Tétée toxique?
Mots clés : bisphénol A, biberons, santé, Enfant, Canada (Pays)
Des biberons en plastique dégagent une substance chimique

Photo: Agence France-Presse
L'organisme a toutefois été mis au fait d'études scientifiques qui ont justifié un nouvel examen. Un comité d'experts a été formé et fera part de ses conclusions à Santé Canada en mai prochain. L'organisme présentera ses recommandations finales six mois plus tard, a expliqué Mme Rathwell. «Jusqu'à présent, aucun pays n'a interdit l'usage du bisphénol A ni même légiféré à son sujet. Le Canada sera vraisemblablement parmi les premiers à émettre des recommandations formelles.»
D'ici là, Santé Canada invite les Canadiens à trancher par eux-mêmes, ce qui a fait bondir Aaron Freeman, directeur des politiques à Défense environnementale. Hier, son organisme levait le voile sur une étude qui confirme que les biberons en plastique des trois marques les plus vendues au Canada (Gerber, Avent et Playtex) dégagent bel et bien du bisphénol A lorsqu'ils sont chauffés. Au total, des concentrations variant entre cinq et huit parties par milliard ont été notées dans les biberons testés.
Dérèglement hormonal
Le bisphénol A agit dans le corps comme le fait une hormone humaine, l'oestrogène, causant ainsi un dérèglement hormonal associé à la puberté précoce des fillettes, à l'obésité, à des troubles de comportement et à des problèmes d'ordre sexuel. «On dit souvent que la dose fait le poison, mais ça ne s'applique pas dans le cas présent parce que le bisphénol A affecte carrément les systèmes de développement», a noté Aaron Freeman.
Une étude conduite par le chercheur Fred vom Saal, de l'Université du Missouri-Columbia, a montré l'été dernier que des doses très faibles de bisphénol A, même inférieures à celles décelées dans les biberons canadiens, ont des effets considérables sur la santé des rats. Pour Défense environnementale, cela suffit amplement à justifier un retrait complet.
Le professeur Bernard Robaire, du département de pharmacologie et thérapeutique de l'université McGill, trouve toutefois cette conclusion précipitée. «Les effets qu'on remarque chez les rongeurs se retrouvent aussi chez l'homme, mais ce n'est pas un automatisme. On peut trouver un assez bon pourcentage de cas où cela ne s'avère pas. On ne peut donc pas extrapoler les données de cette étude.»
Quant à savoir à quelle dose il faut commencer à s'inquiéter, personne ne le sait. «En fait, on n'a aucune idée des quantités qui pourraient être dangereuses pour l'homme», a confirmé Bernard Robaire, qui invite le gouvernement à mener une étude épidémiologique pour en avoir le coeur net. Une rencontre est d'ailleurs prévue à son agenda la semaine prochaine afin de sensibiliser le gouvernement Harper à l'urgence de conduire de telles études en toxicologie, rarissimes au Canada comme aux États-Unis.
Au Québec, les autorités de la santé publique garderont l'oeil rivé sur les travaux de Santé Canada. L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) entend aussi passer en revue la littérature scientifique sur ce sujet. Pour leur part, certains détaillants comme Lululemon et Mountain Equipment Co-op ont déjà choisi de retirer de leurs tablettes les produits contenant cette substance chimique. Défense environnementale invite les autres à suivre leur exemple.
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