Hold-up artistique

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Stéphane Baillargeon
Édition du mardi 12 février 2008

Mots clés : musée de la Fondation E. G. Bührle, vol, Art, Culture, Suisse (pays)

Des chefs-d'oeuvre dérobés à la pointe du revolver dans un musée suisse

Reproduction de L'Enfant dans une veste rouge, de Paul Cézanne, l'un des quatre chefs-d'œuvre dérobés lors d'un d'un hold-up commis dimanche dans un musée suisse. Le butin emporté se chiffre à plus de 170 millions de dollars.

Photo: Agence Reuters

La paisible et pacifique Suisse vient d'inventer (et de subir) un nouveau type de crime à main armée: le braquage de musée. Dimanche, vers 16 h 30, trois hommes masqués ont pénétré dans le musée de la Fondation E. G. Bührle, à Zurich. Un des voleurs, muni d'un revolver, a forcé les rares visiteurs et employés présents dans le hall à se coucher sur le sol. Pendant ce temps, ses deux complices décrochaient des toiles de grands maîtres, encadrées, sous verre et donc assez lourdes. Un des trois «vide-musées» s'exprimait en allemand «avec un accent slave».

L'alarme aussitôt déclenchée n'a rien empêché et le trio a pris la fuite avec son précieux butin, soit Champ de coquelicots près de Vétheuil (1879) de Claude Monet, Ludovic Lepic et ses filles (1871) d'Edgar Degas, Branches de marronnier en fleurs (1890) de Van Gogh, et L'Enfant dans une veste rouge (1888/90) de Paul Cézanne. Les cagoules dissimulaient décidément de fins connaisseurs. «Apparemment, les peintures dépassaient en partie du coffre de leur véhicule», écrivait hier le site swissinfo.ch.

Personne n'a été blessé pendant l'opération éclair. La valeur estimée du carré d'as dépasse les 170 millions de dollars, ce qui en ferait un des plus importants vols de mémoire de muséologue helvète et même du monde. En 1988, un musée de Arnheim, aux Pays-Bas, s'est fait enlever trois tableaux de Van Gogh. Le musée Gardner de Boston pleure toujours le vol de onze oeuvres en 1990. Dans ces deux cas, la valeur des lots s'avérait un peu inférieure à celle du vol de Zurich.

Le directeur de l'établissement suisse, Lukas Gloor, a mentionné que des tableaux encore plus chers se trouvaient dans ses salles. Le porte-parole de la police de Zurich, Mario Cortesi, a tout de même fait observer qu'«une nouvelle dimension a été franchie avec un vol à main armée dans un musée même si aucun des 15 visiteurs qui se trouvaient dans le musée n'a été blessé».

Même amputée de quatre pièces maîtresses, la collection d'art du marchand d'armes Emil Georg Bührle (1890-1956) demeure une des plus importantes d'Europe, du moins dans le secteur privé. Le musée de la fondation, inauguré en 1960, rassemble environ 200 chefs-d'oeuvre de la peinture impressionniste et postimpressionniste. Il a été impossible de joindre l'établissement hier pour obtenir un commentaire.

Quelques jours plus tôt, deux Picasso ont été volés dans une exposition à Pfäffikon, également en Suisse. Dans ce cas, les oeuvres de moindre importance valent au moins cinq millions de dollars. La police municipale zurichoise n'exclut pas un «lien éventuel» entre les deux affaires helvètes.

Ces vols rappellent la faiblesse relative des mesures de sécurité déployées par les établissements muséaux, là comme ailleurs. Celui de la fondation Bührle occupe une ancienne résidence cossue relativement isolée.

Le 22 août 2004, des voleurs pénétraient au musée d'Oslo comme dans un moulin pour en repartir avec Le Cri et La Madone de très célèbres toiles d'Edvard Munch, joyaux de la collection nationale de Norvège. Les oeuvres furent retrouvées deux ans plus tard.

Selon le site français axa.art, spécialisé en questions d'assurances, la police distingue généralement trois types de vols. D'abord, celui des «collectionneurs compulsifs» qui tiennent à «vivre» avec une oeuvre, même en secret. Ensuite, le groupe des vols par des «trafiquants d'occasion», qui ne connaissent finalement presque rien à l'art. Ceux-là s'emparent de tout. Finalement, celui des bandes organisées, «des professionnels de haut vol», tentant habituellement les plus grands coups, vers des cibles sélectionnées.

Le directeur du musée Bührle a indiqué que les oeuvres dérobées, très connues, demeureraient invendables, du moins sur le marché libre. D'où l'hypothèse que les toiles puissent faire l'objet d'une demande de rançon dans les prochains jours. Elles pourraient constituer une monnaie d'échange sur le marché noir, les trafiquants de drogue appréciant beaucoup ces objets très chers, faciles à transporter.

Un trafic très lucratif

L'ampleur du trafic illicite des biens culturels à l'échelle mondiale demeure assez difficile à évaluer, de l'aveu d'Interpol, la police mondiale. Une comptabilité approximative arrive à un monumental montant annuel dépassant les 5 milliards de dollars, ce qui en ferait le troisième trafic illicite le plus lucratif dans le monde, après celui de la drogue et des armes. Au Pérou seulement, 100 000 tombes, soit la moitié des sites connus, auraient déjà été mises à sac par les pilleurs.

En Europe, la Pologne, la fédération de Russie, l'Allemagne, l'Italie et la France enregistrent le plus grand nombre de vols. Les particuliers subissent les plus nombreux préjudices, mais «les musées et les lieux de culte figurent parmi les cibles privilégiées». La flambée des prix sur le marché de l'art depuis une décennie rend les grosses pièces artistiques encore plus attrayantes.

En 2004, la France a enregistré 6712 vols d'oeuvres d'art, dont 467 dans ses châteaux et 37 en musées. Dans ce pays, à peine 15 % des objets précieux sont finalement retrouvés.

Interpol publie une liste des douze oeuvres les plus recherchées dans le monde. En 2007, on y retrouve une toile de Bruegel l'Ancien et une autre de Bellini.

Le résultat du fameux «vol du siècle» au Canada ne figure pas dans ce triste florilège. Et pourtant... Le 4 septembre 1972, profitant de travaux de rénovation, des voleurs très bien informés perçaient le toit du Musée des beaux-arts de Montréal, ligotaient les gardiens et s'emparaient d'une quarantaine de bijoux et surtout, surtout, de 18 toiles, dont un petit Rembrandt (Paysage avec chaumière), deux Bruegel l'Ancien, deux Corot, un Courbet, une huile de Daumier, un Delacroix, un Gainsborough, un Millet et un Rubens.

La compagnie d'assurances avait versé plus de deux millions de dollars au musée qui avait utilisé une partie de la somme, en 1975, pour acheter Les Léopards, une grande toile alors attribuée à Rubens. Des analyses révélèrent ensuite que l'oeuvre, bien qu'excellente, utilisait des pigments inventés 37 ans après la mort du peintre...


Avec l'Agence France-Presse


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La honte - par Guy Borremans
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Pas de bisou. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
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