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Édition du vendredi 08 février 2008

Mots clés : Mononc' Serge, Anik Jean, Lenny Kravitz, Musique, Québec (province)

Rock - It is time for a love revolution, Lenny Kravitz, Virgin - EMI - Dix-huit ans que Lenny nous fait le même disque. C'est pas moi qui le dis, c'est le type qui a rédigé le communiqué de presse. Pas dans ces mots-là, mais c'est tout comme. «It Is Time For A Revolution [...] is as vibrant as Kravitz's debut album, Let Love Rule.» Amour hier, amour aujourd'hui: «immeasurable consistency», comme il dit. Je suis bien d'accord. Le même esprit. Le même album. Le même bon album. C'est encore et toujours l'écho à la Lennon 1970 dans Good Morning, les riffs décantés de Led Zep (et la batterie lourde manière Bonham) dans Bring It On. Dancin' Till Dawn, avec l'effet de flanger dans la guitare, ramène directement à 1973-76, quelque part entre Louie Louie de Stories et Jive Talkin' des Bee Gees. C'est dire à quel point ce Lenny est fortiche: l'emprunt patent pour modus operandi, toute une carrière durant, et ça tient quand même la route. Pas de mystère là-dedans: une formidable voix, une sacrée poigne du manche de Gibson Flying V, un goût sûr et des mélodies solides comme le macadam sur lequel, au verso du boîtier, le gaillard déambule, droit sorti de Shaft. - Sylvain Cormier

Rock - Le ciel saigne le martyre, Anik Jean, Tacca Musique

Avec Le ciel saigne le martyre, Anik Jean prend ses distances de Jean Leloup, qui avait réalisé son premier album, Trashy Saloon, en 2005. Est-ce à dire qu'elle affirme son talent propre? Si c'est le cas, ce talent prend la forme d'un son un peu plus formaté, qui glisse vers la cour des chanteurs pop dont le Québec enfante d'innombrables copies à la voix puissante, mais qui a vendu son âme à la mièvrerie. Ce deuxième opus s'enfonce dans le rock et les guitares sales là où le précédent album trempait dans le folk. Un rock mélancolique et intense, mais d'une intensité proprette, léchée, qui perd du fait même un peu de sa saveur. Pourtant, la voix traîneuse, délicieusement corruptible d'Anik Jean et certaines richesses musicales -- après tout, c'est Mark Plati (Les Rita Mitsouko, Alain Bashung, David Bowie) qui a réalisé l'album -- lui laissent encore un pied ou plutôt un orteil du côté d'un rock plus alternatif, original. Oh mon chéri! et La Femme bionique illustrent bien ce drôle d'hybride. Le prochain album dira de quel côté de la scène elle penchera définitivement. Pour l'instant, on déchante. - Frédérique Doyon

Classique - MAHLER, Symphonie n° 8. Solistes et choeurs, Staatskapelle de Berlin, Pierre Boulez. DG 2 CD 477 6597.

C'est avec cette Symphonie des Mille que Pierre Boulez clôt une des intégrales des symphonies de Mahler les plus imprévisibles et les plus irrégulières de l'histoire du disque. Ironiquement, il se range ainsi aux côtés de la seconde intégrale de Leonard Bernstein (DG également) qui, grosso modo, avait réussi les symphonies impaires et surjoué les paires. De manière inattendue, la Huitième Symphonie est à classer avec la Troisième et la Première parmi les grandes réussites du cycle Boulez. Le chef hérite ici pour la première fois de la Staatskapelle Berlin de Daniel Barenboïm, qui a probablement dépassé à présent le Philharmonique de Berlin (cf. les derniers disques de Simon Rattle chez EMI). La vision boulezienne est fascinante car elle place à égalité avec le texte chanté une radiographie de la partie orchestrale. On entend, notamment dans la seconde partie, bien plus de choses qu'à l'habitude. Je garde une préférence pour la version plus intérieure de Nagano (HM), mais cette contribution -- fort bien chantée -- est majeure. - Christophe Huss

