Algues bleues - Un an de grâce aux détergents phosphatés
Mots clés : détergents domestiques, environnement, Algues bleues, Gouvernement, Eau, Québec (province), Canada (Pays)
Ottawa les interdira en 2010 plutôt qu'en 2009
Le gouvernement Harper a annoncé hier qu'il ramènera à 0,5 % la concentration de phosphates dans les détergents domestiques à compter de 2010, mais il n'a pas justifié le délai de deux ans qu'il accorde aux grands fabricants, un délai que plusieurs observateurs ont qualifié de trop long hier, compte tenu de la gravité de la crise des algues bleues, qui a frappé près de 200 lacs québécois et des centaines d'autres lacs au pays l'été dernier.Selon le rapport divulgué mardi par Le Devoir, le Canada devrait réduire ses apports d'oxydes d'azote d'une tranche supplémentaire de 75 %, car ces nitrates contribuent, comme le phosphore, à la prolifération des plantes aquatiques et des algues bleues dans les lacs et les cours d'eau. Les États-Unis ont imposé des réductions des émissions acides et des nitrates à leurs grands émetteurs industriels mais le Canada n'a pas ciblé les oxydes d'azote, qui proviennent principalement des transports, des grands utilisateurs d'énergie thermique et de l'agriculture.
John Baird a précisé que la quasi-interdiction des phosphates dans les détergents domestiques n'est cependant qu'«une étape» dans le contrôle du phénomène des algues bleues et qu'il entend accorder une grande importance à la question des nitrates dans la stratégie canadienne de lutte contre les pluies acides et les algues bleues.
Le ministre Baird a par ailleurs salué le leadership du Québec qui, comme le Manitoba, a depuis lors amorcé l'instauration d'un règlement visant à limiter à 0,5 % l'usage des phosphates dans ces détergents.
La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a quant à elle précisé que son projet de règlement sera adopté même si Ottawa passe à l'action sur le même terrain. Elle a ajouté que la stratégie fédérale rendra la vie plus facile à la dizaine de fabricants québécois de détergents sans phosphates, qui seront désormais sur un pied d'égalité avec leurs concurrents canadiens.
Cependant, la ministre Beauchamp et son homologue fédéral ont été incapables de justifier l'entrée en vigueur de leurs règlements en 2010 plutôt qu'en 2009, comme le réclament avec insistance les groupes écologistes et de villégiateurs depuis l'automne dernier.
Le gouvernement fédéral impose depuis longtemps une norme qui limite à 2,5 % le contenu de phosphates dans les détergents à lessive. Certaines marques en contenaient jusqu'à 13 % auparavant. Toutefois, non seulement ce pourcentage sera ramené à 0,5 % à l'échelle canadienne, la réglementation canadienne englobera désormais les détergents à vaisselle et peut-être même les nettoyants tout usage, a précisé John Baird, «si les résultats des analyses en démontrent la nécessité». Pour l'instant, la stratégie fédérale ne vise pas les détergents industriels.
Vive Jean Coutu!
Greenpeace Québec, qui préconise de ramener les taux de phosphates à 0,5 % d'ici un an, a vivement réagi à l'annonce du fédéral d'accorder sans justification deux années complètes aux fabricants ontariens et américains alors que ceux du Québec ont pris une nette avance dans ce dossier et sont prêts à prendre la relève.
«Québec et Ottawa devraient avoir l'audace de Jean Coutu et favoriser par leur échéancier les entreprises qui ont pris les devants et non pas celles qui traînent la patte, a déclaré le porte-parole de Greenpeace, Jocelyn Desjardins. Nous disons bravo à Québec pour le leadership qu'il a affiché dans le dossier avec le Manitoba, ce qui a poussé Ottawa à bouger lui aussi. Mais on doit tous constater qu'Ottawa n'a strictement aucune raison logique et sérieuse pour donner deux ans au reste de l'industrie. Un an, c'est amplement suffisant, et si on était sérieux, c'est une interdiction qui devrait entrer en vigueur au Québec dès l'été prochain pour réduire le plus possible les apports de phosphore dans les lacs et les cours d'eau.»
M. Desjardins a ajouté que «Jean Coutu est pas mal plus efficace que John Baird» dans ce dossier, ce qui démontre que le marché est prêt à réagir et que le ministre et son gouvernement «sont pas mal en retard par rapport au marché».
