La longue route de la guérison intérieure
Mots clés : Carl Bessai, Normal, Culture, Cinéma, Canada (Pays)

Normal
Réalisation et image: Carl Bessai. Scénario: Travis MacDonald, Carl Bessai. Avec Carrie-Anne Moss, Kevin Zegers, Callum Keith Rennie, Michael Riley. Montage: Lisa Binkley. Musique: Clinton Shorter. Canada, 2007, 105 min.
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C'est également les contrecoups et les lendemains douloureux d'une tragédie routière qui intéressent le cinéaste canadien Carl Bessai dans Normal. Et preuve que le temps prend parfois bien son temps pour arranger les choses, le drame qui affecte la vie des principaux personnages est survenu il y a deux ans déjà; pour certains d'entre eux, c'est encore et toujours hier ce moment fatidique où le jeune Nicky a perdu la vie -- un véritable fantôme dont l'image reste cachée dans la conscience troublée de ceux qui l'ont connu.
Catherine (Carrie-Anne Moss en mère courage très émouvante) ressemble à une «desperate housewife» égarée dans l'univers d'Ingmar Bergman. Taciturne, colérique, compulsive (de produits ménagers!), elle a élevé un temple à la mémoire de son fils disparu, faisant de sa chambre un sanctuaire où son mari et son fils cadet n'ont pas accès. Parallèlement à sa descente aux enfers, et à l'impact que son désarroi provoque dans sa famille, d'autres personnages, dont on ignore d'abord le lien avec Catherine, pataugent aussi dans les remords et les regrets. Walt (Callum Keith Rennie), un professeur de littérature, prend soin de son frère autiste tout en voyant son mariage sombrer, se consolant dans les bras d'une belle étudiante également présentatrice d'un bulletin de la météo. Quant au jeune Jordie (Kevin Zegers), à sa sortie d'un centre de détention il retrouve un père toujours aussi autoritaire et accusateur, et le garçon finit lui aussi par trouver une épaule compatissante: celle de sa belle-mère, plus près de son âge que de celui de son père...
Il y a une nette volonté chez Carl Bessai de dévoiler au compte-gouttes les liens qui unissent ces trois personnages, et surtout leur part de responsabilité dans la tragédie qui continue de les affecter. Cet aura de mystère devient parfois un épais brouillard, le cinéaste s'éternisant sur des routes secondaires et des intrigues parallèles visiblement destinées à nous distraire de la neurasthénie de ce trio pas très rigolo. On tombe alors dans un psychologisme télévisé, accentué par des figures unidimensionnelles destinées à montrer les facettes troubles de nos trois victimes: le frère autiste, le mari impassible, la belle-mère négligée, l'étudiante allumeuse (qui semble draguer Walt même lorsqu'elle fait la pluie et le beau temps à la télé).
Campé dans le cadre rassurant d'une banlieue cossue de Victoria, Normal a visiblement été contaminé par son caractère aseptisé. Non seulement le désir du cinéaste de jouer au Robert Altman canadien atteint vite ses limites -- la multiplicité des petits drames quotidiens nous lasse très vite -- mais on ne ressent que timidement l'onde de choc de ce tragique accident de voiture, prétexte à un déballage larmoyant où les personnages ressemblent à autant d'études de cas. Si ça continue, il faudra bientôt interdire le froissement de tôle aux scénaristes en panne d'inspiration.
Collaborateur du Devoir
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