Emprunter pour investir à la Bourse?

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Claude Chiasson
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 février 2008

Mots clés : Investissement, Bourse, emprunt, Québec (province)

J'ai fait mon renouvellement d'hypothèque en y incluant une marge hypothécaire dans le but initial de profiter de l'effet de levier pour acquérir un plex.

Mes recherches et observations du marché immobilier jusqu'à maintenant ne sont pas fameuses pour l'acheteur, et votre réponse à Mme D. L. semble aller dans le même sens. Je suis donc un peu refroidie par cette idée.

J'ai lu aussi que vous ne recommandiez pas d'emprunter pour investir, sauf qu'il me semble que profiter du faible cours actuel des banques et autres entreprises à dividendes généreux à l'intérieur de mon REER, et peut être même hors REER, pourrait exceptionnellement être avantageux.

À défaut de profiter de l'effet de levier pour l'achat d'un immeuble, est-ce une bonne idée d'utiliser, disons, 20 % de ma marge hypothécaire pour profiter du marché et accélérer temporairement la construction de mon portefeuille? C'est probablement un peu risqué, mais j'ai une bonne tolérance au risque.

Merci.

L'immeuble est l'un des rares actifs qui se prêtent bien au recours à la dette. La principale raison: ses flux de trésorerie sont relativement prévisibles à long terme. En supposant un taux d'inoccupation réaliste, on peut facilement déterminer les revenus provenant de son exploitation et, du coup, déterminer le poids adéquat de la dette à supporter.

L'autre raison: le prix de la propriété ne fluctue pas de jour en jour comme à la Bourse. Donc, point de risque il n'y a de voir son créancier paniquer devant une baisse trop rapide de la valeur de la propriété servant de collatéral à son prêt.

À la Bourse, la situation est bien différente. Le cours d'une action varie de minute en minute. Et les fluctuations peuvent être importantes même dans le cas des actions de grandes sociétés. Tiens, prenons l'exemple de la Banque de Montréal. Le cours de son action est passé en moins de six mois de 71 $ à 51 $. Si vous aviez acquis ces actions uniquement par la dette, auriez-vous été capable d'analyser la situation froidement ou, au contraire, auriez-vous paniqué devant cette dégringolade en liquidant tous vos titres? Les probabilités sont assez élevées que vous auriez liquidé vos actions.

Cela dit, j'admets que les actions de nos grandes entreprises versent normalement des dividendes réguliers, assez sûrs et croissants. Ces titres peuvent donc dans une certaine mesure permettre le recours à la dette. Mais ce recours doit être très limité. De combien? Au maximum 30 % de la valeur de votre portefeuille d'actions ou de votre avoir net. Et préférablement moins que plus.

Car non seulement les cours des actions peuvent parfois varier sensiblement, risque il peut y avoir aussi que le dividende versé soit charcuté en période difficile. C'est arrivé récemment avec la Citicorp, la plus importante banque américaine. Au Canada, la compagnie de téléphone Telus a été contrainte de couper son dividende au début des années 2000. Idem pour TransCanada Corp. durant la seconde moitié de la décennie 90. Chaque fois qu'un dividende est coupé, le cours de l'action en prend tout un coup. Dans le cas de Telus, le cours de l'action est passé de plus de 40 $ à près de 8 $ très rapidement après la réduction du dividende. Le cours de l'action de TransCanada Corp. est passé quant à lui de plus de 30 $ à près de 9 $. Cela en dépit du fait qu'il s'agit de très grandes sociétés canadiennes.

Conclusion: vous pouvez recourir à l'endettement, mais de façon très limitée, et ce, uniquement pour acquérir des actions de très grandes sociétés dignes de meubler le coeur de votre portefeuille d'actions. Et faites-le dans le but ultime de rembourser vos emprunts le plus rapidement possible. Car l'enrichissement passe avant tout par votre capacité à épargner plutôt que par celle d'emprunter, du moins à la Bourse.

Enfin, chose à ne pas oublier, les intérêts ne sont pas déductibles lorsqu'il s'agit d'emprunter pour verser des sommes dans un REER.

Où investir les liquidités d'un Régime enregistré d'épargne-étude?

Monsieur Chiasson,

Que recommandez-vous d'acheter pour un Régime enregistré d'épargne-étude sur un horizon de court terme (disons quatre ans)?

Merci.

J. D.

Idéalement, on devrait investir dans les actions sur un horizon d'au moins cinq ans. Par ailleurs, les rendements potentiels les plus élevés se trouvent dans les actions et non dans les titres à revenus fixes. En tenant compte de ces deux prémisses, je vous conseille donc d'appliquer la stratégie de placement visant à répartir votre portefeuille global à hauteur de 55 % des des titres à revenus fixes à court terme et à hauteur de 45 % dans des actions. Dans ce dernier cas, les liquidités y seront investies sur un horizon d'au moins cinq ans. Quant à vos placements dans les titres à revenus fixes de court terme, ils serviront à combler vos besoins de liquidités au fur et à mesure qu'ils se présenteront.

Une belle occasion pour prendre des profits partiels

Bonjour,

Avec la montée rapide de l'action de Barrick Gold et la baisse de certains autres titres, je me retrouve avec plus de 12 % de Barrick Gold dans mon portefeuille. Je propose de réduire le tout à 8 % en profitant de la hausse du titre.

Qu'en pensez-vous?

Éric

Voilà un beau problème. Un titre dont le cours monte tellement que son poids dans le portefeuille devient trop important. Cette situation peut rendre nerveux un investisseur, surtout lorsque le titre en question appartient au secteur des ressources naturelles. Les titres de ces compagnies sont reconnus pour leur très grande variabilité.

Dans un tel cas, l'occasion est belle de réaliser des profits partiels, comme propose de le faire Éric. Il ne s'agit pas ici de démolir sa position de base dans Barrick Gold, le plus important producteur d'or au monde. Il s'agit simplement de profiter de l'envolée du titre pour réaliser des profits tout en ramenant le poids du placement dans les paramètres désirés, soit dans le cas présent à 8 % du portefeuille d'actions.

C'est ce que je suggère de faire à Éric. Il doit cependant prendre soin de ne pas éliminer sa position dans Barrick Gold, qui continue d'être un placement de choix pour participer au secteur stratégique qu'est l'or.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca


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