L'automne dernier, la chaîne de pharmacies Jean Coutu a en effet banni de ses rayons tous les détergents avec phosphates, devenant le leader dans ce domaine. Sur le marché québécois, la chaîne a relevé plusieurs produits prêts à prendre la relève, qu'elle propose désormais à ses consommateurs.
En décembre dernier, cette décision a été suivie d'une autre mesure, prise cette fois-ci par la chaîne Métro, a expliqué le président de Biospectra, Jean-François Bernier. Cette petite entreprise montréalaise d'une dizaine d'employés fabrique une gamme complète de produits certifiés Écologo sous la marque Attitude.
Selon Jean-François Bernier, Métro a pris une décision stratégique pour les fabricants de détergents plus écologiques en décidant de placer leurs produits sur les tablettes à côté des détergents traditionnels au lieu de les isoler dans un présentoir marginal, souvent méconnu des consommateurs. L'été dernier, des épiciers Métro de régions de villégiature ont commencé à identifier les produits à faible teneur en phosphates pour souligner leur disponibilité.
Viser plus large
Jean-François Bernier est évidemment content de voir les deux ordres de gouvernement afficher «enfin» une nette détermination à éliminer les phosphates. Il estime lui aussi que plusieurs entreprises d'ici sont prêtes à prendre la relève avec leurs produits plus écologiques. À son avis, si les signaux sont clairs, toute l'industrie pourrait faire ce virage d'ici un an. Et qu'on n'invoque pas la nécessité d'écouler les inventaires, a-t-il dit, car ils ne couvrent nulle part une période aussi longue que deux ans.
Toutefois, l'essentiel n'est pas cet enjeu, a-t-il insisté: à son avis, il ne faut pas cibler uniquement les phosphates, car il peut aussi y avoir dans ces détergents des toxiques tout aussi, sinon plus dommageables pour les cours d'eau. Pis encore, on pourrait même voir des fabricants de phosphates avec des produits comme les DTA, des composés toxiques.
C'est pourquoi M. Bernier préconise pour ce type de produits l'indication obligatoire des ingrédients sur les étiquettes, ce que sa petite entreprise pratique avec ses produits Attitude, lesquels ont obtenu la certification Écologo du gouvernement fédéral. Cette certification exige une preuve de l'innocuité environnementale et humaine de tous les ingrédients et même l'absence de sous-produits toxiques et de rejets polluants à l'étape de la fabrication. En comparaison, la norme de l'OCDE, qu'on voit de plus en plus sur les produits, n'exige qu'une biodégradation rapide. Mais cela n'exige pas qu'il n'y ait pas de produits toxiques pour les cours d'eau dans la formulation en voie de se biodégrader. Le Québec compte actuellement quelques fabricants de produits certifiés Écologo.
Malgré ces exigences normatives, Biospectra a triplé ses ventes l'été dernier en raison de la publicité faite aux algues bleues, et 2008 sera «pire», prévoit M. Bernier en pensant aux heures supplémentaires qui guettent son équipe. Le premier conteneur de ses produits en direction du Japon part dans un mois, et Jean-François Bernier prévoit que les ventes de l'été prochain vont suivre la courbe d'une explosion plutôt que celle d'une progression.
Vos réactions
harper solidaire des "producteurs" - par jacques côté (jaccote@videotron.ca)
Le jeudi 21 février 2008 14:00
Le phosphore d'origine agricole est un grand responsable des algues bleues selon l'Union des citoyens du Québec - par Nathalie Maynard (soleilnat10@hotmail.com)
Le samedi 16 février 2008 20:00
Algues bleus - par Nathalie Maynard
Le samedi 16 février 2008 16:00
Reporter à demain - par L Falardeau
Le samedi 16 février 2008 14:00
C'est toujours pareil - par réal rodrigue (montagneux@distributel.net)
Le samedi 16 février 2008 10:00
Les fermiers doivent bien rire dans leur barbe - par Jean Dussault
Le samedi 16 février 2008 07:00
Bel héritage pour mes petits-enfants? - par Grégoire Picard (gregoire.picard@sh.cgocable.ca)
Le samedi 16 février 2008 01:00

