Matignon fait volte-face et reçoit Dumont en catastrophe

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Christian Rioux
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 février 2008

Mots clés : Action démocratique du Québec, François Fillon, Mario Dumont, Parti politique, France (pays), Québec (province)

Le chef adéquiste veut un ministère de l'Identité nationale

Paris -- Coup de théâtre! Alors que Mario Dumont s'apprêtait à quitter Paris sans avoir rencontré le premier ministre français François Fillon, un coup de fil du conseiller politique de la délégation générale du Québec à Paris lui apprenait soudain hier en fin de soirée que Matignon venait de faire volte-face. Depuis cinq jours, le précédent diplomatique commençait à faire du bruit, non seulement au Québec mais aussi dans les milieux politiques français. Jamais un chef de l'opposition de l'Assemblée nationale du Québec ne s'était fait fermer les portes de Matignon lors d'une visite officielle en France.

Pourtant, dans la matinée, Mario Dumont avait définitivement fait le deuil d'une telle rencontre. Devant la presse québécoise, il s'était déclaré «déçu», sans plus. Rendez-vous avait même été pris avec François Fillon en juillet prochain, lors de sa venue au Québec pour les fêtes du 400e anniversaire de Québec. Le précédent semblait donc consommé.

C'est en catastrophe que Mario Dumont sera reçu ce matin à Matignon, juste avant de s'envoler pour Barcelone et alors que François Fillon revient tout juste du Kazakhstan. Dans l'entourage de Mario Dumont, on n'hésitait pas hier à attribuer cette volte-face aux réactions de la presse québécoise, dont Le Devoir, et de l'ancienne ministre des Relations internationales Louise Beaudoin, qui ont rappelé à la France sa propre tradition diplomatique. Plus tôt cette semaine, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait assuré Le Devoir qu'il interviendrait en haut lieu. L'attaché de presse de Mario Dumont ne savait pas hier si des échanges avaient eu lieu avec le bureau du premier ministre Jean Charest pour susciter ce revirement de dernière minute.

Mario Dumont termine donc ce premier voyage officiel de cinq jours en France avec le sentiment d'avoir évité l'incident diplomatique de justesse. Comme le déclarait cette semaine l'ancien premier ministre Jean Pierre Raffarin au Devoir, «en général, le premier ministre français ne reçoit que les premiers ministres, mais le Québec ayant un statut singulier dans la diplomatie française, on peut avoir vis-à-vis de l'opposition une position singulière aussi.»

Un ministère de l'Identité nationale

Dans la matinée d'hier, le chef de l'opposition avait fait le bilan de son voyage en se disant très inspiré par l'initiative de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l'Identité nationale. Mario Dumont quitte la France convaincu que l'identité nationale mérite qu'on en confie la responsabilité à un ministère.

«La question de l'identité nationale a pris beaucoup d'importance depuis quelque temps, dit-il. Qu'un ministre ait la responsabilité de l'identité nationale, c'est un sujet qui m'a beaucoup séduit. [...] C'est clairement une idée qui m'intéresse au plus haut niveau.»

Selon le chef de l'opposition, il serait «utile» qu'un ministre détienne la responsabilité de défendre et de promouvoir l'identité nationale. On sait que Nicolas Sarkozy a provoqué une vive polémique en France en associant l'identité nationale à l'immigration au sein du même ministère. C'est ce ministère qui a récemment proposé d'utiliser les tests d'ADN pour combattre les fraudes en matière de réunification familiale.

Mario Dumont a d'ailleurs rencontré brièvement son titulaire, Brice Hortefeux, avec qui il a notamment discuté de la chaîne de télévision francophone TV5 Monde, que Nicolas Sarkozy souhaite mettre sous l'autorité d'une nouvelle société totalement française appelée France Monde. Le ministre, dit-il, l'a «écouté» poliment sans prendre position dans le débat. «Il serait présomptueux de dire qu'on a eu des appuis», constate le chef de l'opposition. Mario Dumont préfère qualifier la proposition française de «malheureuse» plutôt que de s'engager derrière la Suisse et la Belgique, qui ont menacé de se retirer advenant la mise sous tutelle française de TV5 Monde. «On n'en est pas là», dit-il, reprenant mot pour mot la déclaration de Jean Charest faite à Paris le mois dernier. Mario Dumont devait aborder la question hier avec le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf.

Étrangement, Mario Dumont n'a pas soulevé la question lors de son entretien avec Jean-Marie Bockel, pourtant secrétaire d'État à la Francophonie. Les deux hommes ont discuté de l'accord sur la mobilité que le Québec et la France se sont engagés à négocier d'ici le mois d'octobre prochain afin de faciliter la reconnaissance de part et d'autre des diplômes et des critères de compétence professionnelle.

De sa rencontre avec le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, il a dit simplement qu'elle avait été «chaleureuse» et avait porté sur le rôle des parlementaires.

Plus d'histoire, mais en français

Ramené à la politique intérieure, Mario Dumont a déclaré qu'il ne prévoyait pas de provoquer des élections, comme Pauline Marois l'avait déclaré la veille, pour autant que le gouvernement lui donne la possibilité de faire valoir ses opinions sur le budget. «On est pressés d'avoir de l'action, pas des élections», dit-il.

Il a paru surtout estomaqué des propos de la dirigeante du Parti québécois, Pauline Marois, qui veut implanter des cours d'histoire et de géographie en anglais dans les écoles publiques francophones à partir de la cinquième année du primaire.

«A-t-elle vraiment dit cela?», s'est interrogé Mario Dumont, n'en croyant pas ses oreilles. «Moi, je souhaite que l'histoire soit enseignée plus et mieux, mais en français!» Et le chef de l'opposition de conclure qu'«après sa savante réforme de l'éducation, Mme Marois serait mieux dorénavant de se tenir loin du dossier de l'éducation». Selon le chef de l'opposition, «la qualité de l'apprentissage de l'anglais est un tout autre problème», qu'il ne faut pas confondre avec l'intégration des immigrants.

Lundi et mardi, Mario Dumont sera à Barcelone, où il entend s'intéresser à l'autonomisme de la Catalogne, une région du nord-est de l'Espagne récemment reconnue comme nation dans la Constitution espagnole. Traditionnellement, ce sont plutôt les autonomistes catalans qui s'inspiraient du Québec. Il semble que ce soit dorénavant le contraire. «Le peuple catalan s'est dit oui au moins une fois à lui-même, dit Mario Dumont. Nous, ça ne nous est jamais arrivé.»

Correspondant du Devoir à Paris


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Eh ben ! - par Raymond Vaillancourt (raymondvail@videotron.ca)
Le dimanche 10 février 2008 09:00

Vers une race Québécois Pure Laine ? - par Coutard nathalie
Le dimanche 10 février 2008 09:00

Politique franco-française. - par M. 77
Le samedi 09 février 2008 21:00

Le Québec en Catalogne - par Gilles Bousquet
Le samedi 09 février 2008 12:00

Pauline upside down - par Pierre Des
Le samedi 09 février 2008 09:00

Quel veinard! - par Michel Lebel
Le samedi 09 février 2008 07:00

Enfin! - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le samedi 09 février 2008 06:00

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