Opinion

Une élection sur les projets et les pouvoirs du Québec

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Gilbert Paquette, Vice-président des IPSO (Intellectuels pour la souveraineté) Candidat à la direction du Parti québécois en 2005

Édition du lundi 11 février 2008

Mots clés : Parti québécois, Parti politique, Élection, Québec (province)

L'électrochoc de l'élection de 2007 amène enfin le Parti québécois à s'interroger sur son cadre stratégique. Les propositions fusent: gouvernance souverainiste (Larose), référendum à initiative populaire (SPQ-libre), référendum rapide à la suite d'une campagne souverainiste (Monière), pacte électoral pour autoriser la réalisation de la souveraineté (Bariteau).

Plusieurs de ces propositions ne s'attaquent qu'indirectement à la question principale qui pollue notre vie démocratique: la schizophrénie entre la nation et le pays, avec ses impacts néfastes sur la situation du français, la cohésion nationale interethnique, l'incapacité de procéder aux énormes investissements nécessaires en éducation, en santé, en développement durable, l'emprisonnement de notre État dans l'espace canadien à l'heure de la mondialisation.

Jusqu'à maintenant, la démarche souverainiste s'est caractérisée par son absence de détermination. Dans huit élections sur les dix auxquelles le Parti québécois a participé depuis sa création, donc sauf en 1970 et 1973, il a fait campagne sur une plateforme électorale visant la gouvernance provinciale, parfois assortie d'une promesse de tenir un référendum, parfois d'un engagement à ne pas en tenir un ou d'en tenir un pour autant que l'on soit sûr de le gagner!

Loi référendaire

Nous avons maintenant, grâce aux protagonistes du référendum à initiative populaire une autre variante de l'étapisme, une autre échappatoire. Il faudra que le Parti québécois soit élu et qu'il vote une loi sur les «référendums». Puis on attendra le temps qu'il faut pour que 500 000 personnes en demandent un sur la souveraineté.

Et si un référendum était demandé à l'initiative du West Island pour séparer la province de Québec en deux ou pour demander une «meilleure» intégration du Québec au Canada? Entre-temps, qu'arrivera-t-il de nos projets urgents, sans le rapatriement des pouvoirs collectifs dont nous avons besoin pour les réaliser? Je suis totalement d'accord pour dire que «le Québec doit investir massivement dans Télé-Québec pour en faire une véritable télévision nationale». Alors, comment fait-on en attendant le «référendum du peuple» dans une province qui ne peut même pas soutenir correctement ses écoles, ses universités et ses hôpitaux, quel que soit le parti au pouvoir?

Un vote pour le parti, un vote pour le pays

Il faut congédier l'étapisme référendaire à la Claude Morin ou nouvelle vague. Il y a quelque chose de fondamentalement faux pour un souverainiste de s'engager à faire le «bon gouvernement» dans le régime fédéral, surtout tel qu'il a évolué depuis le référendum de 1995. Pour un souverainiste, la seule façon pour le Québec de se donner un bon gouvernement, c'est de se donner un vrai gouvernement, un gouvernement complet.

Il faut avoir le courage, prendre le risque de faire campagne là-dessus, à chaque élection. D'abord, d'un point de vue d'efficacité électorale, un parti indépendantiste se place en position de faiblesse en situant ses engagements électoraux dans le cadre fédéral actuel où le Québec est étranglé financièrement, plutôt que dans le cadre d'un pays et du rapatriement des pouvoirs qui vont avec. Peu d'engagements électoraux des politiciens provinciaux peuvent maintenant se réaliser sans une participation financière d'Ottawa qui a le gros bout du bâton. Il reste alors le quémandage (de nos propres impôts) à Ottawa, attitude pernicieuse, dévalorisante et dangereuse pour l'avenir.

Mais il y a plus grave. Les périodes électorales sont les moments où la discussion politique est la plus intense, là où les citoyens écoutent et participent le plus à l'échange des idées. Or, une option qui n'occupe pas l'espace public à ce moment-là est vouée à la disparition, surtout si on laisse les adversaires en parler négativement, sans réplique. Faire des élections de gouverne provinciale a suffisamment nui au progrès du Québec vers sa souveraineté nationale. D'une façon ou de l'autre, la prochaine campagne électorale du Parti québécois doit absolument viser une gouverne nationale, une gouverne qui présuppose le rapatriement des pouvoirs.

