«Super mardi» en Californie - Passion démocrate à San Francisco

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du lundi 04 février 2008

Mots clés : démocrates, Super mardi, investiture américaine, Élection, États-Unis (pays)

Entre Clinton et Obama, la communauté gaie hésite

La Californie participera demain à un Super Tuesday plus crucial que jamais. Reportage à San Francisco, bastion démocrate où la lutte Clinton-Obama passionne tout un chacun, notamment la communauté homosexuelle.

San Francisco -- Sur les 43 collines de San Francisco, on entend ces jours-ci deux noms dont l'écho se répercute partout entre les vieux tramways et les cable cars: Hillary et Obama. C'est à peine s'il y en a eu un peu pour le Super Bowl.

La lutte électrisante que se livrent les deux prétendants démocrates à l'élection présidentielle de novembre passionne abondamment les résidants de la péninsule californienne. Déjà que le Golden State, qui participe demain au crucial Super Tuesday impliquant 22 États, fait montre d'un intérêt immense envers les prétendants (plus de 8 millions de téléspectateurs pour le débat télévisé de jeudi), il faut imaginer la situation dans le bastion des bastions démocrates.

«C'est la totale», dit en riant dans sa barbiche grisonnante Charles Henry, professeur d'études afro-américaines à la prestigieuse Université de Californie à Berkeley (UCB).

La totale parce qu'à San Francisco (SF), être non-démocrate est une quasi-hérésie. Plus de 55 % des électeurs inscrits s'enregistrent ici comme démocrates, alors que seulement 10 % cochent la case des rouges.

Dans les rues de la ville, pas une affiche ou un autocollant pro-McCain ou Romney: il n'y en a que pour Clinton et Obama. La lutte est fraternelle, mais serrée. Devant les portes des théâtres où les spectateurs font la queue, des vendeurs de macarons d'Hillary s'activent à l'avant, pendant que des partisans d'Obama distribuent des dépliants à l'arrière.

Sur l'imposant campus de UCB, des étudiants ont installé côte à côte, dans l'allée centrale, des stands d'information pour les candidats. Il tombait une pluie froide jeudi quand Le Devoir est passé par là, mais les universitaires s'arrêtaient et signaient les registres. Ici comme dans «The City», on peut diverger d'opinion sur le choix du candidat, mais il n'y a aucune discussion sur le fait que l'on votera démocrate.

«Ce n'est pas compliqué: tout le monde est d'accord sur les grands enjeux», dit Luke Klipp. Tiré à quatre épingles, ce jeune avocat gai dirige les San Francisco Young Democrats. «Il faut quitter l'Irak, encourager les sources alternatives d'énergie et améliorer le système de santé. Bien sûr. Il n'y a pas de débat là-dessus. Un politicien qui nous répète cela, on le trouve ennuyeux, c'est tout.»

À l'image de l'ancienne prison-forteresse d'Alcatraz -- érigée sur une petite île au large de la ville --, San Francisco est un bastion démocrate qui semble totalement imperméable à la pensée républicaine. «Même les San Franciscains conservateurs sont assez libéraux», illustre l'avocate Susan Christian, directrice du très puissant Alice B. Toklas LGBT Democratic Club.

Il existe plus d'une trentaine de clubs démocrates comme celui-là, pour desservir quelque 750 000 citoyens. Les Asiatiques (33 % de la population de San Francisco), les Afro-Américains (7 %), les Irlandais, les jeunes, les gais, les Juifs, les femmes, tout le monde ou presque a son groupe rassemblant une frange de l'électorat progressiste.

Il faut dire que San Francisco a une longue tradition d'accueil (chercheurs d'or, poètes beat, hippies) et d'ouverture qui a façonné l'esprit de la ville. Ces dernières années, c'est beaucoup la communauté homosexuelle, une des plus importantes et influentes aux États-Unis, qui a propagé cette image d'un progressisme général. On estime qu'environ 11 % de la population fait partie du groupe des lesbiennes, gais, bisexuels ou transgenres (LGBT) à San Francisco. Et cette communauté est bien organisée: c'est une force politique majeure dans la ville du Golden Gate.

«C'est clairement le groupe de qui il faut aller chercher le soutien, confirme Charles Henry. Ils ont de l'argent, de l'influence et beaucoup de pouvoir au bout du compte.»

Première femme noire à accéder à la présidence du club Alice B. Toklas, Susan Christian est catégorique: «Si la communauté LGBT est contre un projet à San Francisco, ça va mal pour le politicien, dit-elle depuis un café bruyant du quartier SoMa. Une personne ne pourrait être élue ici sans avoir notre soutien, et encore moins sans soutenir les droits des LGBT.»

