Le Kosovo fait ses premiers pas comme pays
Mots clés : reconnaissances, Kosovo, indépendance, États-Unis (pays)
Les États-Unis et 17 pays européens reconnaissent l'indépendance

Photo: Agence Reuters
«Avec le président, nous avons envoyé une requête à tous les gouvernements du monde pour la reconnaissance du Kosovo souverain et indépendant», a annoncé M. Thaçi, au début de la première réunion du gouvernement de la «République du Kosovo».
Le cabinet a également approuvé ses dix premiers projets de loi, que le Parlement doit entériner dès demain. Ces textes portent notamment sur la création d'un ministère des Affaires étrangères, les passeports et la citoyenneté, la mise en place d'une Police du Kosovo, la protection spéciale des zones liées à l'héritage culturel à caractère religieux, les monastères et églises orthodoxes, l'établissement des municipalités comme «unique base d'autonomie locale».
Pristina a commencé la journée avec la gueule de bois hier matin. Rues pratiquement désertes, écoles et lycées fermés, magasins et restaurants au rideau baissé pour la plupart. La journée n'était pas officiellement chômée, mais la fête a duré tard dans la nuit. Seuls les balayeurs, les employés des banques et administrations semblaient travailler.
En début de soirée, à l'annonce des premières reconnaissances, la ville est retombée dans l'euphorie. À nouveau cris de joie, concerts de klaxons, farandoles, feux d'artifice, sirènes. Défilés de Kosovars avec à la main l'ancien drapeau du Kosovo noué à la bannière étoilée ou au bleu-blanc-rouge français.
La majorité des pays de l'Union européenne et les États-Unis ont donc annoncé qu'ils reconnaissaient ou allaient reconnaître l'indépendance du Kosovo. Au total, 17 des 27 États membres de l'UE ont reconnu ou décidé de reconnaître rapidement le gouvernement de Pristina. cette occasion historique. La Turquie, qui a dominé les Balkans pendant des siècles, a elle aussi annoncé qu'elle allait reconnaître l'indépendance kosovare
Manifestations
Pendant ce temps, des manifestants sont descendus dans les rues en Serbie, en Bosnie et dans le nord du Kosovo.
Et alors que des violences sont redoutées entre communautés, une nouvelle explosion s'est produite à Kosovska Mitrovica près d'un bâtiment utilisé par la police de l'ONU et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), sans faire de victimes. Dimanche, quatre grenades avaient été lancées dans cette même ville après la proclamation d'indépendance du Kosovo, deux qui n'avaient pas explosé contre un bureau de l'Union européenne, et deux autres, dont une avait explosé, contre un tribunal, sans faire de victimes.
À Belgrade, quelque 7000 personnes se sont réunies place de la République, brandissant des drapeaux serbes et reprenant des slogans anti-albanais. Au Kosovo même, plusieurs milliers de Serbes se sont réunis à Mitrovica, bastion de leur communauté dans le nord du territoire.
Dans la capitale de la Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine, des échauffourées ont éclaté quand plusieurs milliers de manifestants ont lancé des pierres sur les consulats de France et d'Allemagne.
Première mesure
La Serbie a ordonné hier à ses ambassadeurs présents dans les pays qui ont reconnu l'indépendance du Kosovo, dont la France et la Turquie, de rentrer, a annoncé l'agence Beta. Il s'agit «de la première mesure urgente du gouvernement qui va être appliquée à tous les pays qui reconnaissent l'indépendance unilatérale» du Kosovo, a expliqué le gouvernement.
Ce dernier a de plus inculpé les dirigeants albanais du Kosovo de trahison pour avoir proclamé l'indépendance dimanche. Le ministère serbe de l'Intérieur a indiqué que le premier ministre, Hashim Thaçi, le président, Fatmir Sejdiu, et le président du Parlement, Jakup Krasniqi, ont été inculpés pour avoir organisé la création d'un «État factice» en territoire serbe. Et le Parlement serbe a «annulé» par un vote à l'unanimité la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo.

