La vie, malgré tout

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Odile Tremblay
Édition du samedi 16 et du dimanche 17 février 2008

Mots clés : Yves-Christian Fournier, Tout est parfait, Cinéma, Culture, Québec (province)

source alliance atlantis
Maxime Dumontier et Normand D'Amour dans Tout est parfait, d'Yves-Christian Fournier

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Tout est parfait
Réalisation: Yves-Christian Fournier. Scénario: Guillaume Vigneault. Avec Maxime Dumontier, Chloé Bourgeois, Maxime Bessette, Jean-Noël Raymond-Jetté, Claude Legault, Normand D'Amour. Image: Sara Mishara. Musique: Patrick Lavoie. Montage: Yvann Thibodeau.
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Tout est parfait, le premier long métrage d'Yves-Christian Fournier, a déjà fait couler beaucoup d'encre, son thème, le suicide chez les jeunes, étant difficile à rendre sans pathos, mais aussi sans romantisme, en évitant l'effet pervers de l'incitation à la mort que le cinéaste redoutait. Mais le côté noir du sujet est transcendé.

Yves-Christian Fournier et son scénariste Guillaume Vigneault se sont penchés sur un destin central, celui d'un jeune homme, Josh (Maxime Dumontier), qui survit au suicide de quatre de ses amis et s'enfonce dans la détresse et le silence, tout en tentant de vivre encore, d'aimer, quoique mal. On pense, dans le registre du jeune personnage barricadé dans son secret, au Paranoïd Park de Gus Van Sant.

Mais Tout est parfait apparaît plus lumineux, plus optimiste que le film de Van Sant. Ce premier long métrage frappe par sa maîtrise technique, la beauté des images de Sara Mishara, mariées à l'excellente musique de Patrick Lavoie, dans une grande harmonie d'ensemble. Une unité, un souffle traversent Tout est parfait, qui coule de source, ne courtise pas l'émotion brute, mais parvient par touches à capter des moments de tendresse, de tristesse, de douleur, mariant la finesse à plusieurs scènes fortes.

Le scénario s'appuie sur les silences, les gestes manqués, esquissés, du héros, Josh (Maxime Dumontier, touchant de douceur retenue, de violence rentrée), capté en plans serrés. Les jeunes interprètes à ses côtés ne sont pas des professionnels, ce qui n'empêche pas Chloé Bourgeois (sa petite amie dans le film) d'incarner avec beaucoup de naturel une adolescente ardente qui refuse d'être attirée vers le bas.

Les morts demeurent en retrait. On ne connaîtra pas les motifs de leur acte. Ils errent tels des fantômes sur l'intrigue, omniprésents par le malheur laissé dans leur sillage.

Certains reprochent au film cette espèce de flottement qui le caractérise, ce refus du parti pris radical contre le suicide. Mais la position du cinéaste et du scénariste se manifeste en creux.

Tout est parfait constitue une oeuvre sur le deuil, la mauvaise conscience, la torture des survivants, mais aussi sur la vie, qui bat malgré tout et s'accroche à une baignade, à un baiser, à des rayons de soleil. Des personnages de parents sont trop laissés en plan, mais Normand D'Amour incarne le père d'un ami mort avec un charisme fou. Les scènes qui l'opposent à Maxime Dumontier, à travers l'amour du golf, parlent de la perte et de la vie mieux que des discours et comptent parmi les plus émouvantes et les plus réussies du film. De même, des retours en arrière sur le drame, avec un moment fort sur le pont, prouvent à quel point, par de petits gestes, des expressions, un recul, Maxime Dumontier peut jouer sur la corde sensible des registres subtils, sur laquelle il avance en funambule tout au long du film. Certaine équipée en voiture, portée par la grâce d'une magnifique chanson western, est un envol vers la lumière.

Les dialogues sont pleins d'ellipses, donc, mais avec des dynamiques récurrentes: Josh et le psychologue, à qui il refuse de se confier. Josh et Mia, aux amours touchées par la mort, tantôt tendres, tantôt dramatiques, avec une belle scène de party.

La finale apparaît plus appuyée que le reste du film et le dénouement s'essouffle, mais Tout est parfait se révèle vraiment un très beau film, unifié, poignant, tout en demi-teintes, chantant en définitive une vraie ode à la vie.


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