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La stabilité des revenus agricoles : pas seulement une question de subventions
On a beaucoup parlé de la suggestion faite au rapport de rendre le programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles universel, que j'applaudis; le support financier accordé suite à une année moins faste ou à une catastrophe naturelle est nécessaire pour chacun. Cependant, on a trop peu souligné le fait qu'en premier lieu, il est de la RESPONSABILITÉ de l'agriculteur, de par ses méthodes, d'assurer la stabilité de ses revenus d'année en année. Pour illustrer ce fait, je citerai deux exemples, entre plusieurs autres, relevant de notions élémentaires de saines pratiques agricoles, soient la création de biodiversité et le choix des hybrides de maïs.
L'importance de la biodiversité dans la stabilité des revenus agricoles est généralement admise et ne nécessite que peu d'explications. En effet, si on cultive plusieurs espèces différentes, on sera moins vulnérable financièrement advenant l'infestation d'un insecte ravageur spécifique à une culture, par exemple. Tôt ou tard, le couperet tombera nettement plus sèchement sur celui qui place chaque année ses oeufs dans le même panier. Cette notion de biodiversité s'intégrera aisément dans un paysage agricole pluraliste comptant davantage d'entreprises de taille réduite, moins axé sur la monoculture.
Parlons un peu du maïs, cette culture étant très répandue chez nous. Chaque année, les agriculteurs se voient offrir de nombreux hybrides (variétés, si on veut) différents. À chacun de ceux-ci est attribué un nombre d'unités thermiques maïs -UTM- spécifique. Il s'agit en quelque sorte ici de la quantité de chaleur devant être accumulée durant la vie du plant avant que l'épi ne soit mûr pour la récolte. À ce chapitre, les hybrides sont en règle générale classés en deux catégories : les « chevaux » de course et ceux dits de trait. Ces derniers, aux UTM modérés, donneront des rendements moyens d'une manière stable, d'année en année. Les hybrides de course, aux UTM élevés et parfois irréalistes pour certaines régions, donneront des rendements élevés les années chaudes, mais nuls ou presque suite à une saison moins favorable. On imagine bien la position de gambler dans laquelle se retrouve le cultivateur au moment d'acheter ses semences : UTM élevé et à risque ou UTM bas mais avec rendement assuré? Il est de la RESPONSABILITÉ de l'agriculteur de choisir des hybrides qui sauront lui assurer des revenus qu'il juge suffisamment stables au fil des années et l'état ne doit pas cautionner les mauvaises pratiques agricoles de ceux qui auront été trop audacieux dans leurs choix en remboursant des cultures n'étant pas parvenues à terme.
L'agriculture ne doit en aucun cas négliger un fait qui lui est intrinsèque depuis la nuit des temps : elle est sujette aux caprices de la nature et à ses frasques. En regardant l'avenir à moyen ou long terme, on sait déjà que surviendront parfois sécheresses, infestations de ravageurs et saisons moins favorables. C'est là une des réalités de l'agriculture et l'agriculteur responsable, professionnel et bien informé sait en tenir compte et entretenir son autonomie à face à l'état. Je suggère donc que d'une manière ou d'une autre, la responsabilisation des agriculteurs quant la stabilité de leurs revenus au fil des ans soit prise en compte dans le fonctionnement d'un éventuel système d'assurance stabilisation des revenus agricoles révisé.