CD-DVD - Pestak, Mononc' Serge, Dep

Mononc's Serge sait se faire généreux, et le CD-DVD Pestak en est la preuve la plus patente. Sur scène, Mononc' est une tornade. Il met toute la gomme, sue à grosses gouttes, grimpe sur la grosse caisse, sur son tabouret, écluse quelques bouteilles de bière et ne lésine pas sur les propos politiquement incorrects. Avec Pestak, vous aurez la chance de vous en rendre compte trois fois plutôt qu'une. D'abord sur le disque enregistré en concert, puis lors de deux spectacles différents, filmés à l'automne 2007. On retrouve d'une part Mononc' avec sa formation, Les Accommodements Raisonnables. Capté par cinq caméras plus ou moins stables, ce «récital» de près d'une heure est présenté avec un montage rythmé et le son y est plus que respectable, comme si nous y étions. On le retrouve également pendant une trentaine de minutes seul avec sa guitare acoustique mais tout aussi déchaîné, varlopant la foule peu attentive au début du concert. Le Mononc' qu'on veut voir, quoi. Pestak est aussi la chance d'avoir sur CD quelques inédites (Nécrophile Peter Paul, Musiciens, Groupies) et de pouvoir écouter six des vidéoclips de l'ancien Coloc. Le tout pour le prix d'un simple CD. Merci, Mononc'! - Philippe Papineau

Monde - EID, Sam Shalabi, Alien8 Recordings

Pour ce disque, le Montréalais Sam Shalabi, qui, en 2006, vivait au Caire pour retrouver la terre de sa famille et une partie de son âme, avait deux rêves: écrire pour des interprètes qu'il aime et créer un disque de pop arabe moderne. Résultat: plus d'une trentaine de collaborations et une musique qui se promène entre les deux mondes qui, depuis toujours, ont façonné sa création. Si Shalabi s'est éloigné de la pop arabe sur le plan formel, il en a conservé des couleurs, des modes, des voix et des instruments qui apparaissent çà et là dans une musique contemporaine non dénuée d'éléments lyriques et mélodiques et au sein de laquelle se pointent post-rock, psychédélisme et folk. Au début du disque, Sam interprète au oud une pièce acoustique aérée et dénudée. Au titre suivant, les tensions apparaissent lorsque la voix de Radwon Moumneh lance une mélopée hypnotique qui sera déconstruite, enterrée et de nouveau libérée par une guitare électrique. Les contrastes perdurent ensuite dans une cacophonie organisée avec des effets électro-acoustiques et de superbes voix, dont celle de Lhasa, qui susurre comme jamais. Un album qui propose une splendide incursion entre la douceur candide et la pulsion sauvage. - Yves Bernard

Classique - BEETHOVEN, Symphonies nos 1 et 6. Minnesota Orchestra, Osmo Vänkä. BIS SACD 1716 (SRI).

Après son extraordinaire interprétation de la Neuvième Symphonie, on attendait avec impatience le nouveau volet de l'intégrale d'Osmo Vänskä, à laquelle il ne manque plus que les Symphonies nos 2 et 7. Même dans ce répertoire surchargé, le grand chef finlandais parvient à imposer sa marque. Tant Paavo Järvi qu'Osmo Vänskä font leurs priorités de la transparence de la texture et de la lisibilité de la polyphonie orchestrale. Pourtant, même si elle est vive, la manière de Vänskä est plus détendue que celle de Järvi, ce qui fait de sa Pastorale un véritable petit miracle, alors que c'était le point faible de l'intégrale Järvi à Lanaudière. Contrairement à bien d'autres chefs, Vänskä traite L'Orage musicalement, sans surcharger les effets de cuivres et de timbales. Comme dans les volets précédents, on est heureux d'entendre ce Beethoven sans scories interprétatives, sans tics hérités des interprètes du passé. Ce disque est une sorte de radiographie heureuse des symphonies beethovéniennes, en droite ligne du travail esthétique du grand Rudolf Kempe sur les symphonies de Mozart. - Christophe Huss


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