Vos réactions

Un virage à 360 degrés

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Régine Pierre (regine.pierre@umontreal.ca)
Envoyé Le jeudi 14 février 2008 06:00




Le rapport Courchesne n'était pas encore disponible que les médias parlaient déjà de changement de cap et de consensus. Sur le site français du Café pédagogique, un article titrait : «Le Québec retourne aux méthodes traditionnelles». Le mot dicté a fait croire que la Ministre changeait de cap. Or, à la lecture du document, on est vite déçu et on n'est pas étonné. C'est toujours le groupe des concepteurs de la réforme qui est derrière ce rapport. La preuve en est qu'une seule recherche est mentionnée et elle a été menée par le seul groupe de recherche nommé qui est dirigé par celui qui s'est lui-même présenté comme le père de la réforme. Tous les concepteurs de la réforme y compris l'ex président du Conseil supérieur de l'éducation (qui devrait être un organisme indépendant) et l'ex sous-ministre de l'éducation qui a piloté cette réforme, sont rattachés à ce laboratoire. Dans la liste des références on ne retrouve pas de références scientifiques pertinentes et récentes mais les documents du Ministère sur la réforme et une référence à celui qui a introduit l'idée du paradigme de l'apprentissage sur lequel le rapport Courchesne est toujours fondé : «Comment aider l'élève à mieux écrire? Pour ce faire, il faut l'accompagner et l'aider à construire ses connaissances...Toute la réflexion menée par le Comité est orientée par une préoccupation maîtresse: comment soutenir l'élève dans le développement de sa compétence à écrire? Quels sont les gestes à accomplir pour mieux accompagner l'élève dans son apprentissage de l'écriture, p.14 ». Les enseignants ne doivent pas enseigner l'orthographe. Leur rôle se limite toujours à accompagner les enfants qui vont apprendre par eux-mêmes à écrire sans faute. Il suffit de leur faire produire un texte pas semaine et de leur faire faire des dictées. Le rôle des enseignants se limite à corriger leurs productions et à leur expliquer leurs fautes. Ils auront le temps, ils n'auront plus à enseigner la lecture, la compréhension, le vocabulaire, la littérature, la culture : ça n'apparaît plus au programme.
On nage toujours en plein constructivisme. Pourtant en 1976, Monique Lefebvre-Pinard, ex-vice rectrice à l'UQAM, avait écrit dans un article publié dans la Revue canadienne de psychologie : «Après un demi-siècle de recherches, Piaget, le père du constructivisme, et son équipe n'ont jamais réussi à démontrer qu'on pouvait provoquer l'apprentissage de connaissances en utilisant une approche constructiviste.» Par contre, il existe des milliers de recherches, dont celles que nous avons menées depuis plus de trente ans, qui ont démontré l'inefficacité de l'approche d'enseignement de la lecture que le Ministère de l'éducation impose depuis la réforme de 1979. C'est sur ces recherches que le Ministre français de l'éducation, Gilles de Robien s'est appuyé pour abandonner la réforme que la France avait adoptée en 2002 sur un modèle similaire à la réforme québécoise, suisse et belge. Le premier geste qu'il a posé a été de réformer l'enseignement de la lecture au premier cycle du primaire en éliminant de la liste des méthodes approuvées, les méthodes globales, incluant l'approche Whole-Language qui avait été introduite en France par Foucambert, un sociopédagogue.

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com