Opinion
Moi, Jeanne, élève en troisième secondaire
Mots clés : réforme, Éducation, Québec (province)
Comme élève en troisième secondaire, je fais partie de la première lignée des cobayes de la réforme scolaire. Elle est sujette à bien des remises en question ces derniers temps, et pour cause, si on en juge par la piètre qualité de nos cours d'histoire cette année, sur lesquels elle a eu un effet des plus dévastateurs. Nous étions habitués aux changements soudains de programmes et, à toutes les années, nous nous y adaptions. Cette fois-ci, par contre, ce n'est pas chose facile...
Du n'importe quoi
On ne va pas se le cacher: le programme d'histoire, cette année, c'est du n'importe quoi, à commencer par les exercices de «copier-coller» qu'on doit faire à tous les cours, qui ne sont en rien utiles à notre apprentissage. Cela consiste à lire un texte et à récrire son contenu dans nos mots sur un graphique ou un tableau quelconque. Toujours le même genre d'exercices. Or nous comprenons à peine ce que nous lisons puisque les cours magistraux ne sont plus au programme, allez savoir pourquoi!
De plus, le vocabulaire utilisé dans ce genre d'exercices est ridicule et parfaitement incompréhensible. On préfère dire «piste de lecture» plutôt que simplement «un texte». Plutôt que de dire «réponse», on dit «mes éléments de réponse». Il y a plein d'exemples du genre. Une fois, un de nos cours a consisté à classer des événements passés selon les catégories «à la lumière du passé», «sous l'angle de la durée» ainsi que «dans leur complexité». Vous y comprenez quelque chose?
La seule véritable difficulté dans ces exercices, mis à part quand ils sont similaires aux travaux que nous faisions au primaire, est de réussir à comprendre les instructions correctement et leur lien avec la matière, ce qui n'est pas évident, croyez-moi! Par exemple, parfois, nous passons des périodes entières à nous «interroger dans une perspective historique», ce qui, plus clairement, signifie qu'on compose des questions à propos de l'histoire sans même y répondre. On se questionne tout le cours sans même savoir finalement ce pourquoi nous le faisons. Des exemples comme ça, il y en aurait tellement à donner!
Apprendre quoi?
Et présentement, je suis loin d'être la seule à croire que les cours d'histoire ne sont pas pertinents. J'ai parlé de la situation à certains de mes amis qui fréquentent d'autres écoles et c'est le même problème partout.
Constatant la dégradation de la qualité de l'éducation en ce qui a trait à l'histoire, je me suis renseignée auprès de mon enseignant à savoir en quoi ces exercices, auxquels nous ne comprenons rien du tout, sont utiles à notre apprentissage. Il m'a répondu qu'ils reflètent ce dont les examens du ministère auront l'air en juin. Or je crois qu'en voulant à tout prix suivre le modèle «réforme», on donne beaucoup moins la possibilité aux élèves d'assimiler correctement la matière, et c'est fort malheureux. Mon enseignant m'a également dit que nous n'aurions plus de cours magistraux mais qu'on continuerait à ne faire que des exercices comme nous en faisons déjà. Cela n'évoque qu'une chose en moi: c'est que je n'apprendrai rien cette année en histoire.
L'autre jour, dans notre cours de français, notre professeur nous a fait un exposé sur la révolution russe en lien avec le roman que nous avions à lire. Pour être vraiment honnête, j'en ai plus appris en une période que durant l'année complète en histoire. Encore là, c'est bien dommage de devoir dire ça.
Éducation de qualité
Je considère que nous avons tous le droit à une éducation de qualité. Le matin, chacun de nous se lève pour aller à l'école. Chacun de nous trouve une façon de se rendre à ses cours. Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir accès à une éducation digne de ces efforts?
Bien sûr, je ne mets pas le professeur d'histoire en cause, bien au contraire. Il est difficile pour les enseignants de s'adapter à cette nouvelle forme d'apprentissage, et nous, les élèves, sommes bien placés pour les comprendre puisque nous devons sans cesse nous réadapter aux changements. Ils sont tout autant victimes de la réforme que nous le sommes.

