Les esprits s'échauffent dans les rues de Beyrouth
Mots clés : affrontements, camp de réfugiés, rixes, Violence, Liban (pays)
Depuis plusieurs jours, les rixes sont devenues quotidiennes entre les sympathisants de la majorité libanaise et l'oppositionIsabelle Dellerba

Photo: Agence Reuters
Le bilan de la soirée fait état d'une vingtaine de blessés. Plusieurs magasins ont été incendiés. L'armée s'est déployée et a rétabli le calme dans la nuit. Le lendemain à Ras al-Nabah, les partisans de Saad Hariri, leader sunnite de la majorité parlementaire et fils de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, accusent «des chiites venus d'autres quartiers» de les avoir agressés. «Ils avaient des kalachnikovs. Ils nous ont tiré dessus», affirme Mohamad, en pointant le doigt vers l'angle de la rue par où ils seraient arrivés.
À une centaine de mètres de là, un membre du Hezbollah, le parti chiite à la tête de l'opposition libanaise, raconte une tout autre histoire. «Ce sont eux qui nous ont attaqués avec des cocktails Molotov et ils nous ont tiré dessus.» Il montre deux impacts de balle dans l'immeuble devant lequel il se tient. Entre les jeunes du quartier, la tension est palpable. Ils s'observent de loin, sous le regard des militaires omniprésents. «Ça risque de repartir cette nuit, dit Ahmad. Il y a souvent eu des problèmes dans ce quartier. Mais la différence aujourd'hui, ce sont les armes.»
Années noires
Depuis plusieurs jours, les rixes devenues quotidiennes entre sympathisants de la majorité et l'opposition se soldent régulièrement par des échanges de coup de feu. Pour l'instant, ces échauffourées sont circonscrites en quelques heures par les forces de l'ordre, mais les Libanais ont peur qu'un incident plus grave que les autres ne mette le feu aux poudres.
Hier, des violences ont éclaté dans le secteur de Sabra, qui abrite un camp de réfugiés palestiniens, à la suite d'une altercation portant sur des affiches politiques. Des coups de feu ont éclaté. Un Palestinien touché par balle a succombé à ses blessures après son hospitalisation.
Le Courant du futur, principale composante de la coalition antisyrienne au pouvoir, a démenti des informations relayées par des médias d'opposition selon lesquels il aurait été à l'origine de ces violences. L'armée libanaise s'est déployée pour mettre un terme aux affrontements.
Les tensions communautaires sont de plus en plus fortes dans le pays, attisées par une crise politique qui n'en finit pas. Le Liban est sans président depuis le 24 novembre. L'élection a été reportée à 14 reprises. Les députés de l'opposition et de la majorité se sont donné un nouveau rendez-vous le 26 février, mais, jusqu'à présent, aucun accord n'a été trouvé malgré les médiations étrangères et la feuille de route, un plan de sortie de crise en trois points, proposée début janvier par la Ligue arabe et officiellement acceptée par tous les partis.
Pendant ce temps, dans la rue, les esprits s'échauffent. Néanmoins, l'immense majorité de la population, qui redoute plus que tout un retour aux années noires la guerre civile, veut encore croire en une solution pacifique.

