Signé Montréal!
Mots clés : architectes, Musée Guggenheim, Municipalité, Montréal
Des villes se redonnent une nouvelle identité en laissant architectes et promoteurs libres d'opérer en toute audace

Photo: Agence France-Presse
Car visiter certains secteurs de Rosemont, Hochelaga, Verdun, Côte-des-Neiges, Villeray est souvent une expérience déroutante quand s'accumulent au regard autant de 4 et demie, de 5 et demie, distribués de part en part d'une cage d'escalier que laisse voir une baie vitrée en plein centre de la construction. Si, Montréal est toujours une ville de locataires, et on peut parfois s'en plaindre quand on constate la mauvaise qualité architecturale des habitations qu'on leur destinait.
Toutefois, Montréal n'est pas en Occident la seule ville qui doive aujourd'hui se dépêtrer des conséquences du boom immobilier de l'après-guerre. Aussi, de Baltimore à plus d'une ville européenne, on voit prendre forme des initiatives qui corrigent les erreurs du passé.
Ouvrages marquants
Jusqu'à l'Expo 67, les monuments de Montréal furent la Sun Life ou un oratoire sur le flanc du Mont-Royal, et qui dans ce dernier cas fut longtemps en construction. Puis vint un boom. La Place Ville-Marie comme la Tour de la Bourse d'un Pier Luigi Nervi ou les appartements Westmount de Mies van der Rohe sont sortis de terre. L'exposition universelle a elle aussi fait rêver avec ces pavillons et surtout le dôme géodésique de Buckminster Füller et l'Habitat de Moishe Safdie, ces deux ouvrages qui, chacun, s'inscrivait, et demeure encore, de plein droit sur la carte architecturale mondiale.
Puis l'accalmie. On n'a pas cependant cessé de construire, et souvent avec beaucoup de souci architectural: l'ensemble qui constitue le Quartier international en témoigne, tout comme certains ouvrages sis de part en part de René-Lévesque. Et certaines constructions ont fait l'objet de plus d'un commentaire où l'éloge ne figurait pas dans la teneur des propos: la première crise qui a marqué les récentes constructions de l'UQAM, dans le cas précis de l'édifice de la TELUQ, n'a d'abord pas été financière. Et les murs de verre du nouveau Palais des congrès ont vu rebondir plus d'un quolibet (et à son voisin immédiat, l'édifice de la Caisse de dépôt, plus d'un reproche a été adressé: pour certains, pourquoi payer plus cher pour une architecture de qualité, quand on peut construire avec des «plywoods» et des blocs de béton?).
Argent manquant
Il est en fait une contrainte lourde qui entache tout l'univers bâti québécois: la même politique qui prévaut chez Wal-Mart, celle du «beau-bon-pas-cher-et-ne-vaut-pas-plus», s'appliquerait en ce domaine. Pense-t-on à un centre hospitalier universitaire, un musée, une salle de concert, qu'avant même de voir un plan, une esquisse architecturale, hommes et femmes politiques, accompagnés de leurs administrateurs, s'affichent pour informer des économies en cours. Résultat: s'il est possible de recourir au préfabriqué, on le fera, quitte à ajouter des plantes et quelques puits de lumière pour animer les intérieurs, le privé commercial et industriel nous ayant en effet montré la voie, celle qui permet de tout ériger rapidement, quitte à démolir aussi vite, et ce sans regrets. Aussi, les nouvelles usines et les entrepôts que l'on construit présentement deviendraient-ils des constructions obsolètes qu'à la différence des Lowneys et Impérial d'un siècle passé, il ne serait point question de les reconvertir en lofts et autres condos: un simple bulldozer peut les éliminer de l'histoire.
Et les dénonciateurs d'audace ont beau jeu. Projetterait-on une oeuvre originale qu'ils monteraient au créneau pour rappeler le fiasco olympique, dont une mauvaise planification justifie encore à leurs yeux tout ce qui ne découle pas d'une réalité platement bétonnée. Et de réclamer plus d'écoles, plus d'hôpitaux qui font le bonheur des ministres des Finances, mais rendent tristes leurs utilisateurs et usagers.
Rêves donnés
Les gens du Québec prennent toutefois l'avion pour aller assister à des renaissances lointaines. Ils voient aussi dans les films, ou sur les canaux spécialisés, des images qui font rêver. Et ils constatent qu'en plus d'un Londres ou d'un Paris historique, il est d'autres quartiers à voir et que le Louvre, outre ses oeuvres d'art, abrite aussi une pyramide qui longtemps fit rugir plus d'un Parisien conservateur.
Et de parler aussi de Rotterdam, de villes nordiques, de villes espagnoles comme Bilbao ou Barcelone, de ces villes qui ont su renaître quand les nouvelles conditions économiques entraînaient la fermeture complète de plus d'un quartier.
Montréal aura aussi à réagir: de quoi aura l'air en fait ce nouveau Griffintown dont on parle ces jours-ci: un parking pour humains et autos, avec des boutiques et des voies urbaines? Que fera-t-on aussi quand le réseau sud de Bonaventure ou la cour Turcot seront débarrassés de l'actuel filet autoroutier? Et ailleurs aussi, quel sera l'avenir construit d'Outremont ou de Montréal-Ouest, pour ne nommer que quelques évidences?
Possibilités réelles
On sait déjà que la nouvelle salle de l'OSM sera sans doute un édifice conventionnel et on espère que les futurs agrandissements de musées permettront à des Hanganu de répéter l'aventure de Pointe-à-Callière, mais quand verrons-nous à Montréal un monument qui comme à Bilbao donne une signature à une ville?
Pourtant qui aujourd'hui achète une résidence devrait savoir que la beauté environnante influe sur la valeur de son achat. Les petites économies sont en fait de mauvais placements.
Vos réactions
Hé... - par Olivier Nguyen
Le mardi 19 février 2008 15:00
Félicitations ! - par Marie-Josée Lacroix
Le dimanche 17 février 2008 19:00
D'abord... éviter les autoroutes en plein coeur de la ville! - par Monique Désy Proulx
Le samedi 16 février 2008 19:00
La beauté n'a pas de prix - par william morris
Le samedi 16 février 2008 09:00

