Super Bowl XLII - Un match pour la postérité

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Jean Dion
Édition du samedi 02 et du dimanche 03 février 2008

Mots clés : Patriots, Tom Brady, Super Bowl XLII, Sport, États-Unis (pays)

Tom Brady

Photo: Agence Reuters

Sous quelque angle qu'on examine la chose, on arrive à la même excitante conclusion: demain sera un jour de grand soir. En temps ordinaire, un match du Super Bowl en apparence si inégal qu'il commande une cote de 12 points d'écart chez les preneurs aux livres de Vegas susciterait de vagues bâillements, une invitation à se rendre à l'évidence que tout suspense aura probablement disparu avant même la mi-temps et l'espoir que le lunch, le spectacle musical et les commerciaux seront divertissants...

Sauf que. Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas pareil. Cette fois-ci, on a affaire à du sérieux matériel à radotage de bisaïeul, celui que sera devenu l'amateur de football d'aujourd'hui dans 30 ou 40 ans et qui dira «viens ici mon petit, pépé va te raconter les Patriots de 2007, et Tom Brady, et Bill Belichick, j'étais là mon petit, j'ai tout vu ça, et sûr que les Browns de 2031 étaient pas mal, mais les Patriots de 2007, mon petit, il ne s'est jamais rien fait de mieux, ni avant, ni après». Cette fois-ci, c'est soit un club déjà consacré dynastie qui entre dans le grand livre en poussant d'un cran et en montrant que la perfection est de ce monde, soit un autre club qui entre dans le grand livre en empêchant le premier d'y entrer. Ainsi va la postérité en train de se faire: peu importe le score, tout le monde aura une foutue bonne raison de regarder jusqu'à la fin.

Super Bowl XLII. Patriots de la Nouvelle-Angleterre contre Giants de New York. Deux équipes aux parcours et aux personnels contrastés, l'une estampillée championnat pratiquement depuis le début du camp d'entraînement, l'autre sortie d'un peu nulle part. Elles se retrouveront demain, peu après 18h, sur le terrain de l'université de Phoenix, en Arizona; l'éternelle rivalité de la côte Est, Boston contre New York, se déploiera à l'autre bout du continent, en territoire neutre, sans froid, sans neige, dans le désert et devant une foule pas mal moins bruyante que celle des autres matchs de séries.

Rarement une équipe de football aura-t-elle été aussi intensément épiée que les Patriots de 2007. Il faut dire qu'elle a elle-même commencé la saison en se faisant pincer à en espionner illégalement une autre -- les Jets de New York, en l'occurrence, dont les signaux des entraîneurs étaient filmés par les Pats depuis leurs propres lignes de côté, ce qui est interdit et a mené à une perte de choix au repêchage et des amendes --, donnant libre cours à toutes les accusations et suspicions. Comme si le monde entier était désormais contre eux, les «tricheurs» se sont aussitôt serré les coudes et ont entrepris de gagner tous leurs matchs, l'un après l'autre, d'une manière chirurgicale et en ne se privant jamais, si l'occasion se présentait, de démolir l'adversaire par 20, 30 ou 40 points. Afin que personne ne puisse supposer que leurs succès passés avaient été obtenus parce qu'ils contournaient les règlements.

Champions du Super Bowl en 2001, 2003 et 2004, les Patriots de Bill Belichick faisaient déjà partie de la courte liste des formations de légende qui ont trôné sur le football moderne pendant une période prolongée, avec les Packers de Vince Lombardi, les Steelers de Chuck Noll et les 49ers de Bill Walsh. On dit «les Patriots de Belichick» parce que, certes, ils sont menés sur le terrain par un joueur d'exception en Tom Brady, qui pourrait bien finir ses jours avec le titre officieux de meilleur quart-arrière de tous les temps, mais cette équipe est celle de leur taciturne entraîneur-chef de génie, aussi sympathique en public qu'un char d'assaut (mais dont les proches soutiennent qu'il est un homme admirable en privé). Depuis qu'il a pris les rênes des Pats en 2000, Belichick a toujours su trouver les combinaisons gagnantes, imposer une stratégie collective, reconstruire tout en se maintenant au sommet et remettre à leur place les fortes têtes genre Randy Moss. Le dossier de 18-0 qu'il a concocté jusqu'à présent n'est qu'une nouvelle illustration de l'étendue de ses ressources.

À l'opposé, cela même s'il paraît tout aussi détestable, Tom Coughlin termine sa quatrième saison à la barre des Giants, et il n'est pas loin de la vérité de dire qu'il a passé tout ce temps au bord du congédiement (lui et Belichick se connaissent bien, ayant été entraîneurs adjoints ensemble sous Bill Parcells avec les Giants à la fin des années 1980). Sans cesse critiqué, souvent carrément raillé, cible par excellence des impitoyables médias new-yorkais, le voici pourtant à un pas de l'inimaginable. Un endroit où on le voyait d'autant moins il y a quelques mois à peine que les Giants avaient plutôt mal commencé la saison avant de se ressaisir à la faveur d'un rendement sans faille à l'étranger (maintenant dix victoires de suite). Même au début des séries, personne ne donnait cher de leur peau, et il a fallu des gains arrachés à Tampa, Dallas et Green Bay pour retourner la situation.

Ce faisant, ces dernières semaines, le quart-arrière Eli Manning a fait montre d'un considérable aplomb, lui qui s'est souvent fait reprocher son irrégularité par le passé. On a d'ailleurs ici un face-à-face typique: d'un côté, Brady, le gars que tout le monde avait ignoré et qui n'avait été repêché qu'au 199e rang à sa sortie de l'université, qui occupait un poste de réserviste jusqu'à ce que le destin l'appelle sous la forme d'une blessure à Drew Bledsoe et qu'il saisisse l'occasion; de l'autre, Manning, membre d'une famille illustre, repêché au tout premier rang par San Diego et refusant d'y jouer, se servant aussitôt du poids de son nom pour se faire échanger à New York, où il allait dès le début de sa carrière prendre le rôle de partant. Manning soulève encore bien des questions, mais il pourrait répondre définitivement à plusieurs d'entre elles s'il rejoignait son frère aîné Peyton au rang des quarts gagnants du Super Bowl un an exactement après lui.

Bien entendu, s'ils en sont les éléments les plus visibles, les entraîneurs et les quarts-arrières ne forment que deux maillons de cette chaîne de plus en plus complexe que forme une équipe de football. Aussi, s'il y a une chose à surveiller demain soir, ce sera la bataille dans les tranchées opposant la ligne défensive des Giants, la meilleure de la NFL, à la ligne à l'attaque des Patriots, celle-là même qui, tout au long de la dernière saison, a donné un temps fou à Brady pour faire ses passes. Si les Giants parviennent à maintenir une forte pression sur le quart -- et il le faut à la puissance mille puisque Brady est de surcroît un des meilleurs pour se défaire rapidement du ballon --, ils auront une chance. Sinon, la soirée sera longue.

Mais quoi qu'il advienne, les livres d'histoire sont prêts à être récrits. «Mon petit, pépé t'a-t-il déjà parlé du bon vieux temps? Ce soir-là, il s'est produit quelque chose que personne n'avait anticipé. Personne... Je vais te raconter... »


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A+ - par Gérard Lépine (lepinegerard@yahoo.fr)
Le samedi 02 février 2008 06:00

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