Une semaine après les violents combats entre rebelles et armée - La situation revient à la normale au Tchad
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Des rebelles sont toujours en route vers le sud

Photo: Agence France-Presse
«Hier encore, des chars nous empêchaient de passer à partir du Rond Point de la Justice», explique Ali, un automobiliste.
Le vaste palais présidentiel, qui fait face à la cathédrale, est cependant sous la garde des combattants de l'Armée nationale tchadienne (ANT) postés tout au long des grilles, et juchés à l'arrière de pick-up remplis de munitions.
Dans les rues ensablées par l'Harmattan, les habitants, principalement à pied, reprennent possession de leur capitale, passant, l'air indifférent, devant des magasins explosés d'un tir de roquette, incendiés, pillés. Sur l'avenue Mobutu, gît la carcasse d'un char T55 de l'ANT, touché par les rebelles pendant les combats.
N'Djamena renaît peu à peu, vidée des rebelles qui sont cependant toujours signalés en mouvement, comme une menace qui pèse encore sur Idriss Deby.
L'importante colonne de rebelles stationnée ces derniers jours à Mongo, capitale de la région du Guéra, à 400 km à l'est de N'Djamena, se dirige maintenant vers le sud, ont indiqué hier à l'AFP des sources militaires.
«150 à 200 véhicules de rebelles ont quitté Mongo samedi matin et se dirigent en direction d'Am Timan, vers le sud et la zone des trois frontières», a précisé cette source.
La région où se rejoignent les frontières tchadiennes, soudanaises et centrafricaines «est considérée comme une zone de non-droit, c'est-à-dire que les passages entre les pays ne sont pas contrôlés», a indiqué une autre source militaire.
Les rebelles avancent lentement, «en ordre, et bien organisés. Ils sont chassés par l'ANT», ont ajouté ces sources.
L'ANT, renseignée par les militaires français de l'opération Epervier en vertu de l'accord de coopération technique et militaire, semble vouloir suivre les rebelles sans trop les serrer de près dans l'intention de choisir le moment où elle les attaquera, estiment ces sources militaires. «Le temps joue pour Deby, les rebelles commencent peut-être à manquer de carburant, de munitions, d'alimentation. Peut-être cherchent-ils une porte de sortie», ajoutent-elles.
Côté rebelle, l'analyse est à l'opposé. «Nous essayons une nouvelle stratégie, nous les éloignons loin de leurs bases pour les étirer», a déclaré hier à la presse leur porte-parole Abderaman Koulamallah, joint par téléphone satellitaire. «Un hélicoptère de l'armée nous a tiré dessus, mais il ne nous a pas atteint», a-t-il ajouté.
En quittant Mongo, les rebelles ont pillé la ville pour se réapprovisionner, indiquent les sources militaires.
Autre signe d'un retour à la normale, la compagnie aérienne Air France a décidé de rouvrir sa liaison avec Paris à partir de demain matin.
Par ailleurs, près de 40 000 réfugiés tchadiens ayant fui les combats à N'Djamena pour la ville voisine de Kousseri, dans le nord du Cameroun, ont reçu samedi une aide alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM).
Du Soudan au Tchad
Quelque 12 000 personnes ont fui le Darfour soudanais pour se rendre au Tchad voisin après d'intenses bombardements et des attaques, a annoncé hier le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).
Les réfugiés se sont rendus dans la région de Birak, dans le sud-est du Tchad, après une série d'attaques survenues vendredi et samedi, commises par l'armée soudanaise et les miliciens Janjawid, a déclaré à l'AFP la porte-parole du HCR, Hélène Caux.
La situation dans l'est du Tchad reste tendue, après les récents combats opposant rebelles et forces gouvernementales tchadiennes, qui ont conduit le HCR à évacuer ses équipes du pays.
Mais pour la porte-parole, les nouveaux réfugiés «ont déjà subi le pire».
Le HCR va envoyer une équipe dans la région de Birak afin d'évaluer la situation, en espérant pouvoir transporter par camions les nouveaux réfugiés dans les camps existants, a-t-elle ajouté.
Plus de 240 000 Soudanais du Darfour sont déjà réfugiés au Tchad, dans douze camps.
Samedi, l'armée soudanaise a confirmé mener des opérations dans l'ouest du Darfour, affirmant avoir repris aux rebelles le contrôle de trois localités. «Les forces armées ont procédé à de vastes opérations de ratissage dans les régions d'Abou Sourouj, Serba et Salia», a déclaré le porte-parole de l'armée, Othman Mohammed al-Agbach, à l'agence officielle Suna. «L'armée a réussi à chasser des rebelles de ces régions et ils ont fui au Tchad, laissant derrière eux un grand nombre de morts et de blessés ainsi que des quantités de matériel», a-t-il ajouté.
Le Mouvement pour la justice et l'égalité, (JEM - rébellion) a affirmé pour sa part que les soldats soudanais, soutenus par des miliciens janjawid, a attaqué vendredi les trois villages, situés au nord de Geneina, la capitale du Darfour occidental, tuant des dizaines de civils.
L'attaque a été lancée avec le soutien de l'aviation et d'hélicoptères de combat et la participation de soldats arrivés à bord de 65 véhicules et de quelque 600 djandjaouids à dos de dromadaires, a déclaré à l'AFP par téléphone le commandant Abdel Aziz Nur al-Asher, du JEM.
Le Darfour est le théâtre d'une guerre civile depuis 2003, qui a fait, outre 2,2 millions de déplacés, 200 000 morts selon des organisations internationales, des chiffres réfutés par Khartoum qui parle de 9000 morts.

