Flot de paroles pour ne rien dire

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Hélène Buzzetti
Édition du mercredi 06 février 2008

Mots clés : conservateurs, Gouvernement, Parti politique, Canada (Pays)

Les conservateurs font obstruction à l'examen de leurs dépenses Ottawa -- Que le spectacle commence! Les députés conservateurs ne veulent tellement pas que leurs pratiques électorales douteuses soient scrutées publiquement en comité parlementaire qu'ils utilisent depuis cinq mois des moyens dilatoires. Mais les partis d'opposition à Ottawa ont décidé hier de forcer le jeu: le comité saisi de l'affaire devra soit siéger jour et nuit, sans interruption, jusqu'à ce que les ouailles de Stephen Harper manquent de salive, soit tenir l'enquête réclamée.

Les partis d'opposition veulent étudier en comité parlementaire la pratique dite du «in and out» utilisée par le Parti conservateur (PC) lors de la dernière campagne électorale. Cette pratique, par laquelle le PC faisait payer une partie de ses dépenses de publicité nationale par les candidats locaux, lui a permis de dépenser un million de dollars de plus que ce que la loi permet. Le commissaire aux élections d'Élections Canada a ouvert une enquête sur le Parti conservateur.

Depuis que cette pratique a été mise au jour en août par l'Ottawa Citizen et Le Devoir, le Comité parlementaire de la procédure tente de tenir des audiences à ce sujet, mais les députés conservateurs l'en empêchent en parlant sans arrêt lors de chaque séance. Depuis septembre, le comité s'était rencontré sept fois, pour un total de plus de 16 heures. Mais hier, la donne a changé de manière spectaculaire.

Par une astuce procédurière, l'opposition avait d'abord réussi à forcer le comité à siéger sans interruption, le jour comme la nuit, dans une salle exiguë au sous-sol de l'édifice du parlement. L'opposition fait le pari qu'il est bien plus difficile de parler, disons, 20 heures sans s'arrêter que 10 séances hebdomadaires de deux heures chacune. Puis, coup de théâtre en fin de journée: le président, un conservateur, a mis fin unilatéralement à la séance, ce que les règles parlementaires ne lui permettent pas de faire. Les trois partis d'opposition tiendront une conférence de presse conjointe aujourd'hui pour expliquer leur plan de riposte. Leur tactique avait quand même obligé le député conservateur de la Saskatchewan Tom Lukiwski à parler six heures et demie sans interruption.

«J'ai l'intention de parler pour une période de temps considérable; en fait, aussi longtemps que vous me le permettrez», avait averti M. Lukiwski vers midi. Apparemment, il a en sa possession 2000 pages à lire.

Les libéraux, les néo-démocrates et les bloquistes s'étaient rencontrés lundi pour orchestrer cette riposte, fatigués de perdre leur temps à chaque rencontre du comité depuis septembre. «Le temps de la récréation a maintenant sonné, a expliqué au Devoir le bloquiste Michel Guimond. On doit crever l'abcès et les laisser aller pour démontrer à la population que c'est le Parti conservateur qui bloque tout parce qu'il ne veut pas aller au fond de la question.»

Selon le libéral Dominic Leblanc, il s'agit de prouver que les conservateurs «ont quelque chose à cacher». «Nous croyons qu'à un moment donné, ils vont s'épuiser. Veulent-ils continuer de dire des niaiseries toute la nuit et demain avant-midi et la nuit prochaine? Moi, je crois que non. Il faut que M. Lukiwski arrête.»

Élections Canada a refusé de rembourser certaines dépenses électorales d'une soixantaine de candidats conservateurs parce que celles-ci étaient le fruit de la technique contestée du «in and out». Le Parti conservateur conteste cette décision devant la Cour fédérale et réclame le remboursement de ces dépenses. La cause ne vise pas, toutefois, à déterminer si le Parti conservateur a enfreint la loi. Élections Canada n'a pas terminé son enquête à ce propos et il s'agit d'un processus parallèle. Les conservateurs font pourtant valoir que le comité parlementaire n'a pas besoin de se pencher sur cette question puisque celle-ci sera étudiée devant les tribunaux.

Dominic Leblanc croit qu'il y a urgence. «Il pourrait y avoir d'autres élections bientôt et nous ne croyons pas que les conservateurs devraient avoir le droit de tricher une seconde fois pour plus d'un million de dollars.»

Le Parti conservateur soutient que les autres partis politiques ont aussi utilisé la technique du «in and out». Effectivement, les trois autres partis représentés au Parlement ont fait circuler de l'argent entre leurs instances nationales et leurs candidats locaux pour payer de la publicité. Cependant, ces publicités faisaient la promotion de candidats locaux. Les publicités reprochées aux conservateurs faisaient la promotion de Stephen Harper.

«Le Parti conservateur n'a absolument rien fait de mal», a déclaré M. Lukiski hier au cours de son monologue-fleuve. Élections Canada n'est pas de cet avis. Seul le Parti conservateur fait l'objet d'une enquête. Si les allégations sont confirmées, alors la formation de Stephen Harper aura dépassé d'un million de dollars la limite de dépenses électorales permises (qui s'établissait à 18 millions en 2005-06).

Autres scandales

Le Parti conservateur ne veut pas de cette enquête parlementaire parce qu'il en mesure tout l'impact dévastateur potentiel. «Lors de la campagne de 2006, l'enjeu principal était le scandale des commandites, a rappelé M. Lukiwski hier. C'est le plus grand scandale de toute l'histoire politique du Canada, et cela a grandement contribué à la défaite du gouvernement. Alors, les libéraux savent l'effet d'un scandale sur un gouvernement et ils tentent de créer un scandale où il n'y en a pas.»

La chose serait d'autant plus dévastatrice que le Parti conservateur a fait campagne sur le thème de la transparence et a promis de laver plus blanc que blanc. Mais les exemples d'imperfection s'accumulent.

Cette semaine, on a appris que le ministre des Finances, Jim Flaherty, avait octroyé à un ancien collaborateur politique sur la scène politique ontarienne, Hugh MacPhie, un contrat de 122 430 $ pour élaborer la stratégie de communication concernant son dernier budget. Ce contrat a été donné sans appel d'offres, et ce, en contravention des règles. Le ministre l'a reconnu à la Chambre des communes, mas aucune sanction n'a été appliquée.

L'attaché de presse du premier ministre et conseiller politique, Dimitri Soudas, est également dans l'embarras pour avoir tenté d'influencer le ministère des Travaux publics en faveur d'un sympathisant conservateur dans la circonscription d'Outremont.


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