L'avenir de TV5 Monde - Que fait notre gouvernement?
Mots clés : TV5, Francophonie, Jean Charest, Langue, Média, Québec (province)
Jean Charest s'est entretenu vendredi dernier avec le président français, Nicolas Sarkozy, avec qui il a abordé le dossier de la Francophonie, donc, de toute évidence, celui de l'avenir de TV5 Monde. Quelques semaines plus tôt, il avait rencontré le premier ministre, François Fillon, et sortait de Matignon, nous disait-il, «rassuré». Nous n'avons cependant jamais su pourquoi il était si «rassuré», ni quelles assurances concrètes le premier ministre français lui avait données.
Depuis la création de toutes pièces par la France de sa propre chaîne d'information continue -- France 24, née début 2007 dans le but de concurrencer CNN --, le gouvernement du Québec savait que se poserait la question de l'avenir de TV5, ne serait-ce que pour des questions d'ordre budgétaire.
La France assume 84 % du budget global de TV5 Monde, soit environ 62 millions d'euros, et doit débourser autour de 100 millions d'euros pour France 24. En tout et pour tout, l'ensemble de l'audiovisuel extérieur de la France, qui inclut sept sociétés, lui coûte plus de 300 millions d'euros par année.
Le nouveau président et son gouvernement, c'est incontournable, voudraient rationaliser et réexaminer les opérations à l'étranger. Pourquoi le gouvernement du Québec n'a-t-il rien vu, rien prévu, rien planifié? Pourquoi a-t-il attendu passivement que la France dépose une proposition évidement inacceptable pour les partenaires actuels de TV5 Monde? Déjà, la démission l'année dernière du patron de TV5 Monde, Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture de France, aurait dû l'alerter.
La France propose
Car que contient la proposition initiale du gouvernement français déposée en janvier 2008? Du meilleur et du pire, comme le révèle le document.
Le meilleur: «Démultiplier les modes de diffusion de la chaîne», «rendre ses programmes plus attrayants», «plus cohérents», «plus identifiables au sein de l'offre surabondante proposée au public international», «rassembler son public autour des valeurs de la Francophonie, comme alternative aux dynamiques de rupture entre les peuples: démocratie, diversité culturelle, laïcité etc.», «donner une place plus large aux francophonies du sud».
Le pire: «Les actions détenues par France Télévisions, Arte France et l'INA dans TV5 Monde seront transférées à une holding [sic], société anonyme détenue à 100 % par l'État français», «le conseil d'administration de la holding procédera aux nominations des directeurs généraux des filiales (TV5 Monde, France 24 et RFI)», «notre organisation [...] doit être repensée autour d'une newsroom unique permettant une production centralisée et coordonnée de l'information», «un pôle unique de production de l'information sera donc constitué [...] regroupant une partie des journalistes de TV5 Monde, de France 24 et de RFI».
Dès le dépôt de ce document, la ministre de l'audiovisuel de la Communauté française de Belgique ainsi que le directeur de la Télévision suisse romande ont demandé à la France de revoir sa copie, à défaut de quoi ces deux partenaires importants de la chaîne la quitteraient.
Absence de fermeté
Le gouvernement du Québec, lui, s'est contenté d'une réponse molle, beaucoup moins ferme, alors qu'il aurait dû immédiatement faire savoir publiquement que le préalable à toute négociation passait par le renoncement de la France à placer TV5 Monde à l'intérieur de ce «holding» qui se nommera France Monde et d'en faire une filiale au même titre que Radio France international et France 24.
Par ailleurs, il faut se demander ce que cache le silence assourdissant du gouvernement canadien dans ce dossier. De l'indifférence? J'en doute étant donné la présence du Québec en Francophonie et la perspective, inacceptable pour Ottawa, qu'il occupe toute la place. Ce silence ne cacherait-il pas plutôt une négociation en parallèle au terme de laquelle le fédéral ne s'opposerait pas à la démarche française en retour de la nomination au poste de directeur général de la nouvelle filiale française TV5 Monde d'un Québéco-Canadien, ce qui constituerait une première puisque, jusqu'à maintenant, le patron de la chaîne a toujours été un Français? Mais Ottawa lâcherait ainsi la proie pour l'ombre, car, après un mandat de quelques années, la France occuperait à nouveau tout le terrain.
Investir pour garder TV5
Il est de bon ton en Francophonie d'accabler la France: elle en fait toujours trop ou pas assez; quand elle s'intéresse à la Francophonie ses motifs sont sûrement douteux, quand elle ne s'y intéresse pas, c'est par égoïsme... Ce qui est certain cependant c'est qu'elle assume environ 70 % du budget de toutes les institutions francophones confondues. Aussi longtemps qu'il en sera ainsi, la France ne résistera pas à la tentation de considérer ces organismes comme franco-français et donc de les bousculer unilatéralement.
Pour changer cette donne, assurer la relance de la Francophonie internationale, et plus particulièrement de TV5 Monde, les partenaires principaux, la Suisse, la Communauté française de Belgique, le Québec et le Canada, doivent investir massivement de telle sorte que la France ne soit plus majoritaire ou du moins que le financement multilatéral soit plus équilibré. C'est à ce prix que nous parlerons d'égal à égal et que nous sauverons TV5.
***
Louise Beaudoin est membre invitée, chargée des questions de francophonie internationale au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal et professeure invitée au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal.
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