Éthique et cirque - Le Cirque du Soleil dans la fournaise féodale de Dubaï et de Macao...

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Stéphane Baillargeon
Édition du mardi 19 février 2008

Mots clés : développement durable, environnement, Cirque du Soleil, Eau, Culture, Chine (République populaire) (Pays), Émirats arabes unis (pays)

Le Cirque du Soleil compte installer en 2010 un spectacle permanent dans les îles artificielles géantes de Dubaï.

Photo: Agence France-Presse

Le Cirque du Soleil (CDS) vient de créer une section administrative chargée de surveiller le respect, par tous ses partenaires, des règles éthiques et environnementales défendues par la compagnie.

La multinationale montréalaise du divertissement fait de plus en plus affaire avec des zones délicates du monde. Les derniers grands projets du CDS se développent à Macao, en Chine, et à Dubaï, un émirat arabe, deux endroits peu fréquentables du point de vue du respect des droits de la personne et de l'environnement.

Le propriétaire-fondateur, Guy Laliberté, fait la promotion du développement durable et de l'accès universel à l'eau potable par l'entremise de sa fondation charitable One Drop. Lui-même, le CDS, ses employés et tous ses partenaires sont encouragés à verser 1 % de leurs revenus à cette cause charitable ou à une autre semblable. La compagnie s'active aussi charitablement avec Cirque du monde, un organisme qui vient en aide aux enfants défavorisés.

Une quarantaine d'employés oeuvrent au sein de la nouvelle entité éthique baptisée «Département Citoyenneté». On y retrouve beaucoup d'éducateurs et des travailleurs sociaux par exemple, mais aucun avocat.

Faut-il tout de même voir dans cette création une précaution envers des partenaires d'affaires de plus en plus problématiques du point de vue des normes et des droits? «Non, répond clairement Renée-Claude Ménard, directrice principale des relations publiques du Cirque, interrogée par courriel. Le CDS a toujours eu un département Citoyenneté, anciennement appelé Affaires publiques, sociales et culturelles. Le CDS a toujours mis de l'avant ses valeurs citoyennes depuis très longtemps. La nouveauté est que, maintenant, nous avons "verbalisé" ses valeurs et nous les incluons dans nos ententes avec nos partenaires. Cette approche a commencé avec l'entente de Dubaï, mais aurait tout aussi bien pu démarrer avec une entente sur New York ou Macao. Le lieu ne dicte pas la mise en place des valeurs citoyennes du Cirque, mais beaucoup plus le fait que nous avons multiplié le nombre de partenaires avec qui nous souhaitons les partager.»

Les rapports des organismes humanitaires font constamment état d'une féroce exploitation des travailleurs de Dubaï, paradis du capitalisme sauvage. L'émirat contrôlé par une poignée de familles aristocratiques fonctionne sans impôts, sans syndicats et sans partis d'opposition.

Sa fête nationale coïncide avec le début du Festival du shopping, un délire consumériste sponsorisé par une douzaine de centres commerciaux débordants de produits de luxe. Guy Laliberté lui-même demeure célèbre pour son train de vie princier. Plus d'une centaine de personnes sont en permanence à son service.

Dans son essai Le Stade Dubaï du capitalisme comme dans ses articles publiés dans Mother Jones ou New Left Review, le journaliste américain Mike Davis décrit l'éponge à pétrole et ces chambres à 5000 dollars la nuit dans des hôtels 7 étoiles construits par des ouvriers payés 250 $ par mois. Le reporter parle d'un «territoire seigneurial géré comme une multinationale». La pyramide d'un million d'habitants de l'émirat se présente ainsi: la famille régnante trône tout en haut, les professionnels occidentaux occupent le milieu de l'échelle sociale et tout en bas se retrouvent des centaines de milliers de travailleurs du tiers monde (Sri-Lankais, Philippins, Indiens...) exploités par le système féodal.

Le CDS a présenté là un premier spectacle en tournée en 2006. Le résultat très concluant a permis de signer aussitôt un contrat pour l'installation d'un spectacle permanent en 2010 sur une spectaculaire formation d'îles artificielles en forme de palmier (The Palm).

Le partenaire du CDS, la firme Nakheel, gère actuellement une quinzaine de projets dans l'émirat. Les reportages occidentaux décrivent régulièrement ses chantiers moyenâgeux où des ouvriers peuvent s'entasser à douze par chambres sans toilettes ni air conditionné, alors qu'il fait 50 °C dans la fournaise d'Allah.

«On ne refera pas ce monde», commente un employé de la direction du CDS qui désire conserver l'anonymat. Mais [le Département Citoyenneté] ne sert pas seulement à nous donner bonne conscience. On peut espérer imposer quelques principes plus humanitaires et surtout des normes environnementales qui nous tiennent à coeur.»

Spectacles à Macao, domaine à Hawaii

L'autre grand chantier asiatique n'est pas sans taches. Macao a maintenant dépassé Las Vegas pour les sommes annuellement mises en jeu par des millions de parieurs. L'ancienne enclave portugaise demeure un haut lieu du crime organisé, de la prostitution et de l'exploitation des travailleurs.

Bientôt le soleil ne se couchera plus sur l'empire du Cirque du Soleil. La suractivité orientale explique peut-être la décision du fondateur-propriétaire de s'acheter un domaine à Hawaii, selon d'autres informations obtenues par Le Devoir. La transaction immobilière dépassant les 15 millions de dollars, conclue il y a quelques mois mais gardée secrète jusqu'ici, aurait été la plus importante de cet État américain, en 2007.

«Notre développement en Asie a été annoncé depuis plus de deux ans, répond Mme Ménard quand on la questionne sur la bascule vers le Pacifique de son entreprise. Il s'agissait d'un territoire sous-développé pour le Cirque avec un énorme potentiel. Pour ce qui est du grand patron, je ne commente pas ses activités personnelles, mais, dans ce cas-ci, cela n'a rien à voir avec le développement futur du Cirque... mais beaucoup plus avec son amour pour une région du monde qui a toujours été très présente dans sa vie.»

À Macao, le cirque développe déjà deux spectacles. L'animateur-metteur en scène René Simard dirige la charge au Four Seasons Macau pour une production inspirée de la vie et de l'oeuvre d'Elvis Presley. Elle ouvrira en 2009.

Le metteur en scène Gilles Maheu prépare une production originale décrite dans les documents de la compagnie comme «Alice au pays des merveilles, mais dans le cosmos». Le spectacle du Venetian Hotel, inauguré en octobre prochain, utilisera sept performances acrobatiques, dont trois faisant appel à une quinzaine de danseurs. Gilles Maheu, bien connu pour son travail de danse-théâtre au sein de la défunte troupe Carbone 14, a fait appel à Martino Müller, le chorégraphe qui travaillait déjà avec lui sur la comédie musicale Notre-Dame de Paris.

Le CDS espère rapidement proposer «au moins cinq» spectacles à Macao, selon une source interne. En fait, la compagnie souhaite y reproduire à l'identique le modèle de développement de Las Vegas où elle est sur le point d'offrir sa sixième production et vise une programmation à dix spectacles d'ici 2015.

- À lire demain: Le CDS s'installera-t-il à Londres et à New York?


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Entreprise Montréalaise ou Québécoise? - par Roger Lapointe
Le mardi 19 février 2008 09:00

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