Gais à l'écoute

D'autant plus que les homosexuels sont politiquement très engagés. Une vaste étude nationale dévoilée l'été dernier par la firme Community Marketing Inc. indiquait que 92 % des gais et 91 % des lesbiennes inscrits sur les listes électorales ont voté à l'élection présidentielle de 2004. Un taux de participation inégalé dans n'importe quel autre groupe de la population. Selon l'institut de sondage, neuf des 122 millions Américains qui ont voté en 2004 étaient gais.

C'est donc un euphémisme de dire que les campagnes d'Obama et de Clinton ont été suivies de très près par les homosexuels de San Francisco. «C'est absolument fascinant de voir ce qui se passe cette année, note Mme Christian, 45 ans et assistante de la Procureure de la Ville. Nous avons deux candidats qui sont très ouverts à nos revendications, et qui vont eux-mêmes briser des tabous [première femme ou premier Noir] s'ils sont élus.»

Chez les LGBT, le choix à faire entre Obama et Clinton divise autant qu'ailleurs. Écho général: l'un et l'autre plaisent, et le gagnant aura le soutien de l'entière communauté pour la présidentielle. «J'aimais beaucoup John Edwards, dit Susan Christian, mais je vais voter Obama. Sauf que si Clinton gagne, je l'appuierai avec tout mon coeur.»

Dans le dernier numéro de l'hebdomadaire Bay Area Reporter (BAR), journal de San Francisco destiné aux homosexuels, l'équipe éditoriale témoigne de la difficulté de trancher. «Les deux candidats offrent des positions similaires sur les enjeux des LGBT», écrit le journal pour justifier sa décision de ne pas appuyer un candidat plus qu'un autre.

On souligne notamment leur intention d'assouplir certaines dispositions du Defense of Marriage Act (votée par Bill Clinton en 1996, la loi concerne la non-reconnaissance des mariages entre conjoints de même sexe), puis leur soutien à l'union civile. Un dossier controversé dans la ville qui a ouvert les portes de son spectaculaire hôtel de ville en 2004 pour célébrer les mariages de quelque 4000 couples homosexuels.

Susan Christian se dit convaincue que le vote de la communauté gaie sera parfaitement partagé entre les deux candidats. C'est entre autres pour cela que son organisation a aussi préféré ne pas appuyer officiellement de candidat. «Nous allons voir des Noirs gais qui vont voter pour Clinton, des lesbiennes blanches pour Obama, et c'est très bien ainsi.»

Dans le quartier gai de San Francisco, les conversations aux tables des cafés renvoient cette perception: parfois, c'est Hillary, autrement, c'est Obama. Impossible de dégager un vainqueur à l'avance. «Les deux plaisent, c'est tout», dit le propriétaire d'un café. C'est vrai, lui répond un de ses clients: «Pour autant que tu parles d'Obama ou de Clinton, pas de McCain ou de Romney...»

Vote hâtif

À l'échelle de l'État non plus, l'orientation du vote n'est pas très claire. Les derniers sondages donnent John McCain (républicain) et Hillary Clinton en avance, mais rien n'est joué, avertissent les experts, qui surveilleront attentivement le vote hispanique demain. D'ailleurs, hier, un nouveau sondage donnait plutôt Romney et Obama en avance...

«Obama a certainement resserré l'écart dans les dernières semaines, indique Henry Brady, professeur de science politique à UCB et directeur du UC DATA/Survey Research Center. L'appui d'Edward Kennedy pourrait lui donner une poussée supplémentaire et lui permettre de vraiment "chauffer" Clinton.»

C'est la première fois que la Californie vote si tôt dans le processus des primaires. Auparavant, la sixième puissance économique mondiale votait en mars ou en juin, alors que l'issue des courses était souvent déjà scellée. Mais, l'an dernier, le «governator» Arnold Schwarzenegger a tapé du poing sur la table et a décidé que l'État devait jouer un rôle de premier plan dans le choix des candidats à la présidentielle. C'est pourquoi le Golden State votera demain, au plus fort de la course.

«C'était ridicule, s'exclame Henry Brady. Nous avons toujours eu l'impression de voter dans le vide. Cette année, on vient de rétablir le poids de l'État.» Et quel poids: la Californie enverra 441 délégués démocrates et 173 républicains aux conventions nationales de cet été. Des délégués qui pourraient peser lourd dans la balance d'une lutte serrée.


Vos réactions


Pas si rose - par Yvon Thivierge (oluc2006@yahoo.com)
Le lundi 04 février 2008 22:00

441 qui ne voteront pas tous du même bord! - par jacques noel
Le lundi 04 février 2008 07:00

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