La peur - de tout perdre
Mots clés : système bancaire, récession, Économie, Média, Québec (province)
Crise, fraude, dépression, récession, faillite, reprise bancaire, pertes...Avez-vous remarqué combien souvent ces mots reviennent par les temps qui courent dans les journaux. Des mots qui vendent de la copie. Des mots qui exploitent cette hantise que tous avons: celle de tout perdre.
On peut aussi lire dans les journaux les propos alarmants de quelques gourous. Profitez de l'actuel redressement des indices pour vendre vos actions. Car, c'est écrit dans le ciel en grosses lettres, la présente débandade est loin, tellement loin d'être terminée.
Cette fois-ci est en effet la bonne. Nous revivrons le véritable krach, non pas celui de 1987 mais celui de 1929.
La table est mise. Le système bancaire occidental est à genoux. Aux prises avec une hémorragie de plusieurs centaines de milliards de dollars provoquée par la déconfiture des subprimes, les grandes banques agonisent. Elles seront emportées par le surendettement des États-Unis. La dette totale (gouvernement, entreprise et consommateur) correspond au sud de notre frontière à plus de 340 % du PIB. C'est plus que lors de la dépression de 1929.
Déjà, le secteur immobilier américain serait en dépression selon certains experts dont les propos ont été rapportés dans les journaux. Les prix ont déjà reculé de plus de 10 % en 2007. Ce n'est rien. Ils pourraient encore descende de 25 % au cours des deux prochaines années. Une telle chute balaiera l'avoir de toutes les grandes banques.
Et il y a les fraudes. Celles déjà consumées comme l'histoire de Norbourg. Et celles à faire frémir, comme la perte soudaine de plus de sept milliards de dollars de la banque française Société Générale.
Et les quasi-faillites. Celle de Quebecor World. Celle de Tembec. De TQS...
Lire les journaux vous déprime. Et cela nourrit vos peurs au point de vous paralyser dans vos décisions d'investissement. Et pourtant...
Aucun gouvernement capitaliste ne peut se permettre d'abandonner son système bancaire à la dérive. Et ces gouvernements disposent de l'outil par excellence pour empêcher une telle dérive: la planche à billets. Depuis plusieurs mois qu'ils impriment des milliards de dollars pour soutenir les banques et autres institutions financières. Ils ont sonné la fin de leur politique monétaire restrictive amorcée depuis 2003 pour maintenant faire place à une politique dite fortement stimulante. Non seulement utilisent-ils l'outil monétaire pour stimuler l'économie, ils ont aussi recours à l'outil fiscal pour ce faire. C'est le cas des États-Unis qui s'apprêtent à alléger l'impôt à payer des contribuables de 150 milliards $US. C'est aussi le cas du Canada qui, depuis début janvier, a réduit de 1 % sa taxe sur les produits et services.
Les gouvernements disposent en plus d'une panoplie de mesures inédites pour intervenir dans les pires cas. Comme forcer la reconduction de contrats hypothécaires venant à échéance pour un nouveau terme de cinq ans, et ce, au taux initial très faible consenti par le créancier. Le gouvernement américain s'arroge ainsi le droit de rendre caduc un contrat légal signé entre deux parties privées, afin d'empêcher une vague sans précédent de reprises bancaires en 2008. Le gouvernement peut même appuyer de sa cote de crédit (c'est toujours la plus haute d'un pays) ses banques. Le Canada l'a fait en 1990 pour ses banques en permettant la titrisation des hypothèques transformées en titres hypothécaires garanties par la Société canadienne d'hypothèque et de logements dont la cote de crédit est un triple A. Le gouvernement américain pourrait faire de même en garantissant les positions des compagnies d'assurance mono ligne dont les découverts ont forcé la Banque CIBC à radier récemment de ses livres des placements pour une valeur de plus deux milliards de dollars.
Le gouvernement peut à la limite carrément sortir du système financier les actifs à problème comme les États-Unis l'ont fait en 1989-90 en créant le Resolution Trust Corp. dans lequel ont été transférées des centaines de milliers de maisons saisies à la suite de l'éclatement de la bulle immobilière.
Notre système capitaliste est un véritable jeu de Monopoly avec, en plus, des liquidités disponibles à l'infini. C'est pourquoi les risques de dépressions ne sont pas très élevés à moins de graves erreurs de tir.
Cela dit, votre hantise de tout perdre a sa raison d'être. Car appauvrissement il y a et il y aura. Non pas à cause d'une dépression. Mais à cause de la valeur de vos dollars en poche qui, elle, s'effrite à la vitesse grand V. C'est ainsi qu'il vous faut aujourd'hui deux fois plus de ces dollars pour acheter la même maison qui existait en 2000. Ce même dollar achète aujourd'hui de trois à cinq fois moins d'actions de la Banque Royale, de la Banque de Montréal, d'Imperial Oil, etc. Presque quatre fois moins d'or. Trois fois moins de cuivre, de zinc, de maïs, etc. Voilà comment vous vous êtes appauvris et comment vous appauvrirez au cours des prochaines années.
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Vos réactions
un grand texte - par Denis Paquette (dpaquet1@videotron.ca)
Le jeudi 07 février 2008 04:00

