L'examen médical en ligne inquiète le Collège des médecins

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mardi 05 février 2008

Mots clés : Collège des médecins, santé, Internet, Québec (province)

La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) n'a pas encore tranché quant à la validité d'offrir un service de consultation médicale sur Internet. Mais, d'emblée, la glace paraît mince pour les médecins qui seraient tentés par le projet «Santé sans fil» de la compagnie québécoise Myca. Sur leur route, des pièges importants se dressent. Et ils pourraient leur coûter plus cher que prévu.

Réaliser une première consultation sur Internet ne permet pas d'instaurer ce que le Collège des médecins du Québec qualifie des «conditions optimales» pour effectuer un examen médical initial. Le cas échéant, le médecin s'expose sciemment à une pratique qui sort des sentiers balisés pour entrer dans une zone grise qui pourrait bien le mener tout droit au comité de discipline, a appris Le Devoir.

En théorie, le Collège n'a rien contre l'arrivée d'Internet dans les cabinets. Après tout, il arrive déjà aux médecins d'utiliser le téléphone pour rendre service à leurs patients, en renouvelant une prescription par exemple ou en donnant quelques conseils. Mais il en va tout autrement d'une consultation d'un patient auprès d'un médecin qui ne le connaît pas, et inversement, comme se propose de le faire la compagnie Myca à raison de 50 $ par consultation.

Responsabilité professionnelle

Dès que l'on parle d'une consultation initiale, le médecin engage toute sa responsabilité professionnelle. Or, sur un site Internet, il lui est impossible de réunir toutes les conditions optimales pour réaliser un examen médical, fait valoir le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert. «Sachant que le médecin n'est pas dans une condition optimale de consultation médicale, le service pourrait, je dis bien pourrait, ne pas être de la qualité requise. Il s'expose alors à faire de la mauvaise médecine et, du coup, il s'expose à une intervention du Collège.»

Si tel est le cas, ce médecin devra se soumettre à un interrogatoire qui pourrait lui valoir différentes interventions pouvant aller jusqu'à une enquête du syndic et à une intervention disciplinaire, explique le Dr Robert. «Je vous citerai d'ailleurs là-dessus quatre exemples récents. Il s'agit de quatre médecins qui ont fait l'objet de poursuites devant le comité de discipline. On leur a reconnu des fautes professionnelles pour avoir prescrit des médicaments par Internet sans avoir réalisé un examen de qualité satisfaisante.»

Bien sûr, on ne peut pas présumer qu'il y aura faute. Certains diagnostics peuvent parfaitement être faits sans qu'un examen complet soit nécessaire, même lors d'une première consultation, précise le Dr Robert. Mais, encore là, la liste est courte et risque de se résumer à ce qu'offre déjà gratuitement Info-Santé. Sans oublier le fait qu'il y a derrière la proposition de Myca une tendance à minimiser l'importance d'un examen médical bien mené. «On laisse croire qu'une consultation peut se faire sur le "fly", vite sur le coin de la table. C'est agaçant. On ne peut jamais présumer qu'un problème est mineur.»

La chose est d'autant plus délicate que les articles 30 et 31 du code de déontologie obligent le médecin qui détecte un problème important chez un nouveau patient à le prendre en charge jusqu'à ce qu'il lui trouve un autre médecin compétent pour le suivre pour cette condition. Dans tous les cas, le médecin engage de surcroît toute sa responsabilité professionnelle et civile, faire valoir le Dr Robert. «Je ne suis pas sûr que les assureurs vont embarquer. Le jour où l'assureur viendra vous dire que vous n'êtes pas couvert, votre chien sera mort.»

Et la confidentialité?

Ce ne sont pas là les seuls pièges qui se dressent sur le chemin d'Internet. Parmi ceux-là, on compte aussi d'importantes questions touchant la confidentialité, ajoute le Collège. Ce dernier s'interroge notamment sur la sécurité entourant la consultation, mais aussi sur la gestion des dossiers de patients qui seront archivés par la compagnie. Hier, il a été impossible d'obtenir des détails sur la plate-forme Internet proposée par la compagnie Myca qui n'a pas rappelé Le Devoir.

Inquiétudes justifiées

Aux yeux de l'observateur en nouvelles technologies Michel Dumais, ces interrogations sont toutefois parfaitement légitimes. Ce dernier convient que de nombreuses avancées ont été faites sur le plan de la technologie, tout en ajoutant que des brèches restent toujours possibles. Par exemple, le patient devra lui-même remplir sa fiche d'antécédents médicaux et la faire parvenir à Myca. «Si son réseau sans fil n'est pas sécurisé, des logiciels pourront permettre à des gens d'espionner aisément toutes les correspondances qui seront faites par courriel ou par messagerie instantanée depuis ce réseau.»

À supposer que ces écueils auront été évités, ce qui reste possible, toute la question de l'archivage restera quand même en suspens, note M. Dumais, qui a longtemps signé une chronique spécialisée dans Le Devoir. «On crée ici un dossier médical parallèle. Le patient pourra-t-il y avoir accès, pourra-t-il le faire suivre à son médecin? Quelles sont les garanties que m'offre cette compagnie su le fait qu'elle ne revendra pas ces données, mêmes dénominalisées, ou en partie? Les questions en suspens restent beaucoup trop nombreuses pour ne pas être inquiétantes.»

En entrevue dans différents médias cette fin de semaine, le président de Myca, Nat Findlay, s'était fait rassurant sur le plan de la sécurité et de la confidentialité de sa plate-forme qui, selon lui, sont parfaitement assurées. Il n'avait toutefois pas précisé davantage sa pensée, laissant en suspens beaucoup d'interrogations qui tiennent toujours aujourd'hui.


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