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Afghanistan, un gouffre sans fond?
Ce n'est pas en 10 ans, ni en 20, ni en 30 que l'on fera de ce pays ce que l'on rêve d'en faire, qui va à l'encontre de siècles d'histoire et de convictions guerrières et religieuses. Alors, prolonger la mission canadienne jusqu'en 2011, ce n'est que du temps perdu, des milliards gaspillés et des vies humaines sacrifiées pour une cause aussi désespérées, pour d'autres motifs, que ne l'a été l'intervention étatsunienne au Vietnam. Hors de la capitale Kaboul, commente un spécialiste, l'autorité du gouvernement ne s'exerce guère, et des régions entières sont sous la coupe des « seigneurs de la guerre », plus ou moins islamistes. La plupart des mesures imposées par les talibans, notamment celles à l'encontre des femmes, sont toujours appliquées, malgré de timides tentatives de laïcisation. La production de l'opium, est plus importante que jamais. Et l'on retiendra ce qu'écrit le géopoliticien Yves Lacoste : « Paradoxalement, l'ONU et les États-Unis soutiennent donc un pays de narcotrafiquants, qui alimentent, entre autres, au plan mondial, les réseau islamistes. »
Et précisément, selon une étude rendue publique le 5 février par l'Office des Nations unies contre la drogue et la criminalité (ONUDC), la récolte de pavot en Afghanistan devrait se maintenir à un niveau record en 2008. Quant à la culture du cannabis, elle devrait augmenter en 2008. Selon les estimations de l'ONU, basées sur des entretiens effectués dans 469 villages, le cannabis en 2007 a occupé 70 000 hectares de terres contre 50 000 en 2006. L'augmentation de la culture du cannabis « donne à l'Afghanistan la triste distinction d'être l'un des plus importants fournisseurs de cannabis en plus de fournir plus de 90 % de l'opium illicite dans le monde. », a déclaré M. Costa, directeur de l'ONUDC. En 2007, l'Afghanistan comptait davantage de champs consacrés à la production de stupéfiants que la Colombie, la Bolivie et le Pérou réunis.
Par ailleurs, selon Antonio Giustozzi, chercheur au Crisis States Research Centre, rattaché à la London School of Economics and Political Science, de l'Université de Londres, grand spécialiste de l'Afghanistan où il séjourne pour ses enquêtes, si le but de la guerre est la victoire, celle-ci est illusoire en Afghanistan. Les soldats de la coalition occidentale gagnent des batailles, mais une fois retournés dans leurs bases, tout est à recommencer. Les talibans reviennent et reprennent le terrain perdu. Depuis 2002, ils n'ont pas cessé d'étendre leur zone d'influence.
Le choix du Canada devrait donc être clair, en dehors des rodomontades et du quasi chantage du secrétaire étatsunien à la Défense, Robert Gate, se désengager au plus vite de ce guêpier, de ce gouffre financier qu'est l'Afghanistan et des pertes en vies humaines qu'il nous cause. Inutile de subventionner davantage la culture du pavot et du cannabis. Et si les autres pays de l'OTAN sont si réticents à s'engager plus avant dans la lute, il faudrait peut-être se demander sérieusement pourquoi. Auraient-ils de meilleures analyses que celles du gouvernement du Canada? Ou une meilleure estimation de la situation? Qui sait!