Gouverne souverainiste ou gouverne de pays?

La récente proposition de Gérald Larose ne vise qu'indirectement cet objectif. Un vote pour le PQ à la prochaine élection serait un vote pour une «gouverne souverainiste» faite de gestes de souveraineté: citoyenneté et constitution québécoise, renforcement de la loi 101, mise sur pied d'une caisse d'assurance emploi du Québec, nationalisation de l'eau, préparation de la reconnaissance internationale du futur Québec souverain.

J'en suis, mais dans la mesure où ils se situent dans la légalité telle qu'elle est établie par la Constitution canadienne de 1982 (que le Québec n'a toujours par reconnue), ces gestes pourraient aussi bien être effectués par un parti fédéraliste. L'abolition du poste de lieutenant-gouverneur qui fait applaudir les foules est un bel exemple; pour vraiment l'abolir, il faut modifier la Constitution du Canada, alors on le mettra plutôt au garde-robe!

Des gestes qui ne requièrent pas de modification à la Constitution canadienne ne permettent pas de rapatrier au Québec un seul des pouvoirs du fédéral. Penser que l'accumulation de tels gestes pendant un mandat de quatre ans suffira à faire avancer la souveraineté vers un moment majoritaire me semble très risqué. À la fin du mandat, le gouvernement du Québec, n'aura pas plus et peut-être moins de moyens qu'au début puisque la centralisation à Ottawa se sera poursuivie.

Pour une démarche

qui donne des résultats

Il faut cibler la vraie question, soit le rapatriement des pouvoirs dont le Québec a un urgent besoin pour résoudre ses problèmes concrets. Entre 1990 et 1994, l'échec des accords du Lac Meech et de Charlottetown a mis en évidence clairement le refus global du Canada-anglais face aux aspirations du Québec, pendant que l'appui des Québécois à la souveraineté augmentait en flèche, jusqu'à un sommet de 67 %.

Cette croissance spectaculaire montre qu'il est possible de résoudre cette question. Si Robert Bourassa avait alors accepté les propositions du rapport Allaire ou la main tendue de Jacques Parizeau, le Québec serait souverain depuis 15 ans. Imaginez tout ce que les Québécois auraient accompli.

Reprendre la promotion de la souveraineté sans la concrétiser dans des projets qui requièrent une gouvernance nationale serait une grave erreur. Cela a été démontré à l'élection de 2007 lorsque le chef du PQ, mettant de côté le programme de son parti (sauf l'obligation référendaire), s'est interdit de traiter de la langue et de la culture, de la lutte contre la pauvreté, du déplacement des activités économiques, du défi démographique et de bien d'autres questions importantes où l'on aurait besoin du coffre à outil d'un État souverain. Le résultat a fait paraître le Parti québécois comme un vieux parti à court d'idées. En fait, c'est toute la campagne électorale qui, dépourvue de grands enjeux, fut véritablement «provinciale», presque folklorique.

Une obligation de résultats

Un des principaux obstacles d'une solution de notre question nationale est la lassitude, le renoncement et la peur de l'échec qui se sont développés depuis quarante ans. Aucune solution ne semble pouvoir s'imposer, ce qui amène une majorité de la population à rejeter tout nouveau référendum qui se tiendrait dans les mêmes conditions.

Il est par ailleurs significatif de constater le désir très majoritaire de la population, que les partis politiques qu'ils élisent règlent cette question. Lors d'un sondage en 1999, interrogé sur l'opinion suivante: «Que le Québec soit une province ou un pays, ce qui est important, c'est que cette question soit réglée une fois pour toutes», 70 % se sont dit d'accord avec cet énoncé, dont 48 % entièrement d'accord. Tout laisse croire qu'en 2008, le résultat serait semblable.

Toute nouvelle proposition de solution de la question nationale lors de la prochaine élection doit être crédible parce que menant infailliblement à un résultat qui ne dépend que de la volonté majoritaire du peuple québécois. Il faut avoir le courage de mettre des enjeux nationaux qui nécessitent un rapatriement des pouvoirs d'Ottawa, au coeur de la prochaine élection et de toutes celles qui suivront.


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