Et puis euh - Excusez
Mots clés : Dopage, Sport, Éric Gagné, États-Unis (pays)
Rien qu'à voir, on voit bien que l'espace se fait restreint aujourd'hui -- si on lit ceci dans le cyberespace, on se fait un schéma représentatif mental d'un journal en papier comme dans le bon vieux temps, et une page avec un article en contrebas qui vient faucher le prosateur en plein élan --, et ça tombe plutôt bien puisqu'il n'y a pas grand-chose à dire. Après tout, si Éric Gagné peut survoler les quatre ou cinq dernières années en, quoi, deux minutes et quart avec pas de questions à la fin, qu'avons-nous besoin de nous étendre indûment sur le sujet? La cause est entendue, tout ça relève du passé, et le passé, c'est bien connu, est déjà fini au moment où on se parle. Vous-même devriez en tirer leçon et vous tourner vers l'avenir, rempli de promesses quant à votre avancement personnel et peut-être quant à une victoire en Série mondiale pour les Brewers de Milwaukee, vos favoris de toujours.
«Et de quoi vous excusez-vous au juste, M. Giambi?»
«Je suis désolé, mais je ne peux pas vous le dire.» En somme, il s'excusait aussi de ne pas pouvoir préciser, pour des raisons juridiques, pourquoi il s'excusait. Vous conviendrez que cela en fait de la désolation à laquelle on assiste impuissant. (Giambi a finalement reconnu il y a quelques mois qu'il avait introduit dans son dedans intérieur des substances prohibées. Ce que tout le monde, évidemment, savait. Selon des sources, c'est à cause du non-dit. Dans son infinie perspicacité, l'humain parvient avec une belle régularité à capter le non-dit. Dans ce cas précis, un gaillard de 6 pieds 3 et 235 livres qui passe proche de brailler comme une madeleine représentait une forte quantité de non-dit. D'où la conclusion facile qu'il ne s'excusait pas d'avoir oublié de refermer le tube de dentifrice.)
Parfois, c'est plus court, mais la teneur en non-dit ne s'en laisse pas pour autant imposer. Dimanche, Paul Lo Duca, l'ancien receveur des Dodgers et des Mets maintenant à Washington -- attention, Lo Duca joue maintenant à Washington, pas les Dodgers et les Mets --, a pour sa part déclaré qu'il avait commis «une erreur». Mais lui qui se retrouvait en assez éloquente posture dans le rapport Mitchell n'a pas précisé de quelle erreur il s'agissait. Il dit toutefois qu'il a finalement reconnu devant lui-même qu'il avait fait une erreur, et que cela lui a fait du bien comme vous ne pouvez pas imaginer. Car, oui mesdames messieurs, même «lorsque vous faites quelque chose d'incorrect dans votre vie et que vous ne vous faites pas prendre, ça brûle en dedans». Mettons que ça ne brûle pas assez pour que vous vous libériez du brasier de l'enfer de la culpabilité (c'est une image) en prenant l'initiative de dévoiler les faits avant que l'on ne vous pince et que votre nom n'apparaisse dans un rapport d'enquête incriminant, mais ça brûle quand même. De quoi être un peu en chicane avec sa conscience.
Et là, il y a Éric Gagné. Qui s'est excusé auprès de ses proches parce que, au cours des dernières semaines, ceux-ci ont dû être mitraillés de questions au sujet des allégations à son endroit. Remarquez d'ailleurs la logique admirable de l'exercice: si ses proches ont encaissé des questions, c'est que lui-même n'y avait pas répondu pendant tout ce temps. Or on le retrouve à s'excuser d'avoir laissé des questions en plan tout en ne répondant toujours pas aux questions. Un jour, peut-être, quand vous aurez le temps je ne suis pas pressé, vous m'expliquerez.
Bien entendu, il y a encore là beaucoup de non-dit. Dire qu'on a quatre enfants et qu'on veut leur servir de modèle et qu'on compte bien le faire à l'avenir laisse entendre à demi-mots à peine recouverts d'une dose de subtilité que le passé pèche sans doute par excès de non-modélisation. Le passé que fouille du reste le rapport Mitchell, un creusage qui «ne sert à rien» quand on se tourne résolument vers... vers quoi au juste? C'est cela: vers l'avenir. Une chance qu'on l'a, lui.
Un jour, j'espère que vous m'expliquerez aussi ce qu'il y a de si difficile dans le fait d'agir comme Andy Pettitte qui dit oui j'en ai pris, à n reprises, ce n'était pas interdit à ce moment-là, cela dit c'était sans doute pas mal con, mais j'avais le sentiment que la dope allait m'aider, et puis voilà, que celui qui n'a pas fait pas mal le con à n reprises dans sa vie me lance une rapide haute à l'intérieur, je vais la prendre comme un grand.
Mais enfin bref, chers amis, j'espère que vous aimez les voyages, car je subodore sérieusement qu'on vous prend pour des valises. Des grosses à part ça.
La prochaine fois, nous verrons que ça ressent la coupe. Très fort comme phénomène. Ça l'a d'abord senti, puis ça ne la sentait plus, et maintenant ça la ressent drôlement, égalité avec l'Ottawa et toutes ces choses. Notez que «ressentir la coupe» montre une intensité beaucoup plus grande que «sentir la coupe» ou la «re-sentir», car alors que ces deux dernières sensations s'éprouvent lorsque le truc vient de l'extérieur, «ressentir la coupe» fait appel à l'interne. Ça vient du dedans. Comme de la drogue naturelle. Et ça brûle. Gare à la combustion spontanée.
jdion@ledevoir.com
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

