Veille d'élection sous le signe de la peur et de la controverse au Pakistan

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AFP , AP
Édition du lundi 18 février 2008

Mots clés : pouvoir civil, attentat suicide, peur, Élection, Pakistan (pays)

Scènes de la vie quotidienne, hier, à Karachi, où l'image de Benazir Bhutto est encore bien présente.

Photo: Agence France-Presse

Islamabad -- Huit semaines après l'assassinat de Benazir Bhutto, le Pakistan se rend aux urnes aujourd'hui, conscient de la lourdeur des enjeux: marquera-t-il le vrai retour au pouvoir civil, ou la plongée vers le chaos? Hier, le ton était donné par les forces de sécurité au Pakistan qui étaient placées en état d'alerte maximale au lendemain de l'attentat suicide le plus meurtrier de l'année, qui a fait 47 morts dans les zones tribales.

Les autorités ont imposé un couvre-feu et appelé des troupes en renforts à Parachinar, une ville des zones tribales frontalières avec l'Afghanistan infestées de combattants islamistes proches des talibans afghans et d'al-Qaïda.

C'est dans cette localité qu'un kamikaze au volant d'une voiture piégée a foncé samedi sur un rassemblement du Parti du peuple pakistanais (PPP), le mouvement de l'ex-chef de l'opposition Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre dans un attentat suicide près d'Islamabad.

À Parachinar, ce dernier attentat de la campagne électorale -- le plus meurtrier depuis la disparition de Mme Bhutto -- a fait 47 morts et 110 blessés.

Le Pakistan a achevé samedi à minuit sa campagne pour les élections législatives et provinciales d'aujourd'hui, en pleine vague d'attentats attribués ou revendiqués par les islamistes proches d'al-Qaïda et des talibans, qui avaient déjà fait de 2007 l'année la plus sanglante de l'histoire du Pakistan, avec plus de 800 morts. Depuis le début 2008, environ 150 personnes ont été tuées dans 18 attentats, la plupart visant des candidats ou des rassemblements électoraux.

La peur que provoquent ces attaques -- 90 personnes sont mortes au cours de la semaine écoulée -- et le désintérêt manifeste des Pakistanais, laisse augurer un faible taux de participation dans les 64 000 bureaux de vote protégés par un demi-million de membres des forces de sécurité, dont 81 000 soldats en renforts. «Les forces de l'ordre sont en alerte maximale [...] La sécurité des électeurs sera assurée à tout prix», a promis le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Javed Cheema.

Plus de 80 millions de Pakistanais sont appelés à participer à un scrutin crucial pour la seule puissance nucléaire du monde musulman, en proie à une profonde crise politique.

Le veuf de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, qui dirige le PPP, a parlé avec l'opposant Nawaz Sharif d'un hypothétique partage du pouvoir en cas de victoire de l'opposition. Car si elle s'emparait des deux tiers du Parlement, le président Pervez Moucharraf pourrait être éventuellement destitué.

Ce dernier, qui joue son avenir aujourd'hui, a affirmé que son «rôle de président se résumait à [...] être une sorte de figure paternelle du premier ministre», dans le journal britannique Independent on Sunday.

Mais M. Zardari l'a de nouveau prévenu dans le Sunday Times qu'il «n'aura pas d'autre choix» que d'appeler à manifester en cas de fraudes aux élections. Il n'a toutefois pas exclu un «gouvernement de consensus national» avec M. Moucharraf.

De son côté, l'ex-premier ministre Sharif a averti qu'en cas de triche dans les urnes, «la situation tournerait au chaos et conduirait à une sorte d'anarchie».

«Les élections seront libres, équitables, transparentes et pacifiques. Nous ne laisserons personne réussir à perturber le processus électoral» et quiconque cherchera à le faire après le scrutin «sera traité avec la plus grande fermeté», a averti le ministre de l'Information, Nisar Memon.

Ces élections sont d'autant plus importantes que cette république islamique de 160 millions d'habitants est observée avec anxiété par la communauté internationale.

Les États-Unis, qui ont fait de M. Moucharraf leur allié-clé dans leur «guerre contre le terrorisme» jugent en effet que les islamistes menacent un État essentiel pour la stabilité de la région et qu'al-Qaïda et les talibans ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales.


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