Afghanistan: un compromis se dessine à Ottawa
Mots clés : Parti conservateur, Parti libéral du Canada, Gouvernement, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)
Ottawa -- En moins de 24 heures, le Parti libéral du Canada et le Parti conservateur ont mis suffisamment d'eau dans leur vin pour qu'un compromis sur une prolongation de la mission en Afghanistan pointe à l'horizon. Même si rien n'est encore ficelé, Stephen Harper et Stéphane Dion se sont dits confiants hier d'en arriver à une entente qui permettrait au Canada de rester militairement engagé à Kandahar jusqu'en 2011.
Le chef libéral souhaite que les soldats canadiens laissent au futur pays allié qui viendra donner un coup de main à Kandahar le soin de procéder aux grandes offensives pour chasser les talibans. «Il faut un autre pays pour prendre notre place dans les combats», dit-il. Le Canada devrait plutôt se concentrer sur la formation de l'Armée nationale afghane, assurer la sécurité de ses équipes de reconstruction et accélérer les projets de développement.
Mais dans la pratique, Stéphane Dion a reconnu que les Forces canadiennes pourraient continuer à livrer bataille aux talibans s'il faut assurer la sécurité nécessaire à la reconstruction du pays. «On fait le design de la mission dans son ensemble, mais c'est aux militaires de décider, avec leur expertise, comment y arriver», a-t-il dit. Et si les généraux sur le terrain jugent qu'il faut attaquer les talibans dans un village pour éviter que ces derniers ne fassent exploser les véhicules canadiens, pourront-ils passer à l'offensive? «Ce sera à eux de décider», a répondu le chef libéral. La marge de manoeuvre des militaires sera donc très grande.
Cette latitude a semblé réjouir le premier ministre Stephen Harper, qui jugeait irréaliste de rester à Kandahar sans permettre aux soldats de se battre dans cette province à haut risque. «Le Parti libéral veut maintenant rester en Afghanistan dans la mission militaire jusqu'en 2011, avec certaines demandes auprès de l'OTAN. C'est une position très proche de celle du gouvernement», a-t-il dit lors d'un court point de presse.
Stephen Harper n'a pas exclu la possibilité de soumettre une nouvelle motion qui inclurait les amendements libéraux sur lesquels les deux partis se seront entendus. «Entre nous et le Parti libéral, il y a des points communs très importants et le gouvernement va chercher à élargir ce consensus», a-t-il dit. Le premier ministre n'a pas voulu dire si le vote sur la prolongation de la mission pourrait se tenir avant le vote de confiance sur le budget prévu en mars. Ce vote crucial pourrait renverser le gouvernement. «Nous avons encore du travail à faire pour arriver à un vrai consensus, a-t-il répondu. Le budget approche très vite, alors je ne voudrais pas spéculer.»
Par contre, le premier ministre souhaite que la motion qui sera approuvée par le Parlement n'impose pas à un nouveau pays qui viendrait donner un coup de main au Canada à Kandahar la responsabilité de prendre en charge tous les combats. «Il faut bien l'écrire pour que ce soit clair qu'on cherche un partenaire en Afghanistan. On ne veut pas imposer notre vue à un autre pays», dit-il.
Trois conditions à une prolongation
Si le gouvernement arrive avec une nouvelle motion qui unifie les deux positions, le texte devra contenir trois éléments identifiés comme «non-négociables» par les libéraux.
- D'abord, que l'OTAN assure une rotation suffisante des troupes à Kandahar. Ces soldats devront être opérationnels au plus tard en février 2009, afin de permettre aux troupes canadiennes d'être déployées selon les priorités de la mission, qui sont la reconstruction et la formation.
- Ensuite, que le gouvernement obtienne au plus tard en février 2009 des hélicoptères de transport et des véhicules aériens sans pilote afin de contribuer à la sécurité et à l'efficacité du contingent canadien.
- Finalement, qu'Ottawa informe immédiatement l'OTAN que le Canada mettra fin à sa présence militaire à Kandahar le 1er février 2011. Le redéploiement des troupes des Forces canadiennes à l'extérieur de Kandahar se terminerait donc le 1er juillet 2011.
Les libéraux de Stéphane Dion estiment qu'il faut une date de sortie de Kandahar pour éviter «l'enlisement» et être clair envers l'OTAN. «L'objectif est que les Afghans se prennent en main et puissent défendre leur pays eux-mêmes. En 2011, on aura fait un bout de chemin avec eux et ce sera à d'autres de prendre la relève à Kandahar», a dit le chef libéral.
Les amendements des libéraux dévoilés hier insistent également sur la transparence et l'obligation de rendre des comptes. Comme le révélait Le Devoir hier, les libéraux veulent créer un comité spécial sur l'Afghanistan composé de députés de tous les partis. Les ministres qui dirigent des portefeuilles en liens avec la mission afghane -- Affaires étrangères, Défense, ACDI -- devraient passer tous les mois devant ce comité spécial.
De plus, les libéraux veulent qu'un rapport sur les progrès et les échecs de la mission soit publié tous les trimestres par le gouvernement. Le texte libéral propose également de nommer un envoyé spécial qui serait chargé de s'assurer en tout temps que la diplomatie, le développement et la défense ont la même importance dans la mission.
La tension baisse d'un cran
Le rapprochement des positions libérale et conservatrice sur l'Afghanistan a fait baisser la tension aux Communes d'un cran. Lors de la période de questions hier, les échanges étaient cordiaux. Pour le chef du NPD, Jack Layton, le rapprochement entre le PC et le PLC était écrit dans le ciel. «Le Parti libéral appuie cette guerre depuis longtemps. On discute simplement des détails. Et nous aurons maintenant une prolongation de trois années et ce n'est pas quelque chose qu'on peut appuyer», a-t-il dit.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, souhaite que ce rapprochement entre les deux grands partis permette de régler la question afghane au plus vite. «Nous, on est clairs, ça doit se terminer en février 2009. [...] Mais il est souhaitable que le vote se fasse avant le budget pour avoir un mandat très clair face à l'OTAN. Sinon, l'OTAN pourrait être devant un pays qui n'a pas pris de décision parce qu'il est en campagne électorale.»
Vos réactions
Des combats préventifs - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 13 février 2008 13:00
Bravo M. Serge Charbonneau ! - par Gilles Bousquet
Le mercredi 13 février 2008 08:00
À lire: "Dion durcit le ton sur la mission afghane" - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le mercredi 13 février 2008 06:00
Logique, logique! - par Gabriel RACLE
Le mercredi 13 février 2008 06:00
La guerre comme mode de vie au Canada ? - par Jean-Pierre Lusignan (jplu@globetrotter.net)
Le mercredi 13 février 2008 05:00
Une surprise totale... foudroyante! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le mercredi 13 février 2008 05:00

