«Santé sans file» - La médecine sur le Web crée une controverse
Mots clés : Myca, Internet, Médecine, Parti politique, Québec (province)
L'ADQ est pour, le PQ est contre et le PLQ est sceptique

Photo: Agence France-Presse
Brèche dans la gratuité du système public, le projet sème la controverse dans les milieux politiques, ayant déjà ses détracteurs et ses partisans.
Prudent, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a demandé hier à la RAMQ d'enquêter et de faire un rapport. Il dit s'interroger à la fois sur la légalité du projet et sur sa dimension éthique.
Quant à elle, l'opposition officielle, partisane d'un système mixte, applaudit.
Ainsi, dès la fin de mai, les patients intéressés par l'idée d'une consultation médicale dans le confort de leur salon pourront s'abonner au service moyennant 120 $ par année et une contribution de 50 $ par consultation.
Ils pourront alors parler à un médecin, par vidéoconférence, en moins de trois heures et, le cas échéant, obtenir une prescription d'ordonnances ou un renouvellement, qui pourra être expédié directement à leur pharmacien par télécopieur.
Le concept peut faire penser à une version très XXIe siècle des visites à domicile des médecins de campagne d'antan, le contact en moins. Car les médecins ainsi recrutés -- participants au régime public -- pourraient aller jusqu'à prescrire des médicaments à des gens qu'ils n'ont jamais examinés et même jamais vus de leur vie.
Pourtant, la compagnie, installée à Québec, estime qu'elle agit en toute légalité, puisqu'il s'agit d'un service -- consultation téléphonique -- non assuré par le régime.
Selon le vice-président de l'entreprise et ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Yves Dugré, ce type de pratique est la voie de l'avenir.
Quand on lui demande si ceux qui s'opposent à ce type de pratique mènent un combat d'arrière-garde, il réplique que c'est le cas, «de toute évidence».
«La méconnaissance amène une incompréhension», a fait valoir le Dr Dugré lors d'un entretien téléphonique avec la Presse canadienne, se disant convaincu que la formule allait faire des petits parce qu'elle répond à un besoin.
«La réponse des patients, elle est évidente. Chaque fois que j'ai parlé de cette plateforme, les gens étaient emballés», assure-t-il.
Quant à lui, le ministre de la Santé est moins emballé et se place dans le camp des sceptiques, particulièrement sur le plan éthique.
Alors qu'on observe une pénurie de médecins et que le plafond d'heures a été levé, le ministre se demande notamment s'il est acceptable de voir des médecins opter pour les consultations par webcam au lieu d'augmenter leur nombre d'heures de pratique dans le réseau public.
«S'ils sont disponibles pour ce genre de services là dans le privé, pourquoi ne le sont-ils pas aussi dans le public pour en faire davantage?», demande la porte-parole du ministre, Isabelle Merizzi.
Mais Québec ne peut forcer les médecins à s'orienter dans un sens ou dans l'autre, réplique le Dr Dugré. «Les médecins choisissent le créneau dans lequel ils se sentent le plus à l'aise», plaide-t-il.
«On ne prévoit pas avoir des médecins à plein temps qui vont être sur le Web. Ce n'est pas l'objectif», dit-il, ajoutant que ce type de pratique visait les pathologies mineures.
Chose certaine, à l'Action démocratique, la formule plaît. «Moi, je suis favorable à ça», a lancé d'emblée le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Éric Caire.
Accès rapide à un médecin, baisse de l'achalandage dans les cliniques, mélange intéressant de privé-public, l'initiative comporte à ses yeux plusieurs avantages, a-t-il fait valoir en point de presse.
Au passage, il critique le ministre de la Santé, qui, à ses yeux, «stigmatise systématiquement les initiatives du privé» en santé.
Au Parti québécois, au contraire, on se montre très inquiet. «On manque de médecins, on a de la difficulté à avoir un médecin de famille et on va prendre des médecins pour les mettre au privé sur Internet?», demande le porte-parole en matière de santé de l'opposition péquiste, Bernard Drainville, lors d'un entretien téléphonique.
Il dit que Québec devrait déployer toute son énergie à convaincre les jeunes médecins de pratiquer la médecine familiale.
«Il n'y a jamais rien qui va remplacer le contact physique», ajoute-t-il, pour décrier la consultation sur le Web, difficilement défendable sur le plan moral, selon lui.
De son côté, le porte-parole de Québec solidaire Amir Khadir s'oppose farouchement à cette initiative, jugée incompatible avec le principe d'universalité.
Quant à lui, le Collège des médecins semble sur ses gardes et n'ose pas trop se prononcer. «Nous avons toujours beaucoup de questions qui demeurent actuellement sans réponse», a dit le directeur adjoint de l'organisme, le Dr Yves Robert, perplexe devant la formule de consultation sans contact et inquiet de la possibilité de bris de confidentialité.

