but est de fonctionner librement à l'intérieur de notre zone d'opération malgré cela.»

Jours sombres

L'attentat, immédiatement revendiqué par les talibans, s'est produit quelques heures à peine après celui ayant fait plus de 100 morts et autant de blessés à Arghandab, dans la périphérie ouest de Kandahar. Dimanche, le kamikaze a fait sauter les explosifs qu'il portait sur lui au milieu d'une foule venue assister à des combats de chiens, l'une des attractions locales. Des parlementaires et des dizaines d'enfants figurent au nombre des victimes.

Le pays a connu un niveau de violence record en 2007, et analystes et militaires s'attendent à une année 2008 encore plus sanglante. Malgré la présence dans le pays de plus de 50 000 soldats étrangers qui appuient 140 000 soldats gouvernementaux afghans, l'insurrection islamiste s'est d'ailleurs intensifiée ces deux dernières années, au cours desquelles plus de 11 000 personnes ont été tuées.

Les récents événements sanglants tendent-ils à démontrer que l'on assiste à cette escalade redoutée de l'activité talibane en Afghanistan? Pas du tout, a répondu le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, qui se trouve présentement à New Delhi, en Inde, où il dirige une mission économique. C'est, selon lui, un autre exemple désolant de la détermination des talibans à perturber les efforts de reconstruction et de pacification du pays. M. MacKay a reconnu que ces attaques ont un impact sur la perception des citoyens au Canada, mais il a répété qu'il fallait continuer à combattre des tactiques qu'il a qualifiées d'«insidieuses».

Plus de violence

Sa lecture des événements est «un peu trop optimiste», estime pour sa part le politologue de l'Université de Sherbrooke Sami Aoun, qui admet néanmoins que «le ministre a le devoir de ne pas démoraliser les soldats canadiens». Selon lui, «il y a un lien entre les deux attentats, une volonté de lancer un message fort que les talibans sont toujours incontournables dans la région».

Et tout indique que la démonstration violente devrait se poursuivre, en partie parce que les talibans constatent les difficultés d'al-Qaïda en Irak et entrevoient un possible virage politique majeur au Pakistan, à la suite des élections qui se tenaient hier. En outre, ils ont bien l'intention de venger la mort de chacun de leurs dirigeants qui ont été tués.

Sans oublier le fait, a poursuivi M. Aoun, que les talibans voient Kandahar «comme leur fief et ils ont été chassés de leur paradis». L'attentat de dimanche, dans la périphérie de la ville, visait d'ailleurs directement des Afghans de l'ethnie des pachtounes. Or, a-t-il souligné, «ce sont des alliés d'Hamid Karzaï [le président afghan] et des forces internationales, notamment canadiennes».

Les soldats canadiens sont d'ailleurs aux premières lignes, a-t-il rappelé. «Ils sont dans l'oeil de la tempête [dans la région de Kandahar] et ils font face à un retour en force des talibans, dû notamment à l'échec des pourparlers entre le gouvernement d'Hamid Karzaï et les dirigeants influents au sein des talibans.» Un retour facilité par «la faiblesse du pouvoir pakistanais, incapable de protéger la frontière entre son pays et l'Afghanistan», croit M. Aoun. C'est par exemple le cas au Waziristan, qui héberge les talibans et leurs alliés d'al-Qaïda.

Patrice Brodeur, professeur à la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal, estime que les talibans sont clairement engagés dans une guerre «à long terme». «Ce sont des attaques qui démoralisent, qui déstabilisent et qui donnent, surtout pour l'armée, l'impression de ne pas obtenir de victoires claires», a-t-il expliqué. C'est une guerre d'usure du même genre qu'avaient jadis menée les moudjahidines contre les Soviétiques.

Par ailleurs, a prévenu M. Brodeur, «plus la présence militaire canadienne se prolongera, plus le risque qu'il y ait des attaques terroristes au Canada ou contre des Canadiens ailleurs dans le monde est présent. C'est un effet boomerang. On pense aller là-bas pour sécuriser les gens ici, mais, en fait, ça ne fait qu'augmenter l'insécurité.»

Pour Rachad Antonius, professeur au département de sociologie de l'UQAM, c'est en fait toute la logique «colonialiste» à la base de l'intervention de l'OTAN qui en fait un conflit inextricable. Selon lui, les pays impliqués en Afghanistan ont en effet cherché à imposer leur modèle dès le départ, d'où l'impasse. M. Antonius estime que, pour sortir de la spirale de violence, il faudrait d'abord établir un véritable dialogue avec la population, afin de connaître notamment ses priorités en matière de développement, de services sociaux et de régime politique.

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, La Presse canadienne et Reuters


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À quand les renforts?? - par andré michaud
Le mardi 19 février 2008 15:00

Viva la Muerte! - par Gilbert Talbot (gilbert.talbot@videotron.ca)
Le mardi 19 février 2008 10:00

Sortons de là - par André Chamberland
Le mardi 19 février 2008 09:00

Ça s'améliore ? - par Gilles Bousquet
Le mardi 19 février 2008 08:00